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Argentine

Argentine: polémique autour de la détention d’une dirigeante sociale

Milagro Sala, chef et fondatrice de l’organisation politico-sociale Tupac Amaru.
Milagro Sala, chef et fondatrice de l’organisation politico-sociale Tupac Amaru. CC Romina Santarelli/ Ministerio de Cultura de la Nación
Texte par : Jean-Louis Buchet
4 mn

En Argentine, la détention d’une dirigeante sociale, Milagro Sala, suscite la polémique et divise la société. La justice l’accuse de détournement de fonds et ses adversaires la présentent comme la chef d’une organisation mafieuse. Mais ses partisans disent que c’est « la première prisonnière politique » du gouvernement de Mauricio Macri, en place depuis deux mois. Le cas de Milagro Sala a ému les députés Verts et socialistes du Parlement européen.

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De notre correspondant à Buenos Aires,

Il y a bien polémique en Argentine concernant le cas de Milagro Sala, mais la question ne divise pas vraiment la société. Seule une minorité défend Milagro Sala, détenue depuis le 16 janvier.

Tupac Amaru mobilisé pour Milagro Sala

Chef et fondatrice de l’organisation politico-sociale Tupac Amaru, dans la province de Jujuy, à l’extrême-nord de l’Argentine, Sala doit faire face à de graves accusations pénales : fraude à l'administration publique, détournement de fonds, association illicite et extorsion. Pas moins. Des accusations qui paraissent en grande mesure fondées : sous l'ancien gouverneur kirchnériste de la province, Sala recevait de très importants fonds publics qu'elle était censée redistribuer à des coopératives. Mais elle en prélevait une partie, voire la totalité dans le cas de certaines coopératives apparemment fictives, domiciliées au siège de Tupac Amaru. Sala avait ainsi construit un État dans l'État, avec une discipline quasi militaire, qui en arrivait à exercer la violence contre l'opposition et d'autres associations. Il y a d’ailleurs des investigations en cours sur l'assassinat de trois militants.

Ses détracteurs n'hésitent pas à parler d'organisation mafieuse. Aujourd'hui, les coopératives qui ont une existence réelle l'ont abandonnée : elles se sont réenregistrées auprès du nouveau gouvernement (radical) de Jujuy et perçoivent les subventions directement, dans le cadre d'un système censé être transparent.

Une détention préventive qui dure

Milagro Sala demeure en détention préventive. C'est exceptionnel et contraire à la jurisprudence en Argentine. Comme tout prévenu, elle est présumée innocente tant qu’elle ne sera pas jugée et éventuellement condamnée. La justice de Jujuy argumente que si elle était libérée, Sala pourrait chercher à détruire des preuves ou faire pression sur des témoins. Mais, outre les kirchnéristes, qui la défendent assez mollement, il faut le dire, beaucoup de voix indépendantes demandent sa libération. Des intellectuels et des leaders sociaux se sont adressés au pape ; au Parlement européen, Verts et socialistes s'en sont émus. À l’heure actuelle, des partisans de Sala campent Place de mai, devant le palais présidentiel, pour que Mauricio Macri, le chef de l’État, intervienne.

Milagro Sala ou les turpitudes de l’ère Kirchner

Directement, Mauricio Macri ne peut intervenir. En Argentine, la justice est indépendante. Mais elle peut être aussi influençable. Les mêmes juges qui se sont empressés d’inculper et de mettre en détention Milagro Sala, étaient en place quand, au vu et au su de tous, elle construisait son empire grâce aux fonds publics. Mais elle était alors la protégée du gouverneur allié à la présidente Cristina Kirchner. Il a fallu que Jujuy élise un nouveau gouverneur, proche de Macri et ennemi juré de Sala, pour qu’ils se mobilisent. Les charges contre elle sont accablantes, mais il ne fait pas de doute qu’elle fait les frais de la volonté de la nouvelle administration de prouver les turpitudes de l’ère Kirchner. Il faut espérer que la pression, nationale et internationale, permette à Milagro Sala d’attendre son procès en liberté.

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