Colombie

Colombie: une fanfare française enseigne la musique aux enfants défavorisés

Douze étudiants musiciens de l'Ecole centrale de Nantes enseignent la musique aux enfants défavorisés de Popayan, dans le sud de la Colombie.
Douze étudiants musiciens de l'Ecole centrale de Nantes enseignent la musique aux enfants défavorisés de Popayan, dans le sud de la Colombie. RFI/Sarah Nabli

Ils sont douze étudiants musiciens de l’Ecole centrale de Nantes, tous membres de la fanfare de l’école. Leur envie de partager la musique en voyageant les a menés jusqu'en Amérique du Sud. A travers l'association Mayday Brass’Hard, qu'ils ont créée en 2017, leur fanfare solidaire partage leur passion avec les enfants défavorisés. Après deux mois au Pérou, ils se retrouvent à Popayan, dans le sud de la Colombie, pour un mois d'apprentissage musical avec les habitants.

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De nos correspondantes à Medellin,

A quelques minutes du centre-ville de Popayán, dans le sud de la Colombie, le quartier de la Comuna 7 semble paisible. A une chose près. Dans le jardin de la fondation du quartier, un groupe s'agite sur le morceau du groupe Boney M « Rasputin ». Une vingtaine d'enfants s'exerce sur la chorégraphie enseignée par deux membres de la fanfare vêtus de leurs t-shirts dont le logo « MayDay » est entouré d'un trombone.

A l'intérieur, un autre groupe travaille les notes de musique sur un mélodica, une sorte d'harmonica doté d'un clavier. Au total, chaque jour, environ 80 enfants sont encadrés par la fanfare pour des ateliers d’éveil musical (rythmique, chant, danse, éveil corporel). La fanfare veut ainsi participer à l’éducation et la réinsertion sociale des enfants car beaucoup sont des victimes de la violence du conflit colombien (FARC, paramilitaires, narcotrafic…).

Thibault Morisseau a 21 ans. Comme ses camarades, il a mis de côté ses études pendant un an pour mener à bien ce projet. « On croit beaucoup en la valeur de la musique, ce qu'elle peut apporter dans le développement de l'enfant : la confiance en soi, la persévérance, l'écoute, explique-t-il. C'est important qu'ils parviennent à s'écouter eux-mêmes et à écouter les autres. L'idée de ce projet, c'est un échange culturel, un voyage et surtout, une dimension de solidarité où l'on apporte de la musique à des enfants en difficultés et qui n'auraient certainement pas eu accès à la musique si on n'avait pas été là pour les initier ».

Pour cette aventure musicale, ils ont récolté des fonds sur les réseaux sociaux, auprès de partenaires nantais et en jouant de la musique dans les mariages ou dans la rue. Ils sont parvenus à réunir la somme de 38 000 euros pour financer quatre mois de voyage.

Un projet solidaire des victimes du conflit armé

À Popayán, ils travaillent avec l’ARN, l’agence nationale qui œuvre pour la réintégration à la vie sociale et économique des victimes du conflit armé. L'objectif étant de consolider le processus de paix national mis en place en 2016.

Angela Medina, la coordinatrice de l’ARN dans le département du Cauca, explique le contexte : « Trois quartiers vulnérables de la Comuna 7 sont sous la supervision de l'ARN. Ce sont des quartiers dits "clandestins". Les gens ont fui les combats et s'y sont installés à la va-vite. Toutes ces conditions rendent les enfants plus vulnérables. Et puis, cette zone est celle qui accueille le plus de personnes qui ont fait partie des groupes armés ».

Un accueil chaleureux

Grâce à ces ateliers, les enfants retrouvent le sourire. Tous y mettent du cœur et semblent séduits par le groupe de jeunes Français. Laura Isabel Candela Alvear, une métisse aux tresses afros, a 10 ans. « J'ai appris beaucoup de choses aujourd'hui, raconte-t-elle. Les sons des instruments, comment jouer de ces instruments, et aussi à danser. C'est super chouette. On s'amuse bien. Ça nous occupe. Parce que sinon, on ne saurait pas quoi faire ».

Mathieu Dubes, 23 ans, aide les jeunes quant à l'usage du mélodica. Le sourire aux lèvres, il exprime sa joie d'être en Colombie : « J'ai appris la musique il y a pas si longtemps, ça me rappelle ces moments des débuts. On partage ensemble. Il y a tous les niveaux. Certains connaissent un peu d'autres pas du tout. C'est très sympa et enrichissant de partager ça avec les enfants ».

Son camarade, Thibault Morisseau, assure que l'accueil des Colombiens reste unique. « C'est une chance énorme pour nous de découvrir ce pays, on est toujours très bien accueillis, détaille-t-il. Les gens sont extrêmement chaleureux. C'est un véritable plaisir d'être ici. Une opportunité d'aller à la rencontre d'autres cultures, de découvrir d'autres musiques tout en partageant la nôtre. Vraiment, le point clef de notre culture est l'échange culturel ».

Pendant plus d'un mois, cinq jours par semaine, les 80 enfants s'entraîneront pour préparer un spectacle de danse et de chant le 17 août prochain sur le thème des voyages. Il sera clôturé avec le titre « Le lion est mort ce soir » chanté en cœur avec la fanfare nantaise MayDay Brass'Hard en chef d'orchestre et de chorale. Tout pour terminer l'aventure musicale avec de beaux souvenirs.

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