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Canada: une motion contre l'islamophobie agite politiques et citoyens

Rassemblement de soutien après l'attaque d'une mosquée de Québec devant le centre culturel islamique de Toronto en Ontario, le 3 février 2017.
Rassemblement de soutien après l'attaque d'une mosquée de Québec devant le centre culturel islamique de Toronto en Ontario, le 3 février 2017. REUTERS/Mark Blinch
Texte par : Pascale Guéricolas
4 mn

Au Canada, une motion parlementaire condamnant l’islamophobie fait couler beaucoup d’encre actuellement. Elle a été déposée environ deux semaines après l’attentat contre la mosquée de Québec qui a fait 6 morts et 5 blessés graves le 29 janvier dernier. Les députés au Parlement ont notamment débattu avec passion de la nécessité de condamner ou non des actes visant en particulier les musulmans.

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avec notre correspondante à Québec,

Au Canada, la discussion sur la motion contre l'islamophobie ne s’est pas limitée à la Chambre des communes. Plusieurs internautes ne se sont pas gênés pour faire connaître le fond de leur pensée aux partis qui soutiennent la motion. Fait très rare, Iqra Khalid, la députée du Parti Libéral à l’initiative de ce texte, a lu devant ses homologues quelques extraits de courriels qu’elle avait reçu. Le ton était particulièrement agressif envers cette élue, que l’on suggérait ni plus ni moins d’expulser du pays.

Pourtant, sa proposition de motion n’a rien de très révolutionnaire. Elle vise à condamner les attaques contre les musulmans qui seraient de plus en plus nombreuses au Canada selon cette députée. Le texte entend aussi créer un comité parlementaire pour étudier le racisme systémique subi par cette communauté. À titre d’exemple, le taux de chômage des Canadiens d’origine arabe, que les employeurs identifient souvent aux musulmans, est deux fois plus important que celui de la moyenne de la population.

Les conservateurs revendiquent la liberté de pensée

Les conservateurs s’opposent à une motion qui semble a priori très consensuelle. Le terme islamophobie leur déplait souverainement. Du coup, ils ont déposé une autre motion qui condamne toute discrimination religieuse, sans citer particulièrement la religion musulmane. Selon eux, s’opposer à l’islamophobie pourrait nuire à la liberté d’expression, car cela reviendrait à ne plus pouvoir critiquer l’islam. Au-delà de l’analyse sémantique des termes, ce débat montre que le consensus qu’affichaient les élus canadiens et québécois après l’attentat de Québec n’a pas duré très longtemps.

Les calculs électoraux et la joute politique reprennent leurs droits. Les conservateurs se cherchent actuellement un chef. Et plusieurs des 13 candidats en lice espèrent bien se démarquer de leurs concurrents. Ils courtisent une frange d’électeurs, agacés par le nombre grandissant de nouveaux arrivants qu’ils considèrent à tort ou à raison comme des musulmans.

Le multiculturalisme, spécificité canadienne

Pourtant, le Canada pratique depuis plusieurs décennies un multiculturalisme très ouvert où chacun peut vivre sa religion de façon très publique. Cette politique n'est pas remise en questions de façon ouverte, mais certains signes montrent que l’intolérance gagne du terrain. Au Québec, le nombre de crimes haineux de nature religieuse aurait doublé l’an dernier. Il y a quelques jours seulement, une mosquée de Montréal a été vandalisée, et c’est la 4ème fois que cela arrive.

Les groupes d’extrême droite, jusqu’ici inexistants, se font de plus en plus présents en particulier sur les réseaux sociaux. Selon une sociologue d’une université ontarienne qui les étudie, ils se montrent particulièrement actifs depuis huit mois. Apparemment, le discours politique à la Donald Trump leur donne une nouvelle impulsion. Tout cela ne fait pas du Canada un pays intolérant. Mais cela démontre que les messages officiels d’ouverture affichés par le gouvernement ne font sans doute pas l’unanimité.

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