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Chantage aux taxes: le Mexique veut éviter la confrontation avec les États-Unis

Le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador lors d'une conférence de presse au Palais national, à Mexico, le 31 mai 2019.
Le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador lors d'une conférence de presse au Palais national, à Mexico, le 31 mai 2019. REUTERS/Henry Romero
Texte par : RFI Suivre
8 mn

Le président mexicain a appelé au dialogue après l'annonce surprise par Donald Trump d'une augmentation des taxes imposées par les États-Unis aux produits mexicains entrant sur son sol. Une décision inattendue, violente, aux répercussions économiques importantes et immédiates.

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« Nous ne répondrons à aucune provocation, nous serons prudents avec les États-Unis », explique ce vendredi 31 mai Andres Manuel Lopez Obrador. Le président du Mexique estime que les contentieux doivent être réglés pas la discussion.

Pas de représailles donc, pas d'escalade, comme c'est le cas avec la Chine, en tout cas pas à ce stade. Pas d’indifférence pour autant, bien au contraire. La décision américaine, annoncée la veille par Donald Trump, de prélever à partir du 10 juin 5 % de taxes sur tous les produits importés du Mexique – officiellement pour lutter contre l’arrivée de migrants – met une énorme pression sur l’économie mexicaine.

Cette décision de Trump sera certainement suivie d'une politique de réajustement...

Christian Harbulot, directeur de l'École de guerre économique.

Déjà parce que Donald Trump ne compte pas s’arrêter là et menace d’augmenter ces taxes jusqu’à les porter à 25 % au 1er octobre, à moins que les flux de migrants clandestins ne cessent entièrement. Ensuite et surtout parce que 80 % des exportations mexicaines, près de 30 % de la richesse nationale, sont destinées aux États-Unis. Menacer ces exportations, c'est donc menacer le socle de l'économie mexicaine.

Déjà, les bourses mondiales ont réagi à la baisse, tandis que le peso mexicain a perdu 3 % de sa valeur immédiatement après la publication du tweet de Donald Trump.

Les États-Unis également pénalisés

Là où Donald Trump prend un risque, c’est qu’à la faveur des taxes imposées aux produits chinois, le Mexique est devenu en 2019 le premier partenaire commercial des États-Unis. Les consommateurs américains vont donc mécaniquement subir une hausse des prix sur de nombreux produits, notamment dans l'automobile, les produits manufacturiers et l'agroalimentaire.

Le président du Conseil national du commerce extérieur, représentant les entreprises américaines, dénonce d'ailleurs un « coup très dur » porté à l'économie nationale et s'interroge : « Quel partenaire pourra désormais faire confiance à cette administration ? »

Dans ce supermarché de Houston on trouve des avocats, des carottes, des ananas, bio ou non, mais tous importés du Mexique. Alors forcément on craint la possible hausse des prix...

Reportage à Houston, au Texas.

Le nouvel accord tripartite remis en cause ?

Enfin les États-Unis et le Mexique étaient sur le point de ratifier, avec leur partenaire canadien, un nouveau traité de libre-échange (l’Accord États-Unis – Mexique – Canada, ou AEUMC), pour exonérer de droits de douane des milliards de dollars d'échanges. La décision américaine pourrait compromettre ce processus, même Andres Manuel Lopez Obrador affirme qu'elle ne le « stoppera pas ». Elle démontre à tout le moins le peu de valeur de ces textes aux yeux du Président américain.


Lopez Obrador cherche à endiguer le flux migratoire

Il semblerait que depuis quelques mois, la politique du gouvernement mexicain ait changé et qu’il cherche désormais à endiguer les flux croissants de migrants sur sa frontière sud, rapporte notre correspondant à Mexico, Patrick John Buffe.

Durant les trois premiers mois de son mandat, le président Lopez Obrador a maintenu une politique de portes ouvertes permettant à des milliers de migrants d’entrer au Mexique sans problème. Le chef de l’État mexicain tenait ainsi ses promesses de campagne, à savoir mettre en place une politique basée sur le respect des droits de l’homme des migrants.

Mais depuis le mois de mars, il semble avoir changé de stratégie. Il chercherait désormais à restreindre l’arrivée croissante des migrants et à les bloquer dans le sud du Mexique pour éviter qu’ils poursuivent leur route vers les États-Unis, sous prétexte de vouloir préserver leur sécurité. Pour ce faire, les autorités mexicaines ont accru leur pression sur les migrants en militarisant la frontière sud, en organisant des raids de police, ainsi qu’en multipliant les détentions et les expulsions.

Malgré cela, Lopez Obrador insiste sur le fait que sa politique migratoire n’a pas changé. Ce que contestent de nombreuses ONG qui estiment que le Mexique agit désormais pour le compte des États-Unis. Un point de vue que ne semble pas partager Donald Trump, qui vient encore une fois de reprocher au Mexique de ne rien faire pour freiner ce flux migratoire.

► Lire aussi : Etats-Unis et Mexique, les hauts et bas d'une relation tumultueuse

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