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Mercosur / Venezuela

Mercosur: fin de la «parenthèse» vénézuélienne ?

Le président vénézuélien Nicolas Maduro a qualifié de «coup d'Etat» la mise à l'écart de son pays du Mercosur, le 2 décembre 2016.
Le président vénézuélien Nicolas Maduro a qualifié de «coup d'Etat» la mise à l'écart de son pays du Mercosur, le 2 décembre 2016. Miraflores Palace
Texte par : Jean-Louis Buchet
7 mn

L’exclusion du Venezuela de Nicolas Maduro du marché commun sud-américain (Mercosur) est le dénouement d’une crise qui était en germe dès son adhésion au bloc régional en 2012. Elle marque aussi un tournant politique et un retour aux sources.

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Par notre correspondant à Buenos Aires,

Le Venezuela fait-il encore partie du Mercosur (Marché commun du Sud) ? Officiellement, il en a été exclu par les quatre autres membres de cet ensemble régional sud-américain (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay) jeudi 1er décembre. Le gouvernement vénézuélien a immédiatement contesté cette décision, affirmant qu’il continue d’exercer la présidence tournante du bloc. Une présidence qui n’a jamais été reconnue par les quatre pays susmentionnés, qui ont considéré que celle-ci était vacante depuis la fin du mandat de l’Uruguay en juin dernier. Quoi qu’il en soit, le 14 décembre, ce sera au tour de l’Argentine de l’exercer pour six mois. Et tout porte à croire que, malgré ses protestations, le Venezuela verra confirmée son exclusion.

Cet imbroglio est le dernier épisode d’une crise qui a atteint son paroxysme au cours des six derniers mois quand, du fait du désaccord au sujet de la présidence tournante, le Mercosur a pratiquement cessé de fonctionner. Mais les origines de cette crise sont beaucoup plus anciennes : elles remontent à juillet 2012, date de l’adhésion du Venezuela au bloc régional dans des conditions on ne peut plus discutables.

Un marché de plus en plus politique

A l’époque, le Marché commun du Sud était toujours formé de ses quatre membres originaux - Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay - qui avaient signé en 1991 le traité d’Asunción, du nom de la capitale paraguayenne où ils avaient décidé de renforcer leur intégration. Sur le modèle de la construction européenne, le Mercosur avait bien avancé pendant les années 1990 en instituant un tarif extérieur commun et des préférences communautaires entre ces quatre pays voisins dont les économies étaient déjà liées. Malgré certains problèmes, dus surtout au fait que le Brésil et l’Argentine, beaucoup plus puissants, avaient tendance à imposer leurs vues aux « petits » pays - Paraguay et Uruguay -, les échanges intracommunautaires augmentaient et le succès du Mercosur faisait envie, au point que la Bolivie et le Chili s’y sont rapprochés en tant que membres associés.

Dans les années 2000, la donne a changé. D’abord, parce que la crise argentine de 2001-2002 a entraîné des disputes commerciales avec le Brésil qui ont paralysé le Mercosur. Ensuite, parce que des gouvernements de centre gauche ou « progressistes » ont pris le pouvoir dans la région : Nestor Kirchner en Argentine, Lula Da Silva au Brésil, Fernando Lugo au Paraguay, Tabaré Vázquez en Uruguay. Freiné dans sa croissance en tant qu’entité économique, le bloc devient plus politique. Et les gouvernements des pays membres incitent le Venezuela, alors dirigé par Hugo Chavez, à se rapprocher du Mercosur. En particulier Kirchner et Lula, qui apprécient le dirigeant vénézuélien et ont mis en place avec lui une alliance « anti-impérialiste » régionale qui démarre avec un succès retentissant au sommet des Amériques de Mar del Plata, en Argentine (2005), où les trois présidents réussissent à bloquer le traité de libre-échange continental de George Bush.

D’abord membre associé, le Venezuela demande son adhésion au Mercosur, qui est acceptée en 2006. Reste, pour que celle-ci soit valable, qu’elle soit confirmée par le Parlement de chaque pays membre. Les parlementaires argentins, brésiliens et uruguayens la valident. Mais le Sénat paraguayen, dominé par la droite, la refuse. Et ce même Sénat obtient en juin 2012, dans des conditions juridiquement contestables, la destitution du président Fernando Lugo, décision immédiatement contestée par les autres pays membres, toujours gouvernés par des « progressistes » (Cristina Kirchner en Argentine, Dilma Rousseff au Brésil, José Mujica en Uruguay).

Les engagements non tenus de Caracas

Un mois plus tard, au sommet de Mendoza en Argentine, les présidents argentin, brésilien et uruguayen décident, au nom de la « clause démocratique » du Mercosur, d’exclure temporairement le Paraguay en raison de la mise à l’écart, jugée anticonstitutionnelle, de Lugo. Dans la foulée, considérant levé l’obstacle du Sénat paraguayen, ils entérinent l’entrée du Venezuela. Très discutable en droit, la décision est éminemment politique. C’est aussi un contresens économique : éloigné du centre de gravité du Mercosur, le nouveau membre a peu de liens commerciaux avec les signataires du traité d’Asunción. Mais qu’importe, c’est un ami.

A partir de ce moment-là, le Mercosur se délite. Malgré les efforts des fonctionnaires en poste au siège de l’organisation, à Montevideo, la capitale uruguayenne, l’intégration économique recule. Le bloc devient une plateforme internationale de revendications politiques. Et le Venezuela ne prend aucune des mesures auxquelles il s’est en principe engagé en entrant au marché commun (harmonisation administrative, baisse des tarifs douaniers, etc.). Il n’en a cure. Et s’il avait voulu tenir ses engagements, il aurait eu bien du mal à cause de la désorganisation de son économie, qui s’aggrave encore en 2103, après la mort de Chavez, auquel succède Nicolas Maduro. Sans chef charismatique, la « révolution bolivarienne » s’enfonce dans le chaos. La même année, un nouveau président, de droite, Horacio Cartes, est élu au Paraguay, qui réintègre donc le Mercosur.

Le retour aux sources économiques

Peu après, le vent commence à tourner en Amérique du Sud. Les gouvernements dits progressistes n’ont plus la cote. En novembre 2015, l’Argentine tourne le dos au péronisme de gauche pour élire un président de centre droit, Mauricio Macri. Quelques mois plus tard, Dilma Rousseff est destituée au Brésil et Michel Temer, un homme de droite, assume la présidence. Et si, en Uruguay, la gauche conserve le pouvoir avec le retour de Tabaré Vazquez, elle vire au centre pour tenir compte de l’évolution de son opinion publique. L’heure n’est plus à la coalition progressiste et les gouvernements des pays fondateurs du Mercosur s’inquiètent de l’autoritarisme croissant de Maduro à l’égard de l’opposition vénézuélienne. Ils veulent aussi relancer l’intégration économique et avancer dans la négociation d’un accord de libre-échange avec l’Union européenne.

Ce retour aux sources pose rapidement la question du maintien du Venezuela au sein du Mercosur. En juin 2016, peu avant la fin de la présidence semestrielle de l’Uruguay, un communiqué signé par les ministres des Affaires étrangères argentin, brésilien, uruguayen et paraguayen affirme que les conditions ne sont pas remplies pour que le pays de Maduro prenne la suite, ainsi qu’il lui revient en principe par ordre alphabétique. Le communiqué rappelle que le Venezuela, qui a bénéficié d’un délai exceptionnel de quatre ans pour se conformer aux normes lui permettant d’adhérer au Mercosur (plus d’une centaine, répertoriées en annexe) ne l’a toujours pas fait. Un nouveau délai lui est accordé, jusqu’à fin novembre. En attendant, la présidence du bloc est déclarée vacante. La décision est rejetée par les Vénézuéliens, ce qui est sans effet pratique compte tenu de la position des autres pays.

L’exclusion du Venezuela, ce 1er décembre, était donc programmée. Fondée en droit, elle obéit aussi à une réorientation politique. A compter du 14 décembre, sous la présidence de Mauricio Macri, le Mercosur, à nouveau réduit à ses membres fondateurs, tentera de fermer la parenthèse vénézuélienne. Priorité sera désormais accordée à l’intégration économique, avec un grand objectif pour 2017 : l’accord de libre-échange avec l’Union européenne. Les pays sud-américains n’abordent pas la négociation en position de force, notamment en raison des difficultés économiques de l’Argentine et du Brésil. Mais l’Europe est également en crise et affaiblie par le Brexit. Des deux côtés de l’Atlantique, on a besoin d’un succès.

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