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Russie / Arménie

La mainmise russe sur le Caucase du Sud passe par l’Arménie

Les présidents russe et arménien Dmitri Medvedev (g) et Serge Sarkissian (d) lors de leur entretien au palais présidentiel d’Erevan, le 20 août 2010.
Les présidents russe et arménien Dmitri Medvedev (g) et Serge Sarkissian (d) lors de leur entretien au palais présidentiel d’Erevan, le 20 août 2010. REUTERS/Ria Novosti/Kremlin/Mikhail Klimentyev
Texte par : Benoît Martin
4 mn

Fin de la visite d’Etat, en Arménie, du président russe Dmitri Medvedev ce vendredi 20 août 2010. Le principal accord signé avec son homologue arménien Serge Sarkissian concerne la prolongation du bail de la base militaire russe de Gioumri, sur le territoire arménien, jusqu’en 2044. Une garantie pour l’Arménie de sécurité et pour la Russie d’accroître sa domination sur la région.

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Plus que jamais, l’Arménie et la Russie confirment qu’ils sont des alliés indéfectibles. Rien de plus normal entre deux pays membres-fondateurs de l’Organisation du traité de sécurité collective. L’OTSC ambitionne d'être pour les ex-républiques soviétiques (mis à part les pays baltes et la Géorgie), ce que l’Otan est pour les pays de l’Ouest.

Cet accord militaire russo-arménien est le dernier d’une longue série. Dès 1995, Erevan autorise Moscou à utiliser la base militaire de Gioumri, pour 25 ans. S’ensuit, en 1997, le Traité sur l’amitié, la coopération et l’aide mutuelle. En 2006, le président arménien Sarkissian, alors ministre de la Défense, déclare sans équivoque : « L'Arménie a besoin de la 102e base militaire russe déployée à Gioumri pour garantir sa sécurité ». Avec ce nouvel accord d’août 2010, Erevan voit ses vœux exaucés. « La base militaire russe, en coopération avec les forces arméniennes, garantira (…) aussi la sécurité de l'Arménie », a déclaré Edward Nalbandian, chef de la diplomatie arménienne. Pour Gaïdz Minassian, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique, « c’est la grande nouveauté de ce nouveau texte ».

L’Arménie en demande de protection russe

Il suffit de regarder une carte. L'Arménie est entourée par des pays aux intérêts très différents. La Géorgie est en conflit ouvert avec la Russie. L'Iran (radicalement musulman quand l'Arménie est profondément chrétienne) est au ban de la communauté internationale à cause de la question nucléaire.  L'Azerbaïdjan et la Turquie lui sont hostiles. « L’Arménie est obnubilée par sa sécurité », selon le chercheur, auteur en 2007, de l’ouvrage Caucase du  Sud, la nouvelle guerre froide.

Avec l’Azerbaïdjan, il plane toujours la menace d’un nouveau conflit à propos du Haut-Karabakh, petite enclave montagneuse peuplée d’Arméniens, rattachée à voisin azéri musulman, sous Staline, en 1921. Avec l’éclatement de l’URSS, le Haut-Karabakh, soutenu par l’Arménie, fait sécession et réclame son indépendance. Entre 1988 et 1994, le conflit fait près de 30 000 morts et jette sur les routes des centaines de milliers de réfugiés. Un cessez-le-feu entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie est signé le 12 mai 1994. Depuis, c’est le groupe de Minsk, co-présidé par la Russie, les Etats-Unis et la France, qui est chargé de résoudre définitivement le conflit. Mais l’Azerbaïdjan a toujours averti : les hostilités pourraient reprendre si cette médiation internationale ne lui donne pas satisfaction.

Entre l’Arménie et la Turquie, les relations restent délicates. En 2009, Ankara et Erevan ont commencé à normaliser leurs relations diplomatiques, hantées par le souvenir du massacre de plus d’un million d’Arméniens, par l’Empire ottoman, en 1915. Un processus de rapprochement menacé par la question du Haut-Karabakh, la Turquie ayant soutenu l’Azerbaïdjan pendant la guerre d’indépendance de l’enclave à majorité arménienne.
Voilà pourquoi l’Arménie se sent menacée et a franchi un pas supplémentaire dans son alliance avec la puissance russe. Bases militaires, équipement, armement, carburant même : toute la sécurité arménienne est « made in Russia ». Des voix s’élèvent au sein de l’opposition arménienne pour critiquer un accord qui met à mal l’indépendance du pays.

Militarisation croissante du Caucase du Sud

Côté russe, cet accord « fait comprendre à tout le monde, à commencer par les pays du Caucase du Sud – Géorgie, Azerbaïdjan, Arménie -, que cette région est sous son influence. D’autres forces, notamment la Turquie et les Etats-Unis, doivent comprendre qu’elles n’ont pas d’ambition à avoir dans cette région qui dépend des intérêts directs de la Russie », explique Gaïdz Minassian. A la fin de ses entretiens avec son homologue arménien, le président russe a d’ailleurs déclaré : « La mission de la Russie, en tant que plus grand et plus puissant pays de la région, est d’y assurer la paix et l’ordre ».

Renforcement de ses bases militaires dans les deux républiques séparatistes géorgiennes, l’Abkhazie et en Ossétie du Sud ; annonce du déploiement des missiles S-300 en Abkhazie ;  discussion avec l’Azerbaïdjan pour la vente de missiles du même type… « Fondamentalement, ce qui n’est pas bon, c’est que ce leadership russe, au nom de la sécurité, s’effectue toujours  par une militarisation de la région », souligne Gaïdz Minassian.

Depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, en 2000, on assiste au redressement de la diplomatie russe. La Russie se pense et agit comme une superpuissance. Surtout lorsqu’il s’agit de préserver ses intérêts stratégiques. Surtout lorsqu’il s’agit de son « étranger proche » qu’il convient de dominer économiquement et militairement.

 

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