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Canada: le niqab s'invite avec force dans la campagne électorale

Une femme portant le niqab.
Une femme portant le niqab. Reuters/Phil Noble

Même si le Canada vit actuellement une des plus longues campagnes électorales de son histoire, il est difficile de prédire quel parti sortira vainqueur des urnes le 18 octobre. Chacune des trois principales formations politiques a brièvement dominé les sondages tour à tour. Comme si les électeurs avaient des difficultés à les différencier. Depuis quelques semaines, c’est la question du port du niqab dans les cérémonies de citoyenneté qui suscitent le plus d’affrontements sur la scène politique et qui pourrait départager les candidats à la direction du Canada.

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avec notre correspondante à Québec,

Au risque de passer pour cynique, on pourrait comparer ce niqab, objet de toutes les discussions, à un foulard rouge agité devant un taureau, autrement dit l’électeur. Le niqab dont on parle, est ce voile intégral qui ne laisse accès qu’aux yeux de la musulmane qui le porte.

Le gouvernement canadien avait décidé il y a quatre ans que les immigrantes désireuses de devenir citoyennes canadiennes lors d’une «cérémonie d’assermentation» [prestation de serment] devaient montrer leur visage. Une mesure contestée par une Pakistanaise d’origine. Les tribunaux lui ont donné raison au nom de la liberté religieuse.

Confronté à cette situation, le gouvernement conservateur promet de voter une loi obligeant les femmes à montrer leur visage lors de la cérémonie d’assermentation. Et exceptionnellement, ce parti de droite est soutenu par les féministes qui s’opposent à toute normalisation d’un voile qu’elles considèrent comme un instrument d’oppression pour les femmes.

La place de ce débat dans la campagne électorale

Il occupe une place bien trop importante selon de nombreux électeurs, alors que dans les faits seulement deux femmes à travers tout le Canada auraient demandé à prêter serment voilées. Imaginez que c’est au Québec que le mot niqab a fait l’objet du plus grand nombre de consultations sur Google, dans le monde entier au cours du dernier mois. Et cela a été un des enjeux politiques le plus débattu, toujours au Québec.

Ce vêtement pourrait peut-être même coûter la victoire au Nouveau Parti Démocratique qui jusque-là se montrait en avance dans les sondages. L’électorat au Québec n’a pas apprécié que le chef de ce parti plutôt de gauche se range du côté de ceux et de celles qui prônent le droit de vivre leur religion comme ils l’entendent. Manifestement, deux des principaux partis en lice, les libéraux et les néo-démocrates ne définissent pas les valeurs canadiennes comme les Québécois et les conservateurs.

Divergence de points de vue

Au Québec, une province qui a rejeté avec force le catholicisme dans les années 60, les citoyens refusent de voir une religion dicter aux femmes leur façon de s’habiller. Même si ces dernières affirment que c’est leur choix.

Le Bloc québécois, le parti indépendantiste, qu’on disait mourant en début de campagne, reprend du poil de la bête depuis qu’il peut taper sur ce clou. Tout comme le Parti conservateur qui brusquement propose une loi pour légiférer sur ce sujet s’il garde le pouvoir, alors qu’il avait 4 ans pour le faire.

Pendant que l’on débat du voile intégral ou pas, on ne débat pas des pertes d’emplois qui affligent le pays, des réfugiés acceptés au compte-gouttes, ou des futurs pipe-lines qui divisent le pays. Les théoriciens des sciences politiques ont trouvé une appellation pour cette stratégie qui consiste à distraire l’électorat : « lancer un chat mort en plein repas» détourne les convives des précédents sujets abordés.

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