Canada

Des militaires accusent le Canada de crimes de guerre en Afghanistan

Les forces canadiennes dans la province de Kandahar en 2010.
Les forces canadiennes dans la province de Kandahar en 2010. REUTERS/Corporal Shilo Adamson/Canadian Forces Combat Camera/Han

Au Canada, il est à nouveau question du dossier des prisonniers afghans qui avaient été emprisonnés par les Canadiens lors de leur mission militaire à Kandahar. Un groupe de policiers militaires a publié une lettre dans un des quotidiens québécois. Dans ce texte, ils dénoncent les conditions d’incarcération de ces prisonniers. Cette affaire inquiète plusieurs élus canadiens.

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de notre correspondante à Québec,

Le ministre de la Défense Harjit Sajjan a été interrogé au sujet de la lettre des policiers militaires et promet d'étudier les allégations du groupe, tout en affirmant que l'armée et la police militaire disposent de bons outils pour enquêter. Pour comprendre le fonds de cette affaire, il faut revenir quelques années en arrière. Durant leur mission en Afghanistan, les militaires canadiens ont fait de nombreux prisonniers, qu’ils soupçonnaient être en lien avec les Talibans, notamment entre 2010 et 2011. Ils gardaient ces suspects quelques jours en prison du côté canadien à Kandahar avant de les transférer aux autorités afghanes.

Des détenus afghans auraient subi de mauvais traitements

Six ans plus tard, ce groupe de policiers militaires, en mission en Afghanistan à l’époque, affirme que la moitié des personnes incarcérées étaient innocentes. Des époux, des pères de famille, des fermiers qui n’avaient rien à voir avec les Talibans. Or une grande partie de ces gens-là ont subi une détention pendant plusieurs semaines, alors qu’officiellement le Canada affirmait qu’il les gardait 3 jours tout au plus. Dans plusieurs cas, les policiers militaires débarquaient dans leur cellule la nuit dans le but de les effrayer.

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau sur la sellette

Ce n’est pas la première fois que les dirigeants canadiens sont questionnés sur le traitement réservé aux prisonniers afghans. En 2007, certains avaient évoqué des cas de torture par les autorités afghanes lorsque le Canada leur transférait des détenus. Certains parlementaires avaient réclamé une enquête publique à ce sujet, mais le gouvernement conservateur de l’époque n’avait jamais donné suite à cette demande. Plus récemment, le parti libéral, alors dans l’opposition, semblait favorable à une telle action. Depuis que cette formation dirige le pays, cela semble moins urgent. Selon Hélène Laverdière, une députée du NPD, un parti d’opposition, il faudrait qu’une enquête à venir s’intéresse à la question du transfert de ces détenus aux autorités afghanes, mais aussi à celle du traitement que réservaient les forces canadiennes elles-mêmes à ces détenus.

Amnistie internationale réclame une enquête

Il existe déjà une commission parlementaire d'examen des plaintes concernant la police militaire. Elle se penche actuellement sur des allégations de mauvais traitements des détenus par la police militaire en Afghanistan, en 2010 et 2011. Par contre, il semble que les hauts gradés de la police militaire ne collaborent pas autant à cette enquête qu’ils le devraient. La semaine dernière, des groupes de défense des droits de la personne comme Amnistie Internationale, ainsi que d’anciens diplomates ont réclamé au Premier ministre Justin Trudeau une enquête publique sur les détenus afghans transférés par les Forces canadiennes aux autorités locales. Une pétition dans le même sens a également été déposée au Parlement il y a plus d’un mois. Légalement, les libéraux doivent y répondre par écrit d'ici la fin de la semaine prochaine.

Consulter la lettre des policiers militaires

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