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Etats-Unis

«March for Our lives»: les Américains dans la rue contre les armes à feu

«Ne tirez pas». A Washington, des milliers de jeunes Américains défilent ce samedi 24 mars contre les armes à feu.
«Ne tirez pas». A Washington, des milliers de jeunes Américains défilent ce samedi 24 mars contre les armes à feu. REUTERS/Aaron P. Bernstein
Texte par : RFI Suivre
10 mn

Près d'un demi-million de personnes étaient attendues ce samedi 24 mars à Washington pour défiler contre les armes à feu. Plus de 800 marches étaient prévues aux Etats-Unis et dans le monde. L'événement, baptisé « March for Our Lives » et initié par la jeunesse américaine, est inédit. Il est une réaction à la tuerie de Parkland, le 14 février dernier.

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Mobilisation monstre à Washington

Depuis midi, heure locale, des centaines de milliers de personnes piétinent autour de Pennsylvania Avenue, dans la capitale fédérale américaine. La grande scène d'où s'expriment les lycéens de Parkland est quasiment inaccessible tant la foule est dense à ses abords mais des écrans géants retransmettent les discours tout au long de l'avenue, constate notre correspondante sur place Anne Corpet.

Les manifestants sont venus en famille. Il y a beaucoup de parents avec de jeunes enfants, certains en poussette. Il y a des lycéens, bien sûr, rassemblés sous les bannières de leurs établissements avec leurs professeurs. Il y a des retraités aussi. Un cortège est venu de la banlieue noire de Washington. « Quelques lycéens blancs manifestent et tout le monde les écoute. Mais nous, nous hurlons notre douleur depuis des années sans que personne ne réagisse », se révolte Laura, 23 ans. Elle confie avoir perdu un ami dans une fusillade de rue dans le sud-est de la capitale.

Il y a une sorte de communion collective, des moments très émouvants, comme lorsqu'une petite fille de 12 ans a pris le micro pour raconter la mort d'un camarade abattu devant son école. Il y a aussi beaucoup de détermination. « Ce n'est que le début d'un mouvement, nous allons faire plier le Congrès », assure un jeune qui brandit une pancarte représentant un pistolet-mitrailleur barré d'une croix rouge.

Les manifestants exigent une législation plus stricte sur les armes à feu, notamment l'interdiction de la vente de fusils semi-automatiques et la vérification systématique des antécédents des acquéreurs d'armes. Ils menacent de sanctionner par les urnes tout élu qui ne s'engagerait pas à voter une telle loi. « Quand les jeunes conduisent un mouvement, c'est signe que le changement est en route », assure un retraité qui remercie chaque lycéen qui passe à proximité. Tout le monde a le sentiment de participer à une journée historique qui marquera, pensent-ils, une étape décisive vers un changement de la loi sur les armes à feu aux Etats-Unis.

A New York, « plus jamais ça »

A New York aussi, la jeunesse s'est mobilisée en masse. La ville est bloquée sur une trentaine de blocs, rapporte notre correspondante Marie Bourreau. C'est un mouvement continu de manifestants qui descend dans une ambiance très bon enfant le long de Central Park.

On trouve parmi eux de nombreux étudiants, mais aussi beaucoup de jeunes venus avec leurs parents. Tous refusent de faire partie de la « mass shooting generation », la « génération des tueries de masse ». « Plus jamais ça », ordonnent les pancartes brandies par le cortège. Un message qui s'adresse aux politiques, mais aussi à la National Rifle Association, le puissant lobby des armes à feu.

Les jeunes réclament une législation renforcée sur les armes à feu. New York fait office d'exception, il s'agit d'un des Etats ayant la législation la plus dure sur les armes. La mobilisation des jeunes New-Yorkais est d'autant plus symbolique. Ils montrent à tous leurs camarades américains qu'ils sont solidaires de ce mouvement. Beaucoup veulent y voir un tournant. Les jeunes à qui notre correspondante a pu parler se sont dits déterminés à prendre le contrôle de l'agenda politique sur la question des armes à feu.

■ Ailleurs dans le monde

Plus de 800 manifestations étaient prévues à travers le pays et partout dans le monde. Aux Etats-Unis, des rassemblements ont notamment été organisés à Saint-Louis, Portland, Atlanta, Chicago... En France, plus de 300 personnes se sont réunies place du Trocadéro, à Paris, pour dire non aux armes à feu.

Il y avait ce sniper qui rôdait dans Washington. J'étais en primaire et j'étais loin de l'école (...) C'est un souvenir terrible pour quelqu'un comme moi, à seulement 10 ans. C'est vraiment fou, il y en a assez.

«March for Our Lives», reportage au Trocadéro à Paris

Un mouvement entamé après la tuerie de Parkland

Ce samedi est le point d'orgue du mouvement initié par les lycéens de Parkland, cette commune de Floride où un massacre dans un lycée a fait 17 morts le 14 février dernier. Depuis cinq semaines, eux et leurs familles sont omniprésents dans les médias. La tuerie commise par un ancien élève a été pour beaucoup la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Les armes font plus de 30 000 morts chaque année aux Etats-Unis, mais les législateurs et les pouvoirs publics se montrent réticents à limiter leur accès. Des millions d'Américains considèrent la possibilité d'en détenir une comme un droit constitutionnel aussi fondamental que la liberté d'expression.

La jeunesse scolarisée est parfois qualifiée de « generation mass shooting », ou « generation Columbine », du nom de cet établissement scolaire du Colorado où 12 lycéens et un professeur ont été tués en 1999 par deux élèves. Et malgré les fusillades à répétition, ils observent avec frustration leurs élus faire la sourde oreille ou s'exprimer en faveur des armes, comme le président Donald Trump l'a fait récemment en proposant d'armer certains enseignants.

Le mouvement initié par la jeunesse américaine est soutenu par de nombreuses personnalités. C'est notamment le cas d'Oprah Winfrey, de Steven Spielberg ou de George Clooney qui ont chacun donné 50 000 dollars pour la « March of Our Lives ». Plusieurs stars, parmi lesquelles Ariana Grande, Justin Timberlake ou Miley Cyrus, sont attendues sur la scène montée à Washington sur Constitution Avenue. A New York, était notamment présent l'ancien chanteur des Beatles Paul McCartney.

L'ancien Beatle Paul McCartney au rassemblement new-yorkais de la «March for Our Lives», le 24 mars 2018.
L'ancien Beatle Paul McCartney au rassemblement new-yorkais de la «March for Our Lives», le 24 mars 2018. REUTERS/Shannon Stapleton

Quel impact ?

Pour Didier Combeau, chercheur associé à l'Institut des Amériques et spécialiste de la question des armes aux Etats-Unis, il y a peu de chance que ce mouvement pousse à faire agir l'exécutif sur le contrôle des armes à feu.

« Le fait de vouloir réglementer les armes peut faire perdre des voix et peut faire perdre une élection. Je ne suis pas sûr que cela suffira parce que les partisans de la réglementation des armes sont surtout des associations de victimes pour l'instant. Ils ont du mal à faire que ce soit un sujet central pour les libéraux. Alors que pour un petit nombre de conservateurs, c'est quelque chose qui est central et c'est quelque chose sur quoi ils déterminent leur vote avant tout.

Les groupes de pression pour la réglementation des armes, qui demandaient dans les années 1960 l'interdiction pure et simple des armes de poing, sont revenus en arrière par réalisme politique et ont décidé d'adopter une stratégie de "petits pas". Ils peuvent parvenir à faire changer la perception, mais la NRA est un lobby extrêmement bien organisé qui finance les campagnes électorales et contrôle le vote d'un petit pourcentage d'Américains pour qui le droit aux armes est central. »

→ (RE)LIRE : Armes à feu: comment la NRA fait sa loi aux Etats-Unis

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