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USA / Russie

Sommet historique entre Donald Trump et Vladimir Poutine à Helsinki

Le président russe Vladimir Poutine en compagnie de son homologue américain Donald Trump, le 11 novembre 2017.
Le président russe Vladimir Poutine en compagnie de son homologue américain Donald Trump, le 11 novembre 2017. REUTERS/Jorge Silva
Texte par : RFI Suivre
9 mn

Au lendemain de la finale de la Coupe du monde à Moscou, Vladimir Poutine met le cap vers le nord pour une rencontre très attendue. Le président russe a rendez-vous avec son homologue américain Donald Trump lundi 16 juillet, soit la première rencontre officielle bilatérale pour les deux dirigeants qui se sont vus plusieurs fois en marge de sommets internationaux. Les alliés européens de Washington craignent que l'imprévisible Donald Trump ne fasse des concessions sur la question des sanctions ou de la Crimée.

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Avec notre correspondante à Heksinki, Anastasia Becchio

Il y a certes ces panneaux publicitaires en russe et en anglais dans les rues de Helsinki qui annoncent : « M. le président, bienvenu au pays de la presse libre ».

Mais au-delà de quelques manifestations hostiles, c'est un État qui entretient des rapports cordiaux aussi bien avec Moscou qu’avec Washington qui accueille ce sommet Trump-Poutine.

«M. le président, bienvenu au pays de la presse libre», un message affiché au Helsinki Music Center, le 15 juillet 2018.
«M. le président, bienvenu au pays de la presse libre», un message affiché au Helsinki Music Center, le 15 juillet 2018. REUTERS/Ints Kalnins

Pays membre de l'UE et de la zone euro, la Finlande, voisine de la Russie, constitue une sorte de terrain neutre, selon Fiodor Loukianov, rédacteur en chef de la revue Russia in global Affairs. « La Finlande est un membre de la communauté occidentale, mais elle a dans le même temps des relations économiques très intenses avec la Russie et elle a toujours entretenu avec elle une relation politique très prudente. »

La Finlande n'est pas membre de l'OTAN, mais comme la Suède, elle s'est rapprochée de l'Alliance atlantique à mesure que la Russie a gonflé ses muscles dans la région de la mer Baltique. Le président Sauli Niinistö n'en rencontre pas moins régulièrement Vladimir Poutine.

« Notre président promeut activement le dialogue, avance Markku Kivinen, directeur du Centre finlandais pour les études russes et est-européennes, à l'Université d'Helsinki. Nous parlons avec l'Occident, auquel la Finlande appartient, mais aussi avec la Russie, qui est notre plus grand voisin. La question russe est un défi et un dilemme constant pour notre politique étrangère. »

Une vieille tradition des sommets Est-Ouest à Helsinki

C'est dans la capitale finlandaise, choisie pour ce sommet, qu'ont été signés le 1er août 1975 les accords du même nom. Ceux-ci sont réputés pour avoir contribué à la chute du Rideau de fer et ont été paraphés par Gerald Ford et Léonid Brejnev. Helsinki a aussi accueilli les rencontres Clinton-Eltsine en 1997, ainsi que George Bush et Mikhaïl Gorbachev en 1990.

Un manifestant porte un masque de Vladimir Poutine pendant «Helsinki Calling», manifestation contre la rencontre entre Donald Trump et le président russe, à Helsinki le 15 juillet 2018.
Un manifestant porte un masque de Vladimir Poutine pendant «Helsinki Calling», manifestation contre la rencontre entre Donald Trump et le président russe, à Helsinki le 15 juillet 2018. REUTERS/Grigory Dukor

Une rencontre qui inquiète des Européens

Aucune des deux parties ne table sur une percée diplomatique majeure à l'occasion de ce tête-à-tête, surtout étant donné la médiocrité des relations entre Washington et Moscou.

Toutefois, cette rencontre inquiète les alliés traditionnels des États-Unis : ceux-ci redoutent que l'imprévisible Donald Trump ne fasse des concessions sur la question des sanctions ou de la Crimée.

Sans aller jusqu'à reconnaître l'annexion de la péninsule ukrainienne par la Russie, Donald Trump pourrait quand même adopter des postures de nature à inquiéter les Européens, estime Philip Golub, professeur de relations internationales à l'Université américaine de Paris.

Je pense que les Européens ont raison de s’inquiéter sur toute une série de dossiers précis, mais surtout des États-Unis de Trump, qui mènent une politique internationale qui est fondée sur l’idée que les relations internationales sont un jeu à somme nulle, gagnant-perdant, et que c’est vrai y compris à l’intérieur de l’Alliance atlantique. En menaçant d’abandonner l’Alliance atlantique, Donald Trump espère trouver des marges diplomatiques vis-à-vis des Européens sur toute une série de dossiers, y compris économiques, sur le commerce international, comme on a vu au cours des semaines dernières. On est là dans une configuration d’un empire incohérent qui utilise son poids politique et stratégique pour imposer sa volonté. Mais on ne sait pas quels sont les objectifs finaux de cette volonté-là. Et d’ailleurs, je ne pense pas que le président lui-même ne sache quels sont les grands objectifs américains, à part la mise en œuvre d’une diplomatie coercitive, dont l’objectif est simplement l’affirmation de la puissance américaine de façon prude.

Pour Philip Golub, «les Européens ont raison de s’inquiéter» de ce sommet Trump-Poutine

Cette rencontre est une première depuis le début du mandat de Donald Trump, marqué par l'affaire de l'ingérence russe présumée dans la campagne présidentielle américaine. Elle intervient également quelques jours après le sommet de l'OTAN.

Selon Boris Toucas, chercheur invité au Centre pour les études stratégiques et internationales (CSIS) à Washington, ce que Trump pourrait annoncer à l'occasion de cet entretien pourrait aller à l'encontre des intérêts des Européens. Ce qui peut inquiéter ces derniers, à l'image du sommet de Singapour avec Kim Jong-un.

Dans l’absolu, le fait que le président américain rencontre le président russe, on ne peut que s’en féliciter, puisqu’il est nécessaire de maintenir un dialogue avec la Russie, notamment en période de tensions et c’est le cas aujourd’hui. Ce qui inquiète davantage les Européens, c’est le risque qu’il y ait des résultats de cette rencontre qui n’aient pas été prévus et que le président américain - comme il l’a fait après le sommet de Singapour avec la Corée du Nord - fasse de lui-même des propositions qui iraient à l’encontre des intérêts européens. Il avait été assez ambigu, par exemple, sur le statut de la Crimée, laissant en suspens la question de savoir si la Crimée devait être reconnue comme appartenant à la Russie ou pas. Cela confirme le besoin de davantage d’autonomie stratégique pour l’Europe. Encore faut-il que les Européens arrivent à se mettre d’accord et à rester unis face aux pressions que le président américain va chercher à exercer sur chacun d’entre eux séparément.

Selon Boris Toucas, chercheur invité au CSIS, les positions floues de Donald Trump, notamment sur la Crimée, confirment «le besoin de davantage d'autonomie stratégique pour l'Europe»

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