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Cinéma: «Perro bomba», un Haïtien au Chili, un film de Juan Pablo Cáceres

«Perro Bomba» est le premier film chilien dans lequel le personnage principal est un noir, selon son réalisateur Juan Pablo Caceres.
«Perro Bomba» est le premier film chilien dans lequel le personnage principal est un noir, selon son réalisateur Juan Pablo Caceres. La 25e heure

Les « Perros bomba » c'est la chair à canon de l'économie du Chili. C'est cette main d'oeuvre étrangère exploitée sur les chantiers comme celui où travaille Steevens, jeune immigré haïtien, à Santiago. Ce premier film du réalisateur Juan Pablo Cáceres dévoile une facette peu connue du Chili contemporain en racontant le racisme ordinaire d'une société conservatrice et l'intégration en marche de la communauté haïtienne. Un film à découvrir sur le site de La 25e heure à partir de ce 1er juin et en salles le 24 juin.

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Ouvrier dans une cimenterie, Steevens est un jeune homme tranquille qui se fait poser des tresses pour draguer les filles, vit dans une famille de la communauté haïtienne de Santiago où on parle de Dieu et du diable, retrouve sa bande d'amis haïtiens le soir pour danser et fumer. Une communauté que l'on découvre au fil du film : sa religiosité (les petites filles endimanchées comme des mariées chantant en créole No nos moveran (une chanson de lutte particulièrement connotée au Chili), son respect des traditions et des hiérarchies, son expoitation par des patrons racistes ou sans scrupules.

Le comédien Alfredo Castro, pilier du cinéma et du théâtre au Chili, a accepté le rôle du patron odieux de Steevens pour défendre le propos du film. C'est lui qui, tout de violence verbale, en insultant ses ouvriers, surtout les noirs, provoque le clash et la descente aux enfers de Steevens. Celui-ci perd son travail, est exclu de la communauté dans laquelle il vit en raison de la bagarre qu'il a provoquée et risque d'être expulsé du pays à cause de la procédure judiciaire engagée contre lui. L'absence de solidarité de ses proches qui le banissent est d'ailleurs intéressante. C'est que la volonté d'intégration de la communauté haïtienne au Chili, pourtant souvent stigmatisée, est très forte, explique le juge qui étudie son cas. Elle ne « veut pas d'histoires ».

Caméra au poing

Chaque étape du véritable chemin de croix de Steevens est introduite par une séquence musicale. Complainte a capella, rap, colère du djembe, comptine enfantine... Au Chili comme en Haïti, la musique et la danse sont des piliers de la culture populaire et les deux langues, créole et espagnol se mêlent. Dis-nous un truc dans ta langue, demande un gamin des rues à Steevens. « Je suis content parce que j'ai de l'argent pour manger », lui répond celui-ci en créole. Quelle que soit la langue, pour tous ces déclassés du néo-libéralisme chilien, la question est : comment gagner de quoi manger... En quête d'un toit et de travail, le jeune garçon erre dans une ville dont les murs sont tagués d'insultes racistes à l'égard des Haïtiens. Le Chili n'est plus ce qu'il était, crache le patron de Steevens : les Chiliens ne veulent plus travailler et les étrangers -Boliviens, Péruviens, Haïtiens- prennent leur place. « Le Chili n'est pas un pays habitué à la différence », explique le réalisateur Juan Cáceres.

À lire aussi : Au Chili, des migrants haïtiens atteints de coronavirus victimes de racisme

Steevens Benjamin, comédien haïtien, raconte un personnage de migrant quasi « banal », loin du héros positif et volontaire. Son travail donne un caractère presque documentaire au film, de même que la manière de filmer avec ces plans rapprochés sur les personnages qui emplissent l'écran. La prestation du comédien a d'ailleurs été récompensée au festival Cinélatino de Toulouse en 2019 et le film a été remarqué dans de nombreux films comme celui de La Havane, le dernier en date. Steevens Benjamin est entouré d'une galerie de personnages hauts en couleurs : gamins des rues, mendiants, autres immigrés d'Haïti et d'ailleurs, pour la plupart des comédiens non professionnels. Des gens qui racontent leur propre histoire, c'était la volonté du réalisateur qui filme caméra au poing.

Perro bomba à découvrir sur la salle de cinéma virtuelle de La 25e heure

Le confinement a bousculé toutes les sorties en salle des films ces dernières semaines et la réouverture des salles n'est annoncée que pour le 22 juin. Pour éviter un embouteillage des sorties au deuxième semestre, faire déjà vivre les films et ne pas laisser échapper les spectateurs, certains producteurs et distributeurs ont choisi l'option e-cinéma.

Au 2e mois du confinement, les distributeurs ont reçu un courrier du CNC leur offrant la possibilité de sortir les films en VOD, nous explique Jovita Maeder, de Bobine Films, qui distribue Perro Bomba. L'association La 25e heure appartenant au même syndicat de distributeur, contact est noué pour permettre une première « sortie » du film, en attendant une vraie sortie en salles, au dernier trimestre, si tout va bien.

Le film devait sortir fin mars. Le comédien principal Steveens Benjamin était attendu en France et tout était calé, billets d'avion, hôtels... plus une tournée dans quelque 90 écoles en Occitanie grâce au parrainage du festival Cinélatino de Toulouse où le comédien principal avait été primé l'an passé.

Le report de la sortie, prévue initialement dans une vingtaine de salles en France, a donc été une grosse déception pour toute l'équipe. Finalement, ce 1er juin, il sort virtuellement dans 10 salles dont une à Paris intra-muros pour un prix moyen de 5€ la séance.

► pour voir le film via le site de La 25e Heure 

► Et grâce à la réouverture des salles de cinéma, le film sort sur grand écran. La première a lieu le 24 juin à 20h30 au cinéma Saint-André des Arts à Paris.

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