Revue de presse des Amériques

A la Une : situation tendue au Venezuela

Rassemblement à Caracas dans l'attente d'un discours de Juan Guaido, le 25 janvier 2019.
Rassemblement à Caracas dans l'attente d'un discours de Juan Guaido, le 25 janvier 2019. REUTERS/Carlos Garcia Rawlins

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Juan Guaido a accordé ce jeudi une interview à la chaîne américaine en langue espagnole Univision. C’était la première fois qu’il s’exprimait depuis sa proclamation en tant que président par intérim du Venezuela devant la foule de manifestants avant hier à Caracas. Dans cet entretien, rapporte aujourd’hui le site d’information Efecto Cocyuo, Juan Guaido aborde différents points. Tout d’abord il se dit convaincu que « la famille militaire souhaite rétablir l’ordre constitutionnel ».

L’état-major de l’armée vénézuélienne s’est pourtant ostensiblement rangé derrière le président Nicolas Maduro, ce jeudi. « Les Forces armées bolivariennes se sont prononcées ce jeudi pour apporter leur soutien au chef de l’Etat », titre le quotidien vénézuélien Ultimas Noticias, proche du gouvernement. « Que faut-il penser de ce soutien des militaires à Nicolas Maduro ? » a voulu savoir le journal chilien La Tercera qui a posé la question à plusieurs spécialistes de la défense vénézuélienne. Leurs avis sont bien plus nuancés. Ainsi, la journaliste Sebastiana Barráez, analyste vénézuélienne des questions militaires, souligne la différence entre le haut commandement de l’armée bolivarienne et le gros des troupes.

« Le haut commandement militaire est composé de loyalistes du chavisme », constate Sebastiana Barráez, cité par le journal. « Beaucoup sont sous la coupe de sanctions imposées par les États-Unis et d’autres gouvernements, car ces hauts gradés sont accusés de violations des droits de l’homme, de corruption et de trafic de drogue. Par conséquent, il est impensable que ces généraux désertent ». En revanche, poursuit La Tercera, « Barráez explique que de nombreux soldats ont refusé de réprimer les manifestations de l’opposition mercredi. Pour l’experte, il s’agit là d’un exemple de la fracture interne qui traverse l’institution ».

Organisation d’élections libres

Lors de son entretien avec la chaîne Univision, Juan Guaido a aussi parlé de l’organisation d’élections libres. Selon la Constitution, Juan Guaido, en tant que président par intérim, devrait organiser une nouvelle présidentielle sous 30 jours, souligne Efecto Cocoyuo. Or, signale le journal El Universal, au-delà de l’armée ce sont aussi les principales institutions vénézuéliennes qui se sont rangées derrière Nicolas Maduro, dont le Conseil national électoral. Dans ces conditions, comment organiser un scrutin ?

« Notre priorité est d’organiser des élections libres et dans de bonnes conditions dans les délais les plus brefs. Mais nous sommes dans une situation de dictature », a estimé Juan Guaido sur Univision. « Le Conseil national électoral est toujours pris en otage par le régime. Nous savons également qu’il y a des prisonniers politiques ainsi que des gens persécutés qui ont été obligés de s’exiler, de quitter le pays. Sans parler de l’utilisation par le régime des ressources de l’Etat pour financer ses campagnes électorales, l’appareil d’intimidation et la propagande. Notre défi est donc énorme parce que notre objectif est d’organiser le plus tôt possible des élections qui doivent permettre à notre pays d’avoir des relations apaisées avec le reste du monde et d’assumer nos engagements. Mais surtout le scrutin doit permettre à nos concitoyens de marcher normalement dans la rue, sans crainte, et de retrouver l’espoir ».

L’avis des pays voisins du Venezuela

Dans les pays voisins du Venezuela, chacun a une idée pour aider le pays à sortir de la crise. Le Jamaica Observer s’avoue « mal à l’aise avec l’autoproclamation de Juan Guaido comme président par intérim. Un acte », estime le journal, « qui est aussi anticonstitutionnel que l’élection de Nicolas Maduro. Pour résoudre la crise actuelle au plus vite, les deux camps doivent engager un véritable dialogue ».

C’est aussi l’avis du quotidien colombien El Tiempo : « Il faut que l’opposition et les Chavistes arrivent à s’entendre sur l’organisation de nouvelles élections », écrit l’éditorialiste. « Ce dialogue est d’autant plus nécessaire que le Venezuela s’est transformé en quelques jours en terre d’affrontement des grandes puissances mondiales. Entre les Russes d’un côté et les États-Unis de l’autre, on dirait que la Guerre froide revient sous nos latitudes aux températures habituellement clémentes ».

D’autres éditorialistes sont contre l’ouverture d’un nouveau dialogue entre gouvernement et opposition. Dialogue que Nicolas Maduro a appelé de ses vœux. À ce propos le Washington Post écrit : « L’appel au dialogue devrait être rejeté. Dans le passé, le régime a déjà démontré qu’il utilise le dialogue uniquement pour gagner du temps et diviser l’opposition. Non, il faut au contraire accroître la pression sur le gouvernement Maduro ». Comment ? En versant désormais les revenus des exportations de pétrole vénézuélien à l’équipe de Juan Guaido et non plus au gouvernement Maduro, propose La Nacion au Costa Rica.

Le Washington Post, lui, soumet une autre idée : « La meilleure approche de l’administration américaine serait de rejoindre ses alliés dans des initiatives qui visent à aider les Vénézuéliens tout en renforçant monsieur Guaido. Par exemple une opération multilatérale en coopération avec l’Assemblée nationale vénézuélienne pour acheminer de l’aide humanitaire dans le pays ou à ses frontières ». Et le journal de conclure : « En fin de compte, si le cauchemar vénézuélien prend fin, le changement doit venir de l’intérieur ».

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