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Culture

Maxwell Alexandre, des «favelas» de Rio au Palais de Tokyo

Maxwell Alexandre, dans son atelier dans la «favela» de Rocinha.
Maxwell Alexandre, dans son atelier dans la «favela» de Rocinha. RFI/Sarah Cozzolino

À 28 ans, Maxwell Alexandre présente sa première exposition individuelle en dehors du Brésil, à Lyon, jusqu'au 7 juillet. Le Brésilien a attiré le regard du monde de l’art contemporain par ses oeuvres qui représentent le quotidien de Rocinha, la « favela » où il vit depuis qu’il est né.

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Une exposition au Musée d’Art et une autre à la Pinacothèque de Sao Paulo. Une résidence et une exposition au Musée d’art contemporain de Lyon. Des tableaux qui se vendent bien. Maxwell Alexandre ne semble pourtant pas avoir la folie des grandeurs. Il avoue : « J’ai déjà goûté à la cuisine française, mais pour moi le meilleur plat restera toujours le classique riz-haricots rouges des restaurants populaires en bas de chez moi ». Chez lui, c’est Rocinha, la plus grande favela de Rio de Janeiro et d’Amérique latine, aux 100 000 habitants. Et Maxwell n’a aucune envie de troquer son quartier pour les bords de plages huppées d’Ipanema ou de Copacabana. Son appartement et son atelier se font face, dans une petite ruelle aux pieds de Rocinha. À quelques mètres, la rue principale est en perpétuelle agitation. Les policiers militaires observent, armes au poing, le va-et-vient des passants, des motos-taxis et des vendeurs ambulants qui crient leurs promotions. « Quand je voyage, analyse l’artiste, je me rends compte que je suis complètement accro à ce chaos. »

Des roulettes aux palettes

Pourtant, Maxwell Alexandre n’a jamais vraiment voulu être un habitant de Rocinha comme les autres. L’idée de travailler dix heures par jour pour un salaire de misère l’angoissait. Alors, il a trouvé une échappatoire : le roller de rue. Pendant douze ans, le carioca a parcouru sa ville, perché sur des roulettes. Il a remporté de grands championnats, avait des sponsors internationaux. « Mais même en étant le meilleur, je ne gagnais pas un salaire minimum (autour de 220 euros, NDLR) et c’était impossible d’en vivre », se souvient Maxwell.

C’est encore perché sur ses rollers qu’il a imprimé pour la première fois ses émotions sur une toile. « On occupait un hôtel désaffecté, raconte Maxwell, et c’est devenu un terrain d’expérimentation. Un jour, j’ai regardé les traces que laissaient mes rollers sur le sol, comme des dessins. J’ai eu l’idée de rouler dans de la peinture pour la transférer sur une toile au mur, en faisant une figure. C’était déjà de l’art contemporain. » Petit à petit, Maxwell a pris ses distances avec le roller, « une industrie machiste et homophobe », selon lui. Grâce à une bourse, il est entré dans une des meilleures universités privées de Rio, en design, et il s’est ensuite mis à peindre.

L’atelier de Maxwell est souvent trop petit pour ses oeuvres qu’il ne voit dépliées que dans des musées.
L’atelier de Maxwell est souvent trop petit pour ses oeuvres qu’il ne voit dépliées que dans des musées. RFI/Sarah Cozzolino

Peindre des corps noirs sur du papier brun

Les oeuvres de Maxwell Alexandre sont pleines de références au street art, au rap, au funk et à la mode que l’on retrouve dans les favelas de Rio. Mais pas seulement : « J’ai aussi été très influencé par la culture noire américaine, explique l’artiste, je ne vois pas directement Rocinha dans toutes mes oeuvres. » À travers ses toiles aux couleurs tranchées, du bleu, du noir, du jaune, du rouge, Maxwell célèbre l’anonymat avec ses personnages sans visage. Des personnages dont l’intérêt réside plutôt dans leur couleur de peau (une femme blanche entourée de servantes noires) ou dans la place qu’ils occupent dans la société, à travers leurs uniformes (des policiers, des écoliers, des éboueurs…).

Dans un pays raciste, où plus de la moitié de la population est noire, il est encore difficile de parler ouvertement de discriminations. On utilise des mots comme « brun », « foncé », ou « coloré » pour ne pas dire « noir ». Aujourd’hui, Maxwell Alexandre revendique sa couleur : « On utilise le mot pardo, "brun", pour atténuer notre négritude. Mais pour moi, je suis Noir. De "pardo", il n’y a que le papier. » Ce type de papier, appelé pardo, sorte de papier kraft en français, aux tons jaunes, est très présent dans les oeuvres de Maxwell. Peindre des corps noirs sur un papier brun est devenu un « acte politique », selon l’artiste. Et le titre de son exposition : « Pardo é papel », « Brun est le papier », désormais visible au MAC de Lyon.

« Mon endroit préféré, c’est ma chambre », avoue Maxwell Alexandre.
« Mon endroit préféré, c’est ma chambre », avoue Maxwell Alexandre. RFI/Sarah Cozzolino

Artiste incasable

En tant qu’artiste noir, originaire de la favela, dans un monde d’hommes blancs, celui de l’art contemporain, Maxwell est conscient d’incarner certains clichés qui le servent et le desservent à la fois. « Me décrire simplement comme un artiste noir qui dépeint le quotidien de sa favela, c’est prévisible, regrette Maxwell. Le regard sur mon oeuvre est chargé de fantasmes. »

À force de transgresser les codes et de jongler entre ces « cases » auxquelles il n’a jamais voulu appartenir, l’artiste carioca est considéré par beaucoup comme un transfuge. Incompris par ses voisins de Rocinha, rejeté par ses anciens amis du roller, trop différent de ses camarades à l’université. Toujours pour échapper aux cases, Maxwell a récemment voulu faire un pas dans le monde du skate, meilleur ennemi du roller. « On me traitait de traître et de pédé des deux côtés, moi je blaguais en disant que je participerai au Jeux olympiques de Tokyo en 2020. » En 2020, il sera en résidence au Palais de Tokyo, à Paris. « Une belle vengeance », plaisante-t-il.


Retrouvez l’exposition de Maxwell Alexandre, « Pardo é papel », au Musée d’art contemporain de Lyon jusqu’au 7 juillet 2019.

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