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Soja / Amérique

Paraguay: « La culture du soja ne profite pas aux paysans locaux »

Des paysans sans terre au Paraguay occupent un champ de soja appartenant à un grand propriétaire brésilien, le 15 décembre 2011.
Des paysans sans terre au Paraguay occupent un champ de soja appartenant à un grand propriétaire brésilien, le 15 décembre 2011. NORBERTO DUARTE / AFP
3 mn

Marielle Palau est sociologue et chercheuse au centre de recherches sociales Base, à Asunción, au Paraguay. Elle a coordonné le rapport pluridisciplinaire « Con la soja al cuello 2017 » qui décrit les ravages de la production de soja à grande échelle au Paraguay.

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RFI : Quelle est l’importance de la culture du soja au Paraguay ?

Marielle Palau: 94% des terres cultivables sont dédiées à l’agrobusiness et 65% au soja. Environ 20% de ces terres sont aux mains de propriétaires étrangers, surtout de personnes originaires du Brésil. C’est le cas notamment près de la frontière. La quasi-totalité du soja produit au Paraguay est exportée. Cela représente 32% du total de nos exportations. Mais ce commerce bénéficie surtout aux grands propriétaires terriens et aux exportateurs, car ils ne payent presque pas d’impôts.

Quel est l’impact de cette production sur les communautés locales ?

Il existe un lien avéré entre la croissance exponentielle de la surface de soja cultivé et l’expropriation des petits paysans. En douze ans, le nombre d’hectares possédés par ces derniers a été réduit de moitié. On est passé de 600 000 à 300 000 hectares environ.

Ces paysans ne bénéficient d’aucune aide de l’Etat. Beaucoup ont choisi de vendre leurs terres, car on leur en proposait un bon prix. Ceux qui n’ont pas voulu partir ont vu leurs conditions de vie se dégrader. Les fumigations aux pesticides des champs voisins ont contaminé les points d’eau, ont intoxiqué leurs animaux, puis rendu leurs familles malades.

L’exposition systématique aux fumigations a provoqué chez eux des dommages sur le plan génétique. Les familles ont peu à peu été forcées de se déplacer. La dernière méthode utilisée pour expulser ces paysans est de les inciter à se lancer dans une culture vouée à l’échec pour qu’elles se résignent à hypothéquer leurs terres et à en être finalement dépossédées. Nous sommes face à une politique d’extermination des fermiers et des indigènes.

Votre rapport 2017 fait aussi un lien entre soja et déforestation.

Oui, malheureusement le Paraguay est le pays le plus gravement touché par la déforestation, notamment dans le Chaco. Selon nos calculs, entre 250 000 et 260 000 hectares de forêts disparaissent chaque année, à cause de la culture du soja et de l’élevage. Les zones les plus touchées sont celles qui jouxtent le Brésil et l’Argentine. C’est par là que sont entrés les multinationales et le soja OGM au début des années 2000. La culture s’étend désormais au centre du pays.

A qui est destiné ce soja paraguayen ?

Surtout à la Russie, la Turquie, l’Allemagne, le Mexique, l’Espagne et le Brésil. Mais la plupart du temps, la marchandise est destinée à de grandes multinationales basées dans d’autres pays. Donc on en perd la trace.

 

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