Venezuela

Venezuela: Juan Guaido, une ascension politique fulgurante

Juan Guaido s'est autoproclamé «président par intérim» du Venezuela, le 23 janvier 2019, alors qu'opposants et partisans de Nicolas Maduro occupaient les rues de Caracas.
Juan Guaido s'est autoproclamé «président par intérim» du Venezuela, le 23 janvier 2019, alors qu'opposants et partisans de Nicolas Maduro occupaient les rues de Caracas. REUTERS/Carlos Garcia Rawlins

C'est « un gamin qui joue à la politique », disait de lui Nicolas Maduro. En quelques jours, le « gamin » Juan Guaido est devenu le porte-parole et le visage de l'opposition vénézuélienne et s’est proclamé « président par intérim » du Venezuela, mercredi 23 janvier.

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Mercredi 23 janvier, les Vénézuéliens sont massivement descendus dans les rues dans tout le pays pour dénoncer la légitimité du président Nicolas Maduro, qui a prêté serment pour un second mandat le 10 janvier dernier. Des marches qui répondaient à l’appel de Juan Guaido, le président de l’Assemblée nationale. (Le 23 janvier est considéré comme la journée de la démocratie au Venezuela, car c'est le jour anniversaire de la chute en 1958 de la dictature de Marcos Perez Jimenez.)

Ecoutez la prestation de serment de Juan Guaido

Ce dernier avait annoncé être prêt à assumer la présidence pour un gouvernement de transition en vue d’un rétablissement de la démocratie. Il a finalement prêté serment devant une foule en liesse dans le quartier de Chacao à Caracas. « Aujourd'hui, 23 janvier 2019, en tant que président de l'Assemblée nationale, invoquant les articles de la Constitution bolivarienne de la République du Venezuela, toute notre action étant basée sur notre Constitution, devant Dieu tout puissant, le Venezuela, et avec tout le respect de mes collègues et membres de la Table de l'Unité... Je jure d'assumer formellement les compétences du pouvoir exécutif national , en tant que président en charge du Venezuela pour parvenir à l'arrêt de l'usurpation du pouvoir, un gouvernement de transition, et des élections libres. »(Voir aussi notre encadré plus bas)

Issu du mouvement des étudiants contre Chavez

Elu député, puis le plus jeune président du Parlement le 5 janvier dernier à 35 ans, Juan Guaido s’est lancé en politique en 2007 avec la génération des étudiants qui descendent dans la rue contre le président défunt Hugo Chavez (1999-2013) : Generación del 2007. Membre fondateur du parti Volonté Populaire (Voluntad popular) en 2009, il en devient un des chefs de file, son leader Leopoldo Lopez ayant passé ces dernières années en prison ou ayant été assigné à résidence, accusé d'incitation à la violence lors d'une vague de manifestations en 2014. Des manifestations qui avaient fait 43 morts. Suppléant en 2010, Juan Guaido est élu député de son Etat de Vargas en 2015.

Il est originaire de cet Etat de la côte Atlantique, marqué en 1999 par des pluies diluviennes qui provoquent de graves inondations et des éboulements qui font de nombreuses victimes. Quelque 10 000 personnes perdront la vie, selon la Croix-Rouge. Un drame qui marque durablement la région et le jeune député. « Je sais ce que c'est d'avoir faim », confie volontiers Juan Guaido. Cet ingénieur de formation est d’origine modeste. Pour financer ses études d'ingénieur à l'Université catholique Andrés Bello de Caracas, il vend des ordinateurs et travaille dans le magasin familial. Issu d’une fratrie de cinq frères et sœurs, Juan Guaido est marié et père d’une petite fille.

Nouveau chef de file de l'oppposition

Paula Vasquez: «Guaïdo a su se positionner à l'égard des demandes de la population ; il n'a pas alimenté la polarisation»

Le jeune militant a pris rapidement de l’étoffe et endossé le costume de chef de file des anti-chavistes dans un Parlement contrôlé précisément par l'opposition et privé de tout pouvoir. Une opposition morcelée et privée de leaders depuis que ses principaux chefs Leopoldo Lopez, Henrique Capriles ou Freddy Guevara ont disparu du paysage politique après avoir été « neutralisés » par le pouvoir chaviste. Juan Guaido avait lancé des réunions publiques appelées « cabildos abiertos » pour sonder l'état de l'opinion. Vendredi dernier, Juan Guaido s’était dit prêt à assumer le pouvoir dans un gouvernement de transition et avait convoqué une grande manifestation pour le mercredi 23 janvier. Dimanche dernier, il est brièvement arrêté par les services de renseignement. Les images de son arrestation par le SEBIN, lors d'une opération spectaculaire au milieu de l'autoroute alors qu'il se rendait à une réunion politique, ont fait le tour du monde.

à (re)lire: Juan Guaido, autoproclamé «président par intérim» du Venezuela

Juan Guaido, un président par intérim légitime ?

Les chavistes voient dans l'autoproclamationction de Juan Guaido « président par intérim » un acte illégitime, puisque leur président, Nicolas Maduro, a prêté serment pour un deuxième mandat le 10 janvier. Les sympathisants de l'opposition estiment, au contraire, que la Constitution bolivarienne permet à Juan Guaido de prendre temporairement les rênes du pays.

Juan Guaido évoque trois articles de la Constitution vénézuélienne pour asseoir sa légitimité : l'article 350 stipule que le peuple ne reconnaît aucun régime qui viole les valeurs et garanties démocratiques du Venezuela ou qui porte atteinte aux droits humains. Mais la pierre angulaire de l'argumentation de Juan Guaido, c'est l'article 233. Il souligne qu'en cas d' « empêchement absolu du président avant sa prise de fonction [...] la présidence sera confiée au président de l'Assemblée nationale ».

Y a-t-il eu un « empêchement absolu » de Nicolas Maduro avant sa prestation de serment ? Oui, estiment Juan Guaido et ses partisans. Nicolas Maduro a été élu lors d'une élection « anticonstitutionnelle », insistent-ils. Puisque le scrutin anticipé avait été convoqué non pas par l'organisme électoral, comme le prévoit la Constitution, mais par l'Assemblée constituante, contrôlée par le régime. Toujours selon l'interprétation de l'opposition, un président illégitime ne peut pas prêter serment. Il y a donc vacance du pouvoir.

L'opposition invoque alors l'article 333 qui rappelle le devoir de tout citoyen à rétablir l'ordre constitutionnel si celui-ci est rompu.

Mais deux autres problèmes se posent aujourd'hui : Juan Guaido doit prêter serment devant l'Assemblée nationale, et non devant les manifestants, comme il l'a fait hier. Et surtout : selon la Constitution, le président par intérim du Venezuela doit organiser une nouvelle élection présidentielle… au plus tard d'ici 30 jours.

A (ré)écouter: notre édition spéciale sur la crise politique au Venezuela (le 24/01)

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