Colombie

Colombie: premier procès de chefs de la guérilla des Farc devant le tribunal spécial

Rodrigo Londoño aussi connu sous son nom de guerre de Timochenko, ancien chef de la guérilla des Farc à son arrivée au tribunal spécial, le 13 juillet 2018.
Rodrigo Londoño aussi connu sous son nom de guerre de Timochenko, ancien chef de la guérilla des Farc à son arrivée au tribunal spécial, le 13 juillet 2018. REUTERS/Luisa Gonzalez

Vendredi 13 juillet, c’était le premier jour du procès de l’ancienne guérilla des Farc en Colombie. Une trentaine d'anciens chefs de la rébellion étaient convoqués par le tribunal spécial (JEP) créé dans le cadre de l’accord de paix de 2016. Ils sont notamment poursuivis pour 6 162 cas d’enlèvements, commis entre 1993 et 2012, parmi lesquels celui de la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, séquestrée durant six ans jusqu’à sa libération par l’armée le 2 juillet 2008.

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Trois des principaux chefs de l'ex-guérilla se sont présentés en personne au tribunal : Pablo Catatumbo, Carlos Lozada  et Rodrigo Londoño alias Timochenko, qui fut candidat du nouveau parti créé par l’ex-guérilla à l’élection présidentielle du printemps, Force alternative révolutionnaire commune (Farc).

JEP: Rodrigo Londoño alias Timochenko demande pardon aux victimes du conflit

Ce dernier a demandé pardon aux victimes, et s'est dit « profondément ému » de cette concrétisation la paix. « Nous demandons pardon à toutes les victimes, nous ferons l'impossible pour qu'elles puissent connaître la vérité sur ce qui s'est passé. Nous assumerons les responsabilités qui nous incombent. Nous contribuerons autant que possible aux réparations et nous ferons tout ce qui est à notre portée pour que des événements de cette nature ne se reproduisent plus jamais. Aujourd'hui, nous réitérons au pays et à la communauté internationale notre engagement inébranlable à honorer notre parole ».

Créée dans le cadre de l’accord de paix de 2016 négocié à La Havane, la JEP (juridiction spéciale de paix) doit juger les cas considérés comme représentatifs des violences commises durant la guerre civile, sur la base d'enquêtes menées par les autorités et les témoignages de victimes. Près de 7.000 combattants des Farc se sont démobilisés l'année dernière et plus de 4600 d'entre eux ont déjà témoigné pour la JEP.

Juger les exactions de cinquante ans de guerre

Cette juridiction est entrée en fonction en mars 2017, à la faveur de la réforme de la Constitution rendue nécessaire pour la mise en oeuvre de l'accord de paix. La JEP est chargée de sanctionner les coupables, qu’ils soient guérilleros, militaires ou civils. Rappelons que la guerre civile en Colombie, la plus ancienne du continent sud-américain, a fait plus de 220000 morts, des millions de victimes et de populations déplacées.

La première session a été retransmise en direct sur internet. Prévue pour fonctionner pendant au moins une quinzaine d'années, la JEP administrera la justice de manière « transitoire et autonome » concernant les actions commises avant le 1er décembre 2016 dans le cadre du conflit armé. La justice spéciale sera compétente pour juger notamment les crimes contre l'humanité commis lors des 52 années du conflit, quel qu'en soit l'auteur.

La JEP fait partie d'un dispositif qui comprend également la Commission pour la vérité et une Unité pour la recherche des personnes considérées comme disparues pendant le conflit. Le but est d'aider le pays à panser les blessures laissées par le conflit.

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