Paraguay

Paraguay: des manifestations embrasent la capitale

Les manifestants ont déclenché des incendies dans le bâtiment du Sénat, à Asuncion, le 31 mars 2017.
Les manifestants ont déclenché des incendies dans le bâtiment du Sénat, à Asuncion, le 31 mars 2017. REUTERS/Jorge Adorno

Les violences au Paraguay entre la police et les manifestants vendredi 31 mars ont fait un mort et des centaines de blessés, selon un bilan provisoire. Les manifestants continuent de protester contre le projet d’amendement de la Constitution permettant la réélection du président Horacio Cartes.

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De notre correspondant à Acunsión,

Asuncion a été vendredi le théâtre de scènes de guérilla urbaine, du début d’après-midi jusque tard dans la nuit. La tension, extrême, a commencé à retomber vers 1h du matin quand ont circulé sur les réseaux sociaux les premières images de la mort de Rodrigo Quintana, abattu par la police alors qu’il s’était retranché au siège du PLRA (Parti libéral radical authentique), le principal parti d’opposition.

Sur les vidéos, on peut voir les policiers forcer l’entrée du siège du parti en tirant à balles réelles. Les manifestants courent se mettre à l’abri, mais l’un d’eux s’écrase sur le sol. Une autre montre un des policiers se pencher pour crier à l’homme qui git dans son sang : « Alors t’es pas encore mort, mon ami ? ». Tué d’une balle dans la tête, Rodrigo Quintana était l’un des dirigeants du PLRA.

« Un acte de terrorisme d'Etat »

Pour le sénateur Luis Alberto Wagner, l’un des leaders du parti, c’est une « exécution, un acte de terrorisme d’Etat, symbolique du retour de la dictature au Paraguay ». Le président Horacio Cartes (parti Colorado, droite nationaliste) n’a, lui, toujours fait aucune apparition publique, se contentant d’envoyer un communiqué pour fustiger les partis d’oppositions et les médias qu’il juge responsables de la situation.

Un calme relatif était revenu samedi matin, mais les partis opposés au projet d’amendement appellent à manifester tous les jours jusqu’à mardi, date à laquelle la Chambre des députés doit approuver la réforme votée au Sénat.

Vendredi, 25 sénateurs ont voté à huis clos, hors de tout cadre légal, un amendement pour permettre à un président de la République de pouvoir se représenter pour un second mandat. La limitation à un mandat avait été inscrite dans la Constitution à la chute de la dictature (1954-89) pour éviter les risques qu’un seul homme s’accapare de nouveau le pouvoir.

Sénat « parallèle »

Les 25 sénateurs (sur un total de 47) de sensibilité politique allant du centre gauche à la droite nationaliste avaient formé trois jours plus tôt un Sénat « parallèle » pour accélérer la possibilité de réélection avant les prochaines échéances électorales, prévues pour avril 2018. Certains sénateurs visent la réélection de l’actuel président, Horacio Cartes (droite nationaliste), d’autres celle de Fernando Lugo (centre gauche, président de 2008 à 2012). Le projet de réélection avait été rejeté en bonne et due forme par le vote parlementaire en août dernier. Selon la loi paraguayenne, il ne pouvait peut plus être débattu pendant un an après le vote, c’est-à-dire jusqu’en août 2018, soit quatre mois après les prochaines élections.

Roberto Acevedo, le président actuel du Sénat, a dénoncé « un coup d’Etat », car la manœuvre des 25 sénateurs s’est faite « hors de toute légalité constitutionnelle ». « On est la majorité, on représente donc le peuple légitimement », lui a répondu le sénateur Julio César Velazquez, qui s’est autoproclamé président de ce deuxième Sénat.

Dès lundi soir, les chars de guerre sortis des casernes, les tireurs d’élite positionnés sur les toits tout autour de la place du Sénat, les contrôles d’identités systématiques pour toute personne s’approchant trop près du Sénat avaient été autant de faits prémonitoires des violences de vendredi.

Saccages au Sénat

C’est ainsi qu’après le vote des 25 sénateurs, des milliers de personnes se sont rassemblées sur la place du Sénat aux cris de « Dictadura Nunca Mas » (« la dictature, plus jamais »). Les affrontements entre la police et les manifestants ont débuté dans l’après-midi. Certains manifestants ont pu pénétrer dans le Sénat, pour y saccager les bureaux des sénateurs et y mettre le feu. A la nuit tombée, les affrontements se sont étendus à d’autres quartiers de la capitale et des manifestations ont débuté dans d'autres villes du pays.

Au milieu de tous ces événements, le Paraguay est l’hôte ce week-end d’un grand événement international, puisqu’il reçoit 2 500 émissaires de 50 pays pour le sommet du BID (Banque interaméricaine de développement).

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