Etats-Unis / Chine / Taïwan

Trump commet un bel impair en prenant la présidente de Taïwan au téléphone

Le président élu américain Donald Trump, en meeting à Cincinnati, dans l'Ohio, le 1er décembre 2016.
Le président élu américain Donald Trump, en meeting à Cincinnati, dans l'Ohio, le 1er décembre 2016. REUTERS/Mike Segar

Le comportement de Donald Trump en matière de politique étrangère inquiète les milieux diplomatiques. Vendredi 2 décembre, il a franchi une nouvelle étape en rompant avec une tradition diplomatique vieille de plusieurs décennies avec Pékin et Taipei : il a eu une conversation téléphonique avec la présidente de Taïwan.

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La diplomatie version Donald Trump risque de donner des ulcères au département d'Etat. Le président élu agit en cavalier seul et ignore le département d'Etat. Il avait déjà surpris, ces derniers jours, en couvrant d'éloges le Premier ministre pakistanais, ou en invitant à la Maison Blanche le président philippin, Rodrigo Duterte, qui a insulté Barack Obama il y a quelques mois.

On le savait imprévisible. Mais vendredi, il a franchi un cap et a créé un précédent. La conversation du président élu avec la présidente taïwanaise, Tsai Ing-wen, a pour le moins surpris, sinon consterné à Washington, rapporte notre correspondant dans la capitale américaine, Jean-Louis Pourtet. Les deux personnalités ont échangé des félicitations réciproques pour leur élection et ont noté des liens étroits en matière économique, politique et de sécurité entre les deux pays.

Seul petit problème : depuis la fin des années 1970, les Etats-Unis n'ont plus de relations diplomatiques avec Taïwan. Comme l'a rappelé la Maison Blanche, les Américains soutiennent le principe d'une « seule Chine », qui tend à voir Taïwan comme une partie intégrante du territoire chinois. Jamais, depuis 1979, Washington et Taipei n’avaient entretenu de communication officielle.

Pékin ne veut pas que l’alternance américaine entraîne un changement de ligne

Le coup de fil de vendredi n'a pas manqué d'indisposer Pékin, qui apprécie peu le nouveau régime de Taipei.Cet appel intervient alors que les tensions sont vives entre le pouvoir chinois et Taïwan, depuis l’élection en janvier dernier de Tsai Ing-wen, qui est la dirigeante du Parti démocrate progressiste, une formation indépendantiste à sa création dans les années 1980.

Pour la Chine, les pays qui traitent avec Taïwan comme avec n'importe quel pays indépendant ne peuvent prétendre à aucune relation diplomatique avec elle. Pékin a donc protesté « solennellement » auprès des Etats-Unis, a-t-on appris ce samedi dans un communiqué du ministère chinois des Affaires étrangères. « Cela ne fait aucun doute », écrit le pouvoir chinois, « il n’existe qu’une seule Chine et Taïwan en fait partie ».

« Les Etats-Unis doivent reconnaître ce principe et traiter les questions liées à Taïwan avec prudence, afin de ne pas nuire inutilement aux relations sino-américaines », menace en filigrane la diplomatie chinoise. Le message est clair : Pékin ne veut pas que l’arrivée au pouvoir de Donald Trump en janvier entraîne un changement de ligne dans la politique américaine vis-à-vis de Taïwan.

A quand la nomination d'un ministre des Affaires étrangères à Washington ?

Dans un premier temps, plus tôt dans la journée ce samedi, le ministre chinois des Affaires étrangères avait préféré minimisé la portée de cette conversation téléphonique entre Donald Trump et Tsai Ing-wen, explique notre correspondante à Shanghai, Angélique Forget. Interrogé sur une chaîne de télévision, il avait décrit cet appel comme une « petite ruse » de la part de Taipei, peu susceptible à ses yeux d’affecter les relations entre Washington et Pékin.

« Cela ne peut tout simplement pas modifier le cadre d'une seule Chine intégré par la communauté internationale (et) je ne pense pas que cela changera la politique adoptée depuis des années par les Etats-Unis », avait déclaré Wang Yi. Si Donald Trump, qui a beaucoup critiqué la Chine pendant sa campagne, veut changer une politique en cours depuis 40 ans une fois au pouvoir, c'est son droit, reconnaissent les experts du côté américain. Mais il ne peut le faire en agissant seul.

Jusqu'à présent, le président élu n'a consulté ni le département d'Etat, la Défense ou la CIA, ni les alliés des Etats-Unis. Dans un tweet, Donald Trump se défend, affirmant qu'il n'a fait que répondre à l'appel de la présidente Tsai Ing-wen. Puis il rappelle, à nouveau sur Twitter sans filet, que son pays vend des armes à Taipei ! Un sénateur démocrate, Chris Murphy, a souhaité qu'un secrétaire d'Etat soit rapidement nommé, et avec de l'expérience de préférence. Il faudra trouver quelqu'un qui ne souffre pas de maux d'estomac.

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