Haïti

Processus électoral en Haïti: le point sur les recommandations de la commission

Le président par intérim haïtien Jocelerme Privert (g) reçoit le rapport sur les résultats du premier tour de l'élection présidentielle des mains de François Benoît, président de la Commission indépendante d’évaluation et de vérification électorale.
Le président par intérim haïtien Jocelerme Privert (g) reçoit le rapport sur les résultats du premier tour de l'élection présidentielle des mains de François Benoît, président de la Commission indépendante d’évaluation et de vérification électorale. REUTERS/Andres Martinez Casares
Texte par : RFI Suivre
4 mn

Reprendre à zéro le processus électoral présidentiel : c'est l'avis de la commission d'évaluation, qui a remis lundi 30 mai son rapport après un mois de travail. Ce rapport était attendu avec impatience, car cela fait maintenant plus que sept mois que le vote a eu lieu, et l'enjeu est évidemment crucial pour l'avenir du pays. Le document détaille toutes les défaillances et les fraudes que beaucoup dénonçaient depuis la tenue du scrutin.

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Avec notre correspondante à Port-au-Prince,  Amélie Baron

Le rapport de la commission compile page après page ce qui n'a pas fonctionné lors des élections de 2015. Et le président de cette commission, François Benoît, a précisé que les problèmes ont débuté bien avant l'ouverture des bureaux. Premier accroc : les cartes d'accès délivrées aux mandataires, ces personnes chargées par les partis d'observer les opérations dans les centres de vote. Ces cartes ont été l'objet de trafics. Idem pour les cartes d'électeurs, qui selon les mots de François Benoit « se vendaient au plus offrant ».

Les irrégularités ont continué le jour du vote. Avec l'aide de la police scientifique, la Commission électorale a pu constater que les membres des bureaux ont pris la liberté de poser leurs empreintes digitales sur bien plus de listes d'émargement qu'autorisé. 40 % des votes sont ainsi impossibles à tracer, une proportion telle que le nombre de ces « votes zombies », selon François Benoît, dépasse celui obtenu par chacun des candidats. Autre problème : le rapport signale que jamais, depuis 2006, le registre des électeurs n'a été mis à jour. Les personnes décédées au cours des dix dernières années y figurent donc encore, ce qui laisse libre cours aux fraudes.

Face à ces fraudes massives, la commission recommande donc la reprise de la présidentielle, mais pas des législatives, qui se sont pourtant déroulées le même jour. C'est là que le bât blesse, mais ce silence de la commission sur les législatives se comprend très facilement. Il faut rappeler que, pour combler le vide du pouvoir après la fin du mandat de Michel Martelly en février, le président provisoire a été élu par les députés et sénateurs. Recommander l'annulation de leur élection remettrait immédiatement en cause le mandat de Jocelerme Privert. Autant dire que cela plongerait Haïti encore davantage dans la crise politique.

Comme toujours, l'argent risque de poser problème

Aujourd'hui, l'avenir du processus électoral est entre les mains du conseil électoral provisoire. Le nouveau calendrier des élections sera connu lundi et, en plus des scrutins contestés de 2015, le CEP doit désormais organiser aussi le vote pour le renouvellement d'un tiers du Sénat. Cette extension du mandat du conseil électoral a été décidée vendredi par arrêté présidentiel. Il s'agit là d'éviter que le pays se retrouve dans la même situation qu'en janvier 2014. Le pouvoir législatif était alors devenu dysfonctionnel, faute d'élections tenues à temps.

Dix sénateurs vont arriver au terme de leur mandat en janvier 2017. Il faut donc que le vote se tienne avant cette échéance. La tâche qui incombe aujourd'hui au conseil électoral est conséquente : ses membres doivent décider s'il y a lieu de reprendre à zéro le scrutin présidentiel, comme le recommande la commission. Ils doivent prendre des mesures pour corriger au mieux le processus, afin d'éviter de nouvelles fraudes massives.

Le temps presse, et comme toujours, l'argent risque de poser problème. Mardi 31 mai 2016, la porte-parole du CEP a indiqué ne pas être en capacité de donner le montant encore disponible, si tant est qu'il reste de l'argent dans le fond destiné à l'organisation des élections. La communauté internationale a déjà versé des dizaines de millions de dollars pour les journées de vote de 2015, qui se sont donc révélées comme des fiascos. Il va être difficile de convaincre les pays amis d'aider Haïti dans la poursuite du processus électoral s'il n'y a pas, cette fois-ci, la garantie d'une réussite.

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