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Brésil

Brésil: Petrobras, le scandale en questions

Le logo de Petrobras, la compagnie brésilienne au cœur d'un immense scandale de corruption.
Le logo de Petrobras, la compagnie brésilienne au cœur d'un immense scandale de corruption. REUTERS/Paulo Whitaker

A quelques jours du début des Jeux olympiques de Rio, l’affaire Petrobras refait parler d’elle. L’ex-président Lula vient d’être inculpé pour tentative d’entrave à la justice dans le cadre de ce vaste scandale de corruption qui secoue le Brésil depuis plus de deux ans, et n’en finit pas de plonger le pouvoir dans la crise.

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  • Qu’est-ce que le scandale Petrobras ?

Au départ, Petrobras est le nom d’une compagnie pétrolière contrôlée par l’Etat brésilien. Mais depuis deux ans, la première entreprise du pays a donné son nom au plus gros scandale politico-financier de l’histoire du pays.

Au centre, le géant Petrobras et une dizaine de grandes entreprises brésiliennes du BTP. Des sociétés qui travaillent ensemble sur de grands chantiers, essentiellement liés aux gigantesques gisements découverts fin 2007 au large des côtes sud-est du pays.

Depuis une dizaine d’années, ces entreprises avaient formé un cartel. Le procédé était le suivant : Petrobras lançait des appels d’offres que ces sociétés se partageaient, tout en surfacturant les contrats. En échange, des dessous de table étaient versés à des responsables de Petrobras et aux partis de la coalition gouvernementale de centre gauche, à la tête du pays depuis Lula. Ces pots-de-vin auraient ensuite principalement servi à financer des campagnes électorales.

  • Comment l’affaire a-t-elle été mise au jour ?

C’est un lanceur d’alerte qui est à l’origine de la découverte de ce vaste réseau de corruption. En 2008, Hermes Magnus tient une entreprise de composants électroniques pour voitures. Il se rend compte que des personnalités locales veulent se servir de sa société pour blanchir de l’argent. Il porte plainte. Depuis, visé par des menaces, il vit à l’étranger. Mais les enquêteurs vont mettre plusieurs années pour tirer les ficèles du réseau.

En mars 2014, c’est un coup de filet lancé dans une station de lavage auto qui donne son nom à l’opération « Lava Jato » (« Lavage automatique » ou « Lavage rapide »). Le procureur Sergio Moro, devenu héros national, remonte ensuite patiemment la chaîne, des seconds couteaux aux gros bonnets, dirigeants d’entreprise et personnalités politiques de premier rang. Plusieurs prévenus passent à table en échange d’une promesse de réduction de peine.

  • Quels partis sont-ils mouillés ?

Des membres du Parti des travailleurs (PT) de Lula et de Dilma Rousseff, l’actuelle présidente, du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), principal allié du PT, et du Parti progressiste, tous membres de la majorité gouvernementale, seraient impliqués. Et parmi eux, des personnalités de premier plan : les présidents du Sénat, Renan Calheiros, et l’actuel président de la Chambre des députés, Waldir Maranhao, ainsi que son prédécesseur, Eduardo Cunha, des députés, des sénateurs, une poignée de ministres et l'ex-trésorier national du Parti des travailleurs, Joao Vaccari Neto. Aecio Neves, leader du principal parti d’opposition et candidat malheureux contre Dilma Rousseff en 2014, est également visé par l’enquête.

  • Pourquoi Lula est-il précisément visé ?

Totalement empêtré dans le scandale, l’ancien président brésilien avait été nommé en mars dernier chef de cabinet du gouvernement Rousseff, officiellement pour l’aider à redresser la situation économique du pays. Un statut qui lui aurait conféré une immunité et lui aurait permis d’échapper à un éventuel placement en détention. Mais un juge, y voyant une possible entrave à la justice de la part de la présidente, a ordonné in extremis la suspension de son entrée au gouvernement.

Entre-temps, l’enregistrement d’une conversation téléphonique est venu mettre de l’huile sur le feu. On y entendait Dilma Rousseff informer son prédécesseur qu’elle allait lui faire parvenir son décret de nomination. Et lui de répondre : « Ne t’en sers qu’en cas de nécessité ». Assez pour confirmer dans l’esprit de l’opinion que le but de cette nomination était bien de lui éviter la case prison.

Lula Inacio Lula da Silva est soupçonné d’avoir reçu d’importantes sommes d’argent d’entreprises de BTP qui avaient obtenu des contrats de Petrobras en échange de pots-de-vin. Il est aussi accusé d’avoir dissimulé un appartement de luxe. Mais il a toujours nié son implication. Dernier rebondissement en date, le 29 juillet, Lula a été inculpé pour « entrave à la justice ». Il aurait tenté d’acheter le silence d’un ancien directeur de Petrobras, Nestor Cervero, impliqué dans l’affaire. Il devra donc répondre de ces accusations lors d’un procès.

  • Dilma Rousseff est-elle impliquée ?

Dilma Rousseff n’a jamais été directement visée par la justice dans cette affaire. Mais beaucoup se demandent comment celle qui fut ministre de l’Energie et avait donc Petrobras sous sa tutelle pouvait ne pas savoir. La présidente brésilienne a notamment fait l’objet d’accusations de la part d’un sénateur qui affirme qu’elle a « hérité et bénéficié directement » de ce réseau de malversations et qu’elle était au courant de tout.

Le vice-président Michel Temer, qui assure l’intérim depuis mai 2016, le temps de la procédure de destitution qui vise Dilma Rousseff, fait également l’objet d’accusations. La justice électorale enquête aussi pour savoir si lors de la campagne de 2014 le duo Rousseff-Tremer a bénéficié des pots-de-vin. Si c’était le cas, l’élection pourrait être annulée.

  • Quelles sont les conséquences de ce scandale ?

Ce méga-scandale a sérieusement ébranlé le pouvoir déjà affaibli par une crise économique marquée par une forte récession. Le Brésil fait aujourd’hui face à une crise politique sans précédent. Les soupçons autour de Dilma Rousseff et sa tentative présumée d’entraver l’enquête ont suscité la colère de l’opinion publique. Des manifestations monstre ont eu lieu dans plusieurs villes du pays pour demander sa destitution de la présidente Dilma Rousseff aux cris de « Démission ! »

Pour Petrobras aussi, la note est salée. En 2014, la compagnie qui avait fait la fierté des Brésiliens accusait une perte record de 6,4 milliards d'euros, dont 1,9 milliard de surcoûts imputés à la corruption. Très endettée et pénalisée comme tout le secteur par la chute du prix du baril, elle tente aujourd’hui de renaître de ses cendres et de regagner la confiance perdue.

  • Les Jeux olympiques éclaboussés ?

Les Jeux olympiques qui commencent le 5 août n’échappent pas aux remous de l’affaire Petrobras. En mars dernier, l’ex-dirigeant du géant brésilien du bâtiment Odebrecht a été condamné à près de 20 ans de prison pour blanchiment d’argent, association criminelle et corruption active. Il avait versé plus de 63 millions de dollars de pots-de-vin à d’anciens directeurs de Petrobras. Pourtant le groupe a mené plusieurs chantiers majeurs pour les Jeux olympiques de Rio de Janeiro, dont la construction d’une nouvelle ligne de métro.

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