BIRMANIE

Premières élections en Birmanie depuis vingt ans

Les membres de la Force démocratique nationale (NDF), lors de l'inauguration de leurs nouveaux quartiers à Yangon (ex Rangoon).
Les membres de la Force démocratique nationale (NDF), lors de l'inauguration de leurs nouveaux quartiers à Yangon (ex Rangoon). Reuters

Après de longs mois de spéculations, la junte birmane a finalement annoncé le vendredi 13 août 2010 la date des prochaines élections législatives depuis 20 ans. Elles auront lieu le 7 novembre 2010. Le scrutin est déjà vivement critiqué par les organisations de défense de la démocratie qui dénoncent une tentative des militaires de renforcer leur emprise sur le pouvoir.

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Quarante partis politiques ont obtenu l'autorisation de participer au scrutin. Un chiffre qui laisse penser que ces premières élections depuis vingt ans seront organisées dans le respect des normes internationales. Or, de nombreux partis démocratiques ont exprimé leur inquiétude sur les conditions dans lesquelles se tiendra le scrutin.

Certains partis ont même dénoncé des actes d'intimidations, à l'instar de Thu Wai, le chef du Parti démocrate qui rapporte des visites à domicile, doublées d'interrogatoires de certains membres de son parti, par la police politique du généralissime Than Shwe.

D'autres candidats ont décidé d'abandonner la course, au motif que les élections ne seraient ni libre ni équitable. Même chose, pour la Ligue Nationale pour la démocratie, le parti de la principale opposante au régime birman, Aung San Suu Kyi, qui ne participera pas aux législatives.

La LND a été dissoute, car les règles imposées par la junte ne permettaient pas à l'opposante de se présenter comme candidate. Mais certains membres de la LND, mécontents du boycott des élections, ont créé un nouveau parti, la Force démocratique nationale (NDF) qui aura un long chemin à parcourir pour se contruire une légitimité sans le soutien de la charismatique Aung San Su Kyi.

Scrutin sans valeur

Celle que l'on surnomme en Birmanie « the Lady », la Dame, a passé la plus grande partie de ces vingt dernières années en prison ou en résidence surveillée. Son parti avait remporté une large victoire aux dernières élections législatives de 1990, dont la junte n'avait jamais reconnue les résultats, tout en interdisant à la LND d'exercer le pouvoir.

Fort de cette expérience, le régime militaire fera tout son possible lors des prochaines élections pour éviter la réédition d'un tel scénario.

Tous les prisonniers politiques sont écartés du scrutin. L'une des cinq lois électorales élaborées par la junte stipule notamment que quiconque purge une peine de prison ne peut appartenir à un parti, et par conséquent, participer à des élections. La même interdiction concerne les religieux.

Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont d'ailleurs fait savoir que le scrutin n'avait aucune valeur à leurs yeux.

Verrouillage militaire

Pour de nombreux observateurs les législatives de novembre sont sans surprises. Les généraux ont verrouillé la situation en prenant le contrôle absolu de la commission électorale. D'ores et déjà la junte se réserve un quart des sièges au Parlement et les militaires continueront de contrôler les postes clés du gouvernement.

De l'avis général, ces élections seront une imposture et elles se dérouleront dans un climat régional et international extrêmement favorable pour la junte, dont on observe que les critiques à son égard ont perdu de leur virulence.

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