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Brésil

Le Brésil s’émeut de l’assassinat d’une conseillère municipale de gauche à Rio

Le conseiller municipal Marcelo Freixo et très proche collègue de Marielle Franco arrive là où cette dernière a été tuée par balles, au centre de Rio de Janeiro, le 15 mars 2018.
Le conseiller municipal Marcelo Freixo et très proche collègue de Marielle Franco arrive là où cette dernière a été tuée par balles, au centre de Rio de Janeiro, le 15 mars 2018. REUTERS/Ricardo Moraes
Texte par : Henrique Valadares
7 mn

La conseillère municipale Marielle Franco a été tuée par balles dans la nuit de mercredi 14 mars, à Rio de Janeiro. Son assassinat a suscité une vaste émotion au Brésil, où des appels à des rassemblements ont été lancés dans plusieurs villes et une cérémonie est prévue à la Chambre législative de Rio ce jeudi, ont annoncé les autorités. Issue d’une des favelas les plus violentes de Rio, elle dénonçait régulièrement les violences policières et la récente intervention de l’armée destinée à contenir la recrudescence de la violence dans la ville.

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La militante des causes noire et féministe de 38 ans du Parti socialisme et liberté (PSOL) se trouvait dans une voiture et revenait d’un rassemblement pour la promotion des femmes noires. Le chauffeur du véhicule a lui aussi été abattu, et son assistante, qui se trouvait dans la voiture, a survécu. Selon les premiers éléments de l’enquête, les tirs, une dizaine, seraient venus d'un autre véhicule selon des témoignages cités par le quotidien Folha de S. Paulo.

Un « attentat à la démocratie et à l'Etat de droit », pour le président Temer

L’enquête est en cours et le gouvernement brésilien a annoncé qu’il mettait la police fédérale à la disposition des autorités de Rio. Le Président Michel Temer a par ailleurs qualifié l'assassinat « d'inadmissible » et a évoqué un « attentat à la démocratie et à l'Etat de droit », a-t-il dit après une réunion avec plusieurs ministres à Brasilia.

Pour l’ONG Amnesty International, « une enquête immédiate et rigoureuse » doit être faite afin « qu’il n’y ait aucun doute sur le contexte, la motivation et les auteurs » de cet assassinat. Un acte d’une « extrême lâcheté » pour le gouverneur de centre droit de l’État de Rio, Luiz Fernando Pezão.

« Des airs d’une mise à mort »

Très active dans la lutte pour les droits de l’Homme, Marielle Franco avait été la cinquième conseillère municipale la plus votée lors des municipales de 2016 et était l’alliée de Marcelo Freixo (PSOL), arrivé deuxième du scrutin pour le contrôle la ville de Rio de Janeiro. Pour ce dernier, sa mort « est un crime contre la démocratie, un crime contre nous tous » et « a des airs d’une mise à mort ». « C’était une personne très importante dans la lutte contre le racisme à Rio », a-t-il déclaré sur le lieu du crime.

le président Michel Temer

Issue d’une communauté pauvre et noire

Née et élevée au Complexe de la Maré, l’une des favelas les plus violentes de la ville, Marielle Franco dénonçait régulièrement les violences policières et la récente intervention de l’armée dans la « ville merveilleuse ». Les jeunes noirs issus des quartiers populaires – dont elle faisait partie – en sont les premières victimes.

Quelques jours avant sa mort, elle avait dénoncé la police, qui est « est en train de terroriser et violenter les habitants [des quartiers] ». « Cette semaine, deux jeunes ont été tués et jetés dans une fosse. Aujourd’hui encore, la police est allée dans les rues en menaçant les habitants. Cela s’est toujours passé et avec l’intervention, ça s’est empiré », avait-elle écrit le 11 mars.

Deux semaines auparavant, Marielle Franco avait été nommée à une commission législative chargée d'accompagner l'action de l'armée dans son intervention à Rio. Cela serait directement lié à sa mise à mort, selon Cecilia Coimbra, présidente du mouvement «Torture, plus jamais» :

Un de ses assistants vient de m'appeler et m'a confirmé que c'est une mise à mort. Je pense qu'on doit faire attention, et ça a un rapport avec la violence et sur le fait qu'elle était nommée à une commission tripartite pour enquêter sur l'intervention militaire. Le climat qui règne est celui de terreur et de peur, et on doit maintenir le calme. C'est une situation difficile mais nous ne devons pas entrer dans ce climat, parce que ça leur servira d'excuse pour durcir encore.

Ecoutez le témoignage de Cecilia Coimbra, présidente du mouvement «Tortura Nunca Mais»

Le conseiller municipal Tarcisio Motta, un très proche collègue, lui et le PSOL n'avaient  « aucune connaissance sur aucun genre de menace qu’elle aurait subi » ces derniers temps, a-t-il déclaré à la presse.

Des rassemblements sont appelés dans plusieurs villes

Des appels se sont multipliés dans les réseaux sociaux pour organiser des manifestations devant à plusieurs endroits de Rio, ainsi que dans d’autres villes du Brésil. « Marche contre le génocide noir ! Nous sommes Marielle Franco », déclarait l’un de ces appels, qui avait recueilli 20 000 participants en quelques heures.

Les autorités ont également annoncé la tenue d'une cérémonie funéraire à l'intérieur de la Chambre législative de la ville de Rio de Janeiro, ce jeudi 15 mars. Le maire Marcelo Crivella a également annoncé ce jeudi qu'une école en cours de construction à l'est de la ville sera baptisée Marielle Franco.

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