Attentats à Paris

La peur des réfugiés s'insinue dans le débat politique américain

Magasin syrien dans le New Jersey, 18 novembre 2015.
Magasin syrien dans le New Jersey, 18 novembre 2015. REUTERS/Carlo Allegri
Texte par : Anne-Marie Capomaccio
4 mn

François Hollande se rend à Washington le mardi 24 novembre pour un tête-à-tête avec Barack Obama. L'ensemble de la classe politique se sent concernée par les attentats de Paris car ceux-ci ont réveillé la peur de l’attaque sur le sol américain, avec des déclarations à l’emporte-pièce et des réactions anti-musulmanes. Des mosquées ont même été prises pour cible.

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Dans le Connecticut, dans le nord des Etats-Unis, des coups de feu ont été tirés contre une mosquée. Dans le Nebraska, état rural du Midwest, c’est une tour Eiffel qui a été peinte sur le mur d’un centre d’études islamique. Au Texas, à la frontière mexicaine, et en Floride à l’extrême sud-est, des mosquées ont reçu des menaces. Ce sont des actes isolés, très éparpillés dans le pays, mais très inquiétants tout de même. Cela ressemble à l’après-11-Septembre 2001 : à New York, il ne faisait pas bon être musulman dans les semaines qui ont suivi les attentats.

Un amalgame musulmans = terroristes véhiculé par les politiques

Les autorités prennent très au sérieux ces incivilités. En quinze ans, les Etats-Unis n'auraient-ils pas tiré les leçons des attentats ? Les amalgames entre musulmans et terroristes sont donc encore de mise ? L’une des associations musulmanes les plus importantes de Washington, le Cair, attribue ces réactions aux déclarations de certains hommes politiques, « des déclarations irresponsables » selon Nihad Awad qui « implore » les leaders politiques de cesser de faire cet amalgame entre musulmans et terroristes.

Les réfugiés syriens pointés du doigt

Ces derniers jours, aux Etats-Unis, il y a eu une surenchère de déclarations qui peuvent attiser la haine, comme toutes les promesses de ne plus accueillir de réfugiés syriens, ou de ne plus accueillir de musulmans, de peur que parmi ces réfugiés, ne se cache un terroriste, des promesses faites par des candidats républicains à la présidentielle, reprises par des gouverneurs et des parlementaires. C’est une idée qui fait son chemin puisque les élus américains vont introduire un texte de loi pour tenter d’arrêter ou de suspendre le programme fédéral d’accueil des réfugiés ; par ailleurs, 25 gouverneurs ont déjà annoncé qu’ils refuseraient de recevoir des réfugiés syriens. Le texte est en effet en préparation, mais il est bancal. Tous les spécialistes du droit américain, qui se sont exprimés sur le sujet expliquent que les Etats ne peuvent rien faire, car l’accueil des réfugiés est une prérogative fédérale. C’est donc une sorte « d’opération de communication » de l’opposition républicaine, majoritaire dans les deux Chambres.

Une minorité au coeur de la campagne électorale

La campagne électorale bat son plein aux Etats-Unis. De plus, le statut de réfugiés est très difficile à obtenir aux Etats-Unis, le processus est long, chaque personne est contrôlée, interrogée, son passé est scruté. Est-ce que cela signifie qu’un terroriste ne peut pas se glisser dans la masse ? C’est une assurance qu’aucun responsable de la sécurité ne peut donner. Mais vu le très petit nombre de réfugiés syriens concernés, c’est manifestement l’exploitation d’une situation aux conséquences fort dommageables.
 

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