Venezuela / France

Venezuela: Villegas justifie les critiques de Maduro à l’encontre de Macron

Le ministre de la Culture du Venezuela, Ernesto Villegas.
Le ministre de la Culture du Venezuela, Ernesto Villegas. © Alejo Schapire / RFI

« Il est regrettable qu’Emmanuel Macron ait pris parti pour une frange extrémiste de l’opposition. » Le ministre vénézuélien de la Culture, Ernesto Villegas, justifie les critiques très dures du président Maduro à l’encontre de son homologue français, Emmanuel Macron, qui a reçu cette semaine une délégation de l’opposition. De passage à Paris, il a répondu aux questions de RFI.

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Le président Maduro a qualifié Emmanuel Macron de « tueur à gages de l’oligarchie financière » et de « pantin de la politique de Trump contre le Venezuela ». Comment justifiez-vous l’emploi de tels termes ?

Ernesto Villegas : La situation que connaissent les Vénézuéliens est dure malheureusement, en raison de l'application de sanctions contre notre pays. Le prix à payer est lourd, pour ne pas avoir accepté de nous soumettre aux dictateurs des puissances impériales, qui tentent de faire plier le Venezuela. Donc finalement, les mots sont secondaires face à cette réalité, une réalité très dure.

Il est regrettable que le gouvernement français ait pris parti pour une frange extrémiste de l'opposition vénézuélienne. En recevant la bénédiction de la France, elle se voit encouragée dans sa politique extraconstitutionnelle, antidémocratique et belliciste. C'est très regrettable, car cela correspondrait bien mieux au gouvernement français de promouvoir une solution constitutionnelle, pacifique et démocratique, aux problèmes que peuvent rencontrer n'importe quel pays.

Vous figurez sur la liste des personnes sanctionnées par les Etats-Unis l’année dernière, pour « restriction de la liberté de la presse ». Plus récemment, le Panama a inscrit votre nom sur une liste de 55 personnes considérées comme « à haut risque » pour le « blanchiment d'argent ». Qu’est-ce que cela implique pour vous ?

Ce sont clairement des méthodes de persécutions financières qui ont de graves conséquences. Les sanctions individuelles ne sont que secondaires. Même l'intitulé des sanctions me fait rire. Parce qu'elles évoquent des choses extrêmement graves comme le blanchiment d'argent et la prolifération d'armes de destructions massives. Moi, ça me fait rire. Je me demande : « Où sont ces armes de destructions massives que je suis censé faire proliférer ? » Mais il n'est pas question de rire, parce qu'en réalité c'est le peuple vénézuélien qui en paye les conséquences. Au moins, sur le plan personnel, j'ai la conscience tranquille. Je n'ai pas de compte aux Etats-Unis, je n'en ai pas non plus au Panama, je n'ai pas de prête-noms qui s'occupent de biens mal acquis. Mais je sais que mon dossier est utilisé de manière perverse pour causer du tort à la nation vénézuélienne. Et c'est ça qui nous irrite, c'est cela qui nous dérange profondément.

M. le ministre, quel est l'impact de la crise économique que connaît votre pays sur la culture ?

Il est énorme, malheureusement. Les artistes, les créateurs sont les plus vulnérables, parce que beaucoup d'entre eux vivent de leurs œuvres à très court terme. Il y a eu, par exemple, des difficultés d'approvisionnement en peinture, en pinceaux, en instruments pour les luthiers, pour ceux qui fabriquent des instruments de musiques. Et puis, beaucoup connaissent les mêmes problèmes que le reste de la population dans l'accès aux médicaments. C'est donc aussi un crime culturel, parce que sous le vernis des sanctions individuelles, ce sont aussi nos hommes et nos femmes artistes qui sont affectés.

Nous sommes à quelques jours du sommet des Amériques, qui se tient à Lima. Le Pérou a fait savoir que le président Maduro n'était pas le bienvenu. Comment le Venezuela vit-il cet isolement sur la scène régionale ?

Je réfuterais ce terme d'isolement. Il y a effectivement un projet d'isolement du Venezuela qui est en train d'échouer. C'est ce qui a mené le président péruvien Kuczynski à sa perte. Ceux qui parient sur notre isolement vont s'isoler eux-mêmes.  Je viens de présider la session plénière des pays non alignés, très suivie, à l'Unesco à Paris. L'Unesco a aussi reconnu les bonnes pratiques de notre pays en matière de coopération internationale contre le trafic de biens culturels. Nous avons des relations avec la majeure partie du monde. Des relations constructives, positives, respectueuses. Nous demandons juste la même chose en retour : du respect. Nous avons une grande admiration pour le peuple français, pour son histoire. Et nous sommes certains que cette conjoncture, qui fait beaucoup de bruit en ce moment, dans les relations entre nos deux gouvernements, n'affectera jamais la relation fraternelle et affectueuse que nous avons pour le peuple français et que le peuple français a pour le peuple vénézuélien.

(Re) lire : Venezuela: la présidentielle anticipée finalement repoussée au 20 mai

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