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États-Unis

Ana, nonne des rues, Robin des Bois de la canette solidaire

Ana Martinez de Luco, religieuse espagnole, co-fondatrice de Sure We Can, à Brooklyn.
Ana Martinez de Luco, religieuse espagnole, co-fondatrice de Sure We Can, à Brooklyn. RFI/Loubna Anaki
6 mn

A 64 ans, Ana Martinez de Luco a dédié sa vie à aider les plus démunies. De l’Espagne aux États-Unis, en passant par les Philippines, cette religieuse est aujourd’hui à la tête d’une communauté particulière à New York, celle des collecteurs de bouteilles et de canettes. 

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De notre correspondante à New York,

« Je suis plus douée avec les gens qu’avec les machines ». Derrière son bureau exigu installé dans un préfabriqué, Ana Martinez de Luco a les mains pleines d’encre et se bat avec une imprimante qui crache des pages blanches malgré la  cartouche d’encre toute neuve.

À l’extérieur, une odeur de bière froide, un concert de cliquetis de verre et des dizaines de personnes qui s'affairent à trier des montagnes de canettes et de bouteilles. On les appelle « Les Canners », ceux qui passent leurs journées et soirées à parcourir les rues de New York, fouillant dans les poubelles pour récolter des bouteilles ou des cannettes vides. Un trésor depuis que la loi dite « Bottle Bill » permet de récupérer cinq centimes sur chaque contenant collecté.

Nous sommes à Sure We Can, en plein cœur de Brooklyn, l’organisation cofondée par Ana Martinez de Luco. On y parle principalement espagnol, mais aussi chinois, anglais et un peu polonais. Pour un visiteur, cela peut ressembler à un monde de chaos, mais à y regarder de plus près, chacun semble connaître sa mission et son rôle dans cet entrepôt à ciel ouvert.

Servir les plus démunis

Ana vit aux États-Unis depuis 16 ans. Née près de Vitoria dans le Pays basque espagnol, elle décide d’entrer dans les ordres à l’âge de 19 ans. Six ans plus tard, elle s’envole pour l’Asie et atterrit aux Philippines. « À l’origine, je devais y être deux mois pour apprendre l’anglais, je suis restée vingt-deux ans ! », raconte Ana en souriant.

À Manille, elle obtient des diplômes en théologie et en éducation et travaille ensuite au sein de sa congrégation de sœurs pour venir en aide aux plus pauvres.

En 2004, elle est envoyée à New York pour une mission auprès des Nations unies. Durant son séjour, « l’envie de partager la vie de ceux qui vivent dans la rue devient trop forte », Ana rejoint une organisation qui travaille avec les sans-abri. « C’est à ce moment-là que j’ai rencontré les Canners », se rappelle-t-elle.

Une communauté avant tout

En 2007, Ana Martinez de Luco décide de fonder « Sure We Can » avec un autre membre de la communauté des « Canners ». L’idée initiale était « de créer un endroit où les collecteurs peuvent déposer leur récolte », car les supermarchés, qui disposent aussi de points de collecte ne prennent que de petites quantités à la fois. « A Sure We Can, nous ne refusons personne, et nous payons chaque bouteille et chaque canette rapportée », explique Ana.

Pedro Romero et sa femme Josefa Marin, originaires du Mexique, gagnent leur vie en collectant des bouteilles et canettes dans les rues de New York.
Pedro Romero et sa femme Josefa Marin, originaires du Mexique, gagnent leur vie en collectant des bouteilles et canettes dans les rues de New York. RFI/Loubna Anaki

Chaque jour, ils sont entre 70 et 100 « Canners » à venir ici. Des retraités, des sans-abri, des sans-papiers, des chômeurs qui ramassent les bouteilles pour gagner un peu d’argent.

En plus de déposer leur récolte, ils passent des heures entières à séparer le plastique du verre et à trier par marques. Le tout est ensuite racheté par les compagnies de boissons. C’est notamment grâce à la commission supplémentaire versée par des géants comme Coca-Cola, Guinness ou encore Corona que Sure We Can arrive à fonctionner au jour le jour.

« C’est devenu une deuxième maison pour moi », nous dit en espagnol une femme d’une soixantaine d’années, originaire du Mexique, « on est bien traités, on se sent respectés et écoutés », ajoute un homme venu de Porto Rico.

Si Ana est heureuse du succès financier de Sure We Can, elle est surtout fière d’en avoir fait une communauté à part entière. « Je ne suis pas une femme d’affaires, je ne suis pas douée pour la gestion », confie-t-elle. « Je fais ça avant tout pour l’aspect humain. Ici, nous sommes tous frères et sœurs. Nous sommes tous égaux ». D’ailleurs, Ana y tient, personne ici ne l’appelle « ma sœur ». Elle ne porte pas non plus d’habits religieux.

La liberté dans la foi

Son travail à la tête de Sur We Can n’empêche pas Ana Martinez de Luco de poursuivre d’autres projets notamment en faveur des sans-abri. Il lui arrive encore de dormir dans la rue. Une vie qui lui a valu le surnom de « nonne de la rue ». Elle même dit « préférer travailler sous le soleil », plutôt « qu’à l’ombre d’une institution religieuse ». « J’ai choisi de consacrer ma vie au service de Dieu, mais à cause de ma personnalité, mon tempérament, je ne me vois pas vivre au sein d’une congrégation », explique Ana. Elle a vécu plusieurs années dans un monastère, mais préfère « la liberté d’aller et venir », d’être auprès de ceux qui ont besoin d’elle.

À New York, elle fait partie des « Soeurs de la communauté chrétienne », une congrégation plus flexible qui lui correspondait davantage. « On ne vit pas dans une communauté religieuse, mais peu importe où on va, on construit notre propre communauté », conclut Ana.

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