Accéder au contenu principal
Bolivie

Bolivie: l'Eglise accuse le pouvoir de collusion avec le trafic de drogue

La population des Andes consomme la feuille de coca depuis des millénaires.
La population des Andes consomme la feuille de coca depuis des millénaires. RFI / Reza Nourmamode
Texte par : Reza Nourmamode
4 mn

Vendredi dernier, l'Eglise a publiquement dénoncé le pouvoir grandissant des trafiquants de drogue dans le pays, et a surtout accusé l’Etat bolivien d’être en partie «acheté» par le narcotrafic. Des propos qui ont été vivement démentis par le gouvernement et qui ont fait réagir jusqu’au président Evo Morales. Quelle est la teneur des accusations de l’église ? 

Publicité

de notre correspondant à La Paz,

La conférence épiscopale bolivienne a exprimé sa préoccupation de voir le trafic de drogue « pénétrer les structures étatiques et des forces de l'ordre, en achetant les consciences ». La phrase est extraite de la dernière lettre des évêques boliviens, un document de 48 pages destiné à l’ensemble de la population catholique du pays et qui comprend un chapitre intitulé « Narcotrafic et addiction aux drogues ».

Dans ce message, l’Eglise affirme aussi que la crédibilité des autorités chargées de lutter contre le trafic de drogue est « minée par la corruption ». Les évêques déplorent également que la Bolivie soit devenue ces dernières années un pays consommateur de drogue, et non plus seulement producteur. Enfin, l’église appelle le gouvernement, les forces de l’ordre et les organismes internationaux à se mobiliser et à assumer leurs responsabilités dans ce domaine.

Le gouvernement et le président montent au créneau

Ces affirmations ont vivement fait réagir plusieurs membres du gouvernement, et jusqu'au président bolivien qui a déclaré qu'il n'acceptait « pas que l'on nous qualifie de narcotrafiquants ». Evo Morales, qui a affirmé se sentir « discriminé » par la hiérarchie de l’église bolivienne, a également regretté que certaines autorités catholiques aient « conservé une mentalité coloniale ».

Le leader indigène a enfin lancé un ultimatum aux évêques pour que ceux-ci apportent des preuves de leurs accusations et donnent les noms des autorités supposément impliquées dans le trafic de drogue.

Il faut souligner que Morales a toujours eu des accrochages avec la hiérarchie catholique locale, qu’il accuse de s’immiscer dans le domaine politique et d’être à la solde de l’opposition de droite.

→ à réécouter : La Bolivie, l'autre pays de la laïcité

Cette polémique survient en tout cas à un moment particulier, puisque le président bolivien a prévu de se rendre ce mois-ci au Vatican pour s’entretenir avec le pape François.

Police et justice gangrenés par la corruption

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement d'Evo Morales doit faire face à ce genre d’accusations. Le président avait dû lui-même les affronter dès son arrivée au pouvoir en 2006 car il est lui-même un ancien leader syndical des paysans producteurs de feuilles de coca.

L’opposition de droite parle donc depuis des années de « narcogouvernement », mais ni Morales ni aucune figure politique d’envergure de son parti n’a jamais été impliquée directement dans une affaire de trafic de drogue. Ce qui n’est pas le cas d’autres autorités, et surtout dans les milieux de la justice et de la police, fortement gangrenés par la corruption.

D'après les derniers chiffres des Nations Unies, il y a en Bolivie 20 400 hectares de plantations de coca. Rappelons que le pays a légalement le droit d'en cultiver 12 000 hectares destinés à la consommation traditionnelle des populations indigènes. La Bolivie est aujourd’hui le troisième producteur mondial de cocaïne, derrière la Colombie et le Pérou.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.