Etats-Unis / Elections USA 2016

Présidentielle américaine: le colistier, un choix stratégique de campagne

Tim Kaine vient d'être choisi par Hillary Clinton pour être son colistier, quelques jours avant le début de la convention démocrate le lundi 25 juillet.
Tim Kaine vient d'être choisi par Hillary Clinton pour être son colistier, quelques jours avant le début de la convention démocrate le lundi 25 juillet. SAUL LOEB / AFP

Donald Trump s’est uni avec Mike Pence. Hillary Clinton vient de choisir Tim Kaine comme colistier pour l’accompagner dans la course à la Maison Blanche. Institutionnellement doté d’un rôle assez faible, le numéro deux des Etats-Unis prend de plus en plus de place dans l’administration américaine. Le nom du potentiel futur vice-président devient alors un choix stratégique lors de la campagne.

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Sarah Palin, colistière de John McCain en 2008, se demandait sur la chaîne de télévision CNBC : « Mais que fait réellement le vice-président au quotidien ? » Une maladresse qui lui a valu de nombreux reproches, mais qui est aussi révélatrice du flou régnant autour de ce poste aux Etats-Unis. Le potentiel vice-président est pourtant un atout essentiel de la campagne présidentielle, surtout depuis qu’il a pris plus de pouvoir, selon Joel Goldstein, professeur de droit à l’université de Saint-Louis et spécialiste de la vice-présidence américaine. D’où l’importance des choix de Mike Pence, comme colistier du candidat républicain Donal Trump, et de Tim Kaine, fraîchement nommé colistier de Hillary Clinton, quelques jours avant le début de la Convention démocrate lundi 25 juillet.

Un acteur indispensable dans la campagne pour la présidence

Le choix du colistier est une décision stratégique au moment de la campagne, car ce dernier apporte une certaine complémentarité aux candidats à la présidence. Tim Kaine, tout comme Mike Pence, viennent compenser les faiblesses de chacun des deux candidats.

Côté républicain, le gouverneur de l’Indiana, qui a soutenu Ted Cruz pendant les primaires, garantit une ligne conservatrice aux militants du parti. Grâce à ses années d’expérience au Congrès, il redonne confiance aux électeurs traditionnels, alors que l’outsider Donald Trump n’a jamais été élu.

De l’autre côté, Hillary Clinton s’appuie sur Tim Kaine, réputé pour son art du consensus, sur les sujets que ce sénateur de Virginie a dû prendre en main tout au long de sa carrière. « Il n’a jamais perdu une élection », se vante la candidate démocrate. Après avoir vécu au Honduras, Tim Kaine parle « couramment espagnol sans être hispanique lui-même », renchérit sur RFI Pierre Guerlain, professeur de civilisation américaine à l’université Paris-Ouest-Nanterre. « Ce candidat renforce le vote hispanique étant donné que, de l’autre côté, il y a un candidat xénophobe qui attaque les Mexicains. »

Cette logique de complémentarité est récurrente dans le choix du colistier. En 2012, Mitt Romney avait choisi Paul Ryan, alors président de la commission du Budget au Congrès américain, pour le soutenir sur les questions économiques après la crise de 2008-2009. De même, Ronald Reagan a compté sur George H.W. Bush en 1980 pour les enjeux de politique internationale, alors que ce dernier avait été ambassadeur de l’ONU et directeur de la CIA.

Les colistiers interviennent aussi directement dans la campagne. En 2012 par exemple, « Joe Biden a réussi à relever la barre face à Paul Ryan alors que Barack Obama venait de rater le débat télévisé contre Mitt Romney », se souvient Joel Goldstein sur la Radio publique de Saint Louis.

Un vice-président à géométrie variable de plus en plus présent

« Depuis 40 ans et Walter Mondale [vice-président sous Jimmy Carter (77-81)], le rôle du numéro 2 américain est devenu de plus en plus important », explique Joel Goldstein dans son livre La Vice-présidence à la Maison Blanche. Historiquement faible, le poste de vice-président devait se limiter à présider le Sénat sans pouvoir voter et faire de la représentation à l'international. Walter Mondale a insufflé un nouveau modèle, où il se rapproche du chef de l’Etat. Il déménage son bureau au sein même de la Maison Blanche pour être au plus proche des prises de décision, et instaure les déjeuners hebdomadaires avec Jimmy Carter. « Désormais, le vice-président fait partie du cercle rapproché du président et passe de plus en plus de temps dans le bureau ovale », analyse Joel Goldstein sur la Radio publique de Saint Louis.

Depuis Walter Mondale, plusieurs vice-présidents ont marqué les mandats présidentiels. Al Gore est l’un des vice-présidents influents qui ont fait bouger les lignes, entre 1993 et 2001, sous Bill Clinton. Il s'est imposé sur les sujets d'environnement et il a eu un rôle primordial dans la réforme de l’Etat. Le ticket Bush-Cheney a aussi révolutionné la relation entre président et vice-président. Celui que l’on a appelé « le coprésident » a pris de l’importance après les attentats du 11-Septembre et une sorte d’exécutif à deux têtes s’est installé. Ce personnage de l’ombre, peu médiatique et ancien chef du Pentagone, a poussé la politique de lutte antiterroriste et interventionniste en Irak. « Dick Cheney a eu un ascendant psychologique fort sur George W. Bush », confirme Pierre Guerlain. Ce que veut éviter Hillary Clinton avec Tim Kaine, qui « ne risque pas d’être dominant et de lui faire de l’ombre », analyse le spécialiste en civilisation américaine.

Sous les deux mandats de Barack Obama, Joe Biden a lui aussi été très influent, se présentant comme l’un de ses plus intimes conseillers. « Ils ont une relation très forte personnelle et professionnelle », estime Joel Goldstein. Joe Biden a autant été présent après la tuerie d’Orlando que pendant la capture d’Oussama Ben Laden au Pakistan en 2011.

Un tremplin vers la Maison Blanche

Quatorze vice-présidents sont arrivés à la tête du pays, dont neuf à la suite d’un décès ou d’une démission. Remplacer le président est l’une des principales prérogatives du vice-président « en cas de destitution, de mort ou de démission, ou de son incapacité d'exercer les pouvoirs », selon l’article 2 de la Constitution américaine. C’est ainsi qu’Harry Truman remplace Franklin Roosevelt en 1945, que Lyndon Johnson prend la suite après l’assassinat de John F. Kennedy en 1963, et que Gerald Ford succède à la démission de Richard Nixon après le scandale du Watergate.

La vice-présidence est aussi un moyen de se positionner pour le prochain mandat. Al Gore en 2000 et Walter Mondale en 1980 ont échoué aux urnes là où cinq d’entre eux ont réussi à se faire élire après leur mandat, comme Richard Nixon en 1968 et George H.W. Bush en 1988. Etre vice-président est donc un des moyens d’accéder à la tête des Etats-Unis. Les deux colistiers de Donald Trump et Hillary Clinton ne sont donc qu’à un pas de la présidence, et doivent faire figure de présidentiables.

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