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À la Une: des sénateurs haïtiens saccagent la salle de séance

La salle de séance du sénat haïtien saccagé par quatre sénateurs d'opposition, le 30 mai 2019.
La salle de séance du sénat haïtien saccagé par quatre sénateurs d'opposition, le 30 mai 2019. ©REUTERS/Andres Martinez Casares
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Quatre sénateurs haïtiens d’opposition ont saccagé jeudi matin leur salle de séance à Port-au-Prince : ce geste symbolique, qui paralyse encore l’installation du nouveau gouvernement, sert à empêcher pour une troisième fois la ratification de la politique générale du Premier ministre. Pour Le Nouvelliste, « cet épisode (...) illustre l’atomisation du pouvoir en Haïti. On perd le contrôle du territoire parcelle par parcelle, comme on perd le contrôle de la plus sélecte des assemblées. Comme on perd le contrôle des routes ou du marché des changes ».

Du mobilier du Sénat « éparpillé en plein air », poursuit Le National. Une image « à la fois cocasse et sordide ». Cocasse, car elle traduit « le niveau de déchéance des institutions républicaines. Elle met à nu la laideur des hommes placés aux plus hauts de l’État ». Sordide, car « elle va certainement renforcer la perception de ceux qui assimilent déjà Haïti [à l’étranger] comme une entité chaotique et ingouvernable ».

« On est tous coupables »

« Ce qui s’est passé ouvre la voie à une détérioration de la gourde [la monnaie nationale], puisque nous ne savons pas quand nous aurons un gouvernement », déclare l’économiste Kesner Pharel au journal américain Miami Herald. Et puis, rappelle le journal, il y a ce prêt à taux zéro du FMI dont a cruellement besoin Haïti, mais qui est lié à la formation d’un gouvernement et à l’approbation d’un budget par les deux chambres. « Tout cela est maintenant suspendu ».

Le National appelle au consensus,pour que les élections législatives puissent bien se tenir en 2019. Dans le cas contraire, le Parlement serait frappé de caducité en janvier 2020. « Ce n’est plus le moment de bomber le torse en regardant la République s’effondrer. On est tous coupables », insiste Noclès Débréus dans son édito. « Que les forces antagonistes revoient leurs exigences. Aucun sacrifice de devrait être trop grand pour sauver le pays ».

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Droits de douane : le Mexique a son tour visé

On quitte Haïti, pour Washington. Le président américain veut imposer dès le 10 juin des droits de douane sur les produits en provenance du Mexique, et les augmenter progressivement tant que son voisin « n’arrêtera pas considérablement le flux d’étrangers illégaux passant aux États-Unis ». Il accuse le Mexique de laxisme. Forcément, le sujet est à la une de toute la presse mexicaine. « Monsieur tarif douanier attaque de nouveau », titre El Economista, pour qui « l’obus tarifaire cible désormais le Mexique ». Le journal évalue à 1 000 millions de pesos par jour - près de 50 millions de dollars par jour-, les pertes pour le Mexique lorsque cette première hausse de 5% sera mise en vigueur.

C’est « le coup le plus dur porté contre l’économie nationale depuis la crise de 2009 », commente El Universal. Le quotidien rappelle que tous les types de produits sont concernés. Et voilà ce que le Mexique exporte le plus vers les États-Unis : « des véhicules légers et leurs pièces détachées », « des ordinateurs », tablettes et autres équipements électroniques, puis « des véhicules de transport de marchandises ». La Jornada voit dans les annonces de l’administration américaine « une pression interventionniste grossière qui vise à imposer au Mexique une politique migratoire conforme à la propagande et aux intérêts électoraux de la Maison-Blanche ».

AMLO : une réaction « mesuré  », « ferme » et « digne »

La déclaration de Jesus Seade, le ministre adjoint des Affaires étrangères, est aussi largement reprise par la presse. « Cette menace est très grave, dit-il. Et si elle se concrétise, ce serait dramatique ». « A mon avis, pour sortir de cette impasse, il faudra répondre œil pour œil ». En attendant le président Andres Manuel Lopez Obrador (AMLO), dit vouloir éviter une « confrontation » avec les États-Unis. Il a ordonné à son ministre des Affaires étrangères de se rendre dès aujourd’hui à Washington pour des discussions.

La presse se félicite de la réponse du président mexicain. « Une réaction mesurée », mais ferme, pense le journal Cronica. « Cette fois, heureusement, AMLO n’a pas répondu comme d’habitude ». « Le président des États-Unis ne doit pas croire qu’il est devant quelqu’un de lâche ou de timoré ». La Jornada pense que « les circonstances exigent (...) un savant équilibre entre prudence et fermeté pour que prime le bon sens dans le dialogue bilatéral ». Après ce « coup de marteau », cette « agression de Trump », écrit l’éditorialiste de Milenio, AMLO n’a pas répondu avec « l’habituel " je ne veux pas de confrontation " », mais « avec un ton qu’on ne lui connaissait pas ». « C’était ce que nous voulions, conclut le quotidien mexicain: de l’énergie et de la dignité ».

Dernière réaction à cette annonce, relevée dans la presse américaine : « Les tarifs douaniers, le remède miracle de monsieur Trump », s’exclame le New York Times. « Le président a l’air de voir ces droits de douane comme la solution à une large palette de problèmes en matière de politique étrangère. Et cela ne marche pas ».

Venezuela : « Pétage de plomb » ?

Un mot du Venezuela pour finir. Vous vous souvenez peut-être de ce journaliste star de la chaîne américaine Univision qui s’était fait expulser du Venezuela au mois de février, juste après une interview de Nicolas Maduro. Elle n’avait pas plu au président. Tout le matériel des journalistes et la vidéo de l’entretien avaient été confisqués. Eh bien cette vidéo vient d’être récupérée - auprès de sources confidentielles, précise la chaîne.

Un premier extrait a été diffusé cette nuit. Le journaliste Jorge Ramos présente un bout de papier au président sur lequel, assure-t-il, sont inscrits les noms de prisonniers politiques. « Remballe ton petit tas d’ordures », lui répond Nicolas Maduro. « Tu es venu me provoquer. Tu vas ravaler tes provocations, les ravaler avec du coca-cola ». Les médias vénézuéliens en ligne partagent largement cet extrait. El Universal qualifie la réaction du président vénézuélien de « pétage de plomb ». L’entretien a été très tendu du début à la fin, assure Univision, qui le diffusera en intégralité dimanche prochain.

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