Brésil

Fernando Haddad: au Brésil la démocratie libérale «est menacée»

Fernando Haddad, du parti des travailleurs, ancien maire de Sao Paulo et ministre de l'Education lors d'un meeting d'enseignants contre les coupes dans le budget de l'Education, le 10 mai 2019.
Fernando Haddad, du parti des travailleurs, ancien maire de Sao Paulo et ministre de l'Education lors d'un meeting d'enseignants contre les coupes dans le budget de l'Education, le 10 mai 2019. Daniel RAMALHO / AFP
Texte par : Martin Bernard
4 mn

Candidat du PT battu à la présidentielle d’octobre dernier avec 45% des voix, Fernando Haddad, effectue sa rentrée politique. Comment juge-t-il la politique du président d’extrême droite Bolsonaro et les mesures déjà appliquées? Fernando Haddad a reçu la presse étrangère chez lui à São Paulo.

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RFI : Tout d’abord une question d’actualité à celui qui fut ministre de l’Education de Lula, alors le Brésil vient d’être le théâtre de grandes manifestations contre la politique du gouvernement, et notamment contre les coupes de 30% dans le budget de fonctionnement des universités. Que pense Fernando Haddad de cette première mobilisation publique contre Jaïr Bolsonaro ?

Fernando Haddad : Les manifestations vont bien au delà des coupes budgétaires. Cela vient avant tout du traitement qu’il réserve au thème de l’éducation depuis son entrée en fonction. En choisissant ce type d'attitude, très tranchée, il a créé une atmosphère très défavorable. Il faudrait qu’il change totalement son attitude au sujet de l’éducation.

RFI : D’un côté, le gouvernement a annoncé une grande réforme des retraites; de l’autre la libéralisation du port d’armes. Quel regard portez-vous sur le gouvernement Bolsonaro?

Fernando Haddad : J’estime qu’il y a trois dimensions. En ce qui concerne l’économie, il y a les recettes ultra-néolibérales. On vend le patrimoine, on supprime des droits, on crée un régime privé pour le retraites... Ça, ça ne va marcher au Brésil.

Il y a une deuxième dimension (qui concerne) à la fois les Affaires étrangères, l’Éducation, l’Environnement et les Droits de l’Homme, qui mise sur des valeurs archaïques, qui semble sortir du Moyen-Âge… et finalement, une dimension qui semble davantage reposer sur la tutelle et l’intimidation, représenté par les militaires et le ministère de la Justice.

Mais je ne vois aucune d’entre elles faire quelque chose de bien pour tirer le pays de la situation dans laquelle il se trouve…

RFI : Estimez-vous que la démocratie soit en danger au Brésil?

Fernando Haddad : Il ne fait aucun doute que la dimension libérale de notre démocratie est actuellement menacée. Tout ce qui touche au respect des minorités, y compris les minorités politiques... Aujourd'hui les mouvements sociaux au Brésil ne se sentent pas en sécurité, que ce soit le mouvement des sans-abri, LGBT, les féministes. Aujourd'hui, l'opposition ne se sent pas en sécurité. Aujourd'hui, l'esprit critique lui-même ne se sent pas en sécurité. La science est menacée. L'autonomie des universités est menacée. La liberté d'expression est menacée. 

A partir du moment où vous commencez à distribuer des fonds publics aux groupes de média en fonction du traitement qu'ils réservent au gouvernement, c'est la dimension libérale de la démocratie qui est bel et bien menacée.

A la limite, si vous considérez que la démocratie existe tant qu'il y a des élections, peut-être le risque de rupture vous paraît plus éloigné.

Mais la démocratie, ce n'est pas seulement cela. Si on considère l'effondrement de la démocratie libérale, et la percée de ce qu'on appelle la « démocratie illibérale » dans le monde - alors dans ce cas oui, nous courons un risque.

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