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Québec: des pistes pour lutter contre la radicalisation des jeunes sur Internet

Au Québec, l'Observatoire sur la radicalisation et l'extrémisme violent a formé des professeurs de lycée en philiosophie pour parler de radicalisation au sens large.
Au Québec, l'Observatoire sur la radicalisation et l'extrémisme violent a formé des professeurs de lycée en philiosophie pour parler de radicalisation au sens large. Capture d'écran/observatoire-radicalisation.org

Le gouvernement québécois et l’Unesco proposent une conférence à partir du dimanche 30 octobre 2016 pour discuter des moyens de prévention et d’action pour lutter contre la radicalisation des jeunes sur Internet. Pendant trois jours, il va s’agir d’identifier des pistes de solutions pour lutter contre ce phénomène et mieux collaborer ensemble. La députée européenne Rachida Dati et Khalifa Ababacar Sall, le maire de Dakar, figurent parmi les 400 participants venus d’Europe, d’Afrique, des Etats-Unis ou du Canada. Le Québec a déjà pris quelques initiatives dans ce domaine.

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Chacun tâtonne un peu pour mettre sur pied des programmes de prévention efficaces. Les chercheurs manquent encore de recul et de données probantes pour trouver les stratégies qui vont empêcher les jeunes de tomber dans le panneau de la radicalisation. Au Québec, cette question touche un nombre relativement restreint de personnes. C’est au Cégep Maisonneuve à Montréal, un établissement équivalent du lycée en France, que les problèmes les plus importants ont surgi en janvier 2015. Une dizaine d’élèves ou d’ex-élèves de cet établissement ont voulu aller soutenir le groupe Etat islamique en Syrie et certains ont été arrêtés. Aujourd’hui, ce Cégep a décidé de miser sur l’écoute des élèves et la création de lieux de dialogues pour lutter contre ce phénomène car une recherche menée dans les murs même de ce lieu d’enseignement qui regroupe 7000 élèves a montré clairement les effets négatifs de la stigmatisation. Au fond, pointer un groupe du doigt, musulman ou autre, est la pire des solutions.

Pour prévenir la radicalisation, au Cégep Maisonneuve, avant tout, on parle. Cinq personnes ont été embauchées spécifiquement pour nouer la discussion avec des jeunes qui se sentent rejetés, ou qui ont du mal à faire valoir leur point de vue minoritaire. L’idée, c’est de leur donner envie de s’intégrer davantage à la société québécoise et de s’éloigner des discours sectaires. Dans le même ordre d’idée, un professeur de politique au Cégep a lancé l’initiative Projet Islam. Jean-Félix Chénier propose une discussion chaque semaine aux élèves sur les composantes politiques de l’islam. Parfois il est question des différents courants qui le traverse, des communautés qui le composent ou de la stigmatisation que peuvent ressentir des Québécois musulmans, une stigmatisation que ressentent plusieurs des participants à cette activité, surtout des filles, dont plusieurs pratiquent l’islam. En confrontant leurs idées avec celles du prof, ou d’autres invités, ces jeunes filles développent leur pensée et vont plus loin que les stéréotypes ou préjugés rattachés à l’islam.

Mais la prévention à la radicalisation ne tourne pas spécialement autour des musulmans. Une formation développée pour des professeurs en philosophie au Cégep s’efforce justement de parler de radicalisation au sens large. L’an dernier, leurs interventions portaient justement sur les discours de propagande que l’on retrouve sur Internet, que l’on parle de mouvements d’extrême droite, de défense extrême des animaux ou autres. Pour le concepteur du programme, Stéphane Leman-Langlois, cofondateur de l'Observatoire sur la radicalisation et l'extrémisme violent, il ne faut pas seulement s’adresser à des jeunes ciblés comme étant « à risque ». Il faut profiter de leur passage à l’école pour leur apprendre à discuter, à réfléchir, à se confronter à des visions du monde différentes, une façon finalement de les rendre résilients face aux discours sectaires et à leurs dérives. Des élèves qui ont suivi ce programme de philo jeunes participeront d’ailleurs à la conférence à Québec.

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