Revue de presse des Amériques

A la Une: au Venezuela, la division s’affiche dans les kiosques

Manifestation contre le gouvernement du président Maduro dans les rues de Caracas, le 23 janvier 2019.
Manifestation contre le gouvernement du président Maduro dans les rues de Caracas, le 23 janvier 2019. REUTERS/Carlos Garcia Rawlins

Publicité

Le bras de fer politique entre « les deux présidents du Venezuela » - c’est le titre du journal chilien La Tercera – est aussi un bras de fer médiatique et sémantique au Venezuela.

Qualifier Juan Guaido de « président autoproclamé » ou « de président par intérim » ou de « président de l’Assemblée nationale » cela donne non seulement des indications sur la ligne éditoriale d’un journal, mais cela montre aussi à quel point la question de sa légitimité fait débat dans le pays, dans la mesure où c’est aujourd’hui une question d’interprétation constitutionnelle, éminemment politique.

A l’heure actuelle, si l’on se place du côté chaviste, avec le quotidien Ultimas Noticias par exemple, on peut voir comment la prise de pouvoir hier de Juan Guaido est minimisée : c’est en manchette et c’est titré « le député Guaido s’est autoproclamé sur ordre de Mike Pence ». On voit bien là que le journal colle à la ligne gouvernementale : c’est un coup d’État soutenu sinon fomenté par les Américains. Pour cette presse proche du pouvoir, le grand titre du jour est donc : « Le Venezuela rompt ses relations avec les États-Unis ». Elle insiste sur les pays qui n’ont pas reconnu Guaido : Cuba, la Bolivie, l’Espagne ou le Portugal, une manière de donner corps au bloc pro-Maduro à l’étranger, pour contrecarrer la stratégie de Juan Guaido qui cherche à appuyer sa légitimité entre autres sur le soutien de la communauté internationale.

Les journaux d’opposition font le choix de photos qui mettent généralement en valeur le président par intérim, le poing levé lors de son auto-proclamation face à une foule immense. Tal Cual fait le choix d’une photo qui du jeune homme, entouré et au contact avec la foule de manifestants, l’air humble, sous le titre : « l’effet Guaido a réactivé l’opposition dans la rue ».

Diario 2001, journal populaire de la capitale, peu politisé, a fait le choix de mettre beaucoup de photos des deux manifestations. Et même si Juan Guaido est le principal sujet de la grande photo de Une, le journal met en avant le fait que la manifestation d’opposition est son premier acte véritablement médiatique : on le voit qui salue, tout sourire, face aux multiples appareils photo braqués sur lui en premier plan, avec derrière lui la foule de manifestants vêtus de blanc. Le journal le qualifie de « président par intérim », mais rappelle, en manchette, qu’une « enquête est ouverte à l’encontre des députés de l’Assemblée nationale, accusés d’usurpation du pouvoir ».

Prudence et incertitudes sur l’avenir

« Les dictatures sont le royaume de l’incertitude », écrit l’éditorialiste d’El Nacional. « Le sens de la Consitution, les lois, les droits, les règles... tout cela n’existe pas pour elles, c’est pourquoi, estime-t-il, la lutte contre les dictatures n’est ni conventionnelle ni prévisible : demander des dates, des délais, des certitudes est donc une contradiction ».

Et l’éditorialiste d’appeler ces concitoyens à continuer de participer aux réunions publiques, à se mobiliser localement et à mettre en place des réseaux de communication pour surmonter la censure.

« La première chose c’est de parler », titre l’éditorial de El Universal qui cite la philosophe Hannah Arendt : « là où le discours se termine, la politique se termine ». Parler est donc « vital pour fonder une nouvelle réalité, communément partagée. S’engager à échanger fait partie de l’équation ».

Des affrontements dans la nuit qui a suivi la manifestation

Dans les quartiers les plus pauvres de Caracas notamment, là « où le gouvernement s’est longtemps senti intouchable », analyse un contributeur du journal en ligne, Efecto Cucuyo : « l’ampleur de la manifestation est la preuve que le gouvernement a perdu en grande partie le soutien de ceux qu’il maintenait sous perfusion à coups de programmes alimentaires et de chantages ».

Le site de El Nacional tente de faire le point sur les violences de la nuit dernière qui ont eu un peu partout dans le pays. Coups de feu, tirs de grenades, gaz lacrymogènes, pillages et barricades ont émaillé la nuit. On dénombre pour l’instant 16 morts et 218 personnes arrêtées selon des chiffres de l’ONG Foro Penal, cités dans La Razon.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail