Chine/Etats-Unis/Taïwan

Taïwan et Trump: pour la Chine, il va falloir tuer le coq pour effrayer le singe

Comment se comporter face à Donald Trump? La question est désormais dans le camp des dirigeants chinois.
Comment se comporter face à Donald Trump? La question est désormais dans le camp des dirigeants chinois. GREG BAKER / AFP

Donald Trump serait-il tel l’éléphant dans un magasin de porcelaine chinoise ? Son entourage a beau essayer d'éteindre le feu allumé par sa conversation téléphonique avec la présidente taïwanaise Tsai-Ing-wen, le président élu a rajouté plusieurs tweets violemment critiques à l’égard de Pékin. Et pourtant, la presse chinoise fait preuve de retenue ce lundi.

Publicité

Notre correspondante à Pékin, Heike Schmidt, rapporte le titre du Global Times du jour : « Parler à Trump, punir l’administration de Tsai ». Il serait « déplacé de s’en prendre à Donald Trump alors qu’il n'est toujours pas entré en fonction », estime ce lundi 5 décembre le quotidien proche du pouvoir chinois.

Global Times trouve même cette excuse pour les missives verbales du futur président américain à destination de la Chine : « Il n’a aucune expérience diplomatique et ne se rend pas compte des conséquences que pourrait avoir un chamboulement des relations sino-américaines. »

Aux origines du scandale, un coup de fil

Ces derniers jours, Donald Trump a reçu des salves de critiques pour avoir eu une conversation téléphonique avec la présidente taïwanaise au téléphone. « La présidente de Taïwan M'A APPELÉ pour me féliciter après ma victoire à la présidentielle. Merci ! », écrivait-il samedi 3 décembre, minimisant son rôle et la portée de cette affaire.

Problème : les Etats-Unis n'ont plus de canaux de communication officiels avec Taïwan de longue date. Comme l'a rappelé l'administration sortante, les Américains soutiennent le principe d'une « seule Chine » depuis la fin des années 1970, alors que le régime taïwanais, dont le nom officiel est « République de Chine », est issu de l'ancien régime chinois. Une « province rebelle » aux yeux de Pékin, en somme.

Et Donald Trump mit les pieds dans le plat

Le jour même, Donald Trump en rajoutait, toujours sur Twitter, avec cette formule sybilline quelque peu hors cadre : « Intéressant la manière dont les Etats-Unis vendent des milliards de dollars d'équipements militaires à Taïwan, alors que je ne devrais même pas accepter un coup de téléphone de félicitations. » Pas faux, mais sensible.

Et le lendemain, double-tweet incendiaire du président élu : « La Chine nous a-t-elle demandé si nous étions d'accord pour qu'ils dévaluent leur monnaie (rendant difficile pour nos entreprises de faire face), pour qu'ils taxent lourdement nos produits dans leur pays (les Etats-Unis ne le font pas) ou pour construire un énorme complexe militaire au beau milieu de la mer de Chine méridionale ? Je ne crois pas ! »

La Chine préfère s'en prendre à « l'île rebelle »

Pas sûr que Pékin et Xi Jinping sachent encore comment se comporter face à un tel joueur de poker, dont le style tranche singulièrement avec leurs habitudes. Mais pour envoyer un message à Washington, il vaudra donc mieux cibler Taipei, estime l’éditorialiste du Global Times, qui suggère par exemple que la Chine renforce son déploiement militaire au large de Taïwan. Tuer le coq pour effrayer le singe, selon le dicton.

Ce lundi, l’agence officielle Chine Nouvelle préfère aussi jouer profil bas vis-à-vis de Washington, avec une légère pointe de sous-entendu : « La Chine et les Etats-Unis ne sont pas destinés à être des rivaux. Ils peuvent être des partenaires pour la paix s’ils ne quittent pas le bon chemin. »

Un coup prémédité de la part du « Donald » ?

Quitter « le bon chemin », ce serait par exemple augmenter les ventes d’armes à Taipei. Cela causerait des « dommages irréversibles », avertit la presse officielle, tout en soulignant que la capacité militaire chinoise dépasse de loin celle de Taïwan, et que les Américains ne pourront en aucun cas combler ce fossé.

L'affaire risque en tout cas de continuer à faire couler de l'encre. Car selon The Washington Post, le coup de fil de la discorde serait en fait prémédité de la part du futur 45e président américain. Selon le quotidien, « il s'agissait d'une provocation intentionnelle qui établit que le prochain président sera en rupture avec le passé ». Si tel est le cas, le message est passé.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail