Chine

Ouverture du Parlement chinois sur fond de tensions

Un policier monte la garde lors de l'ouverture de la session annuelle du Parlement chinois, au palais de l’Assemblée du peuple à Pékin, le 3 mars 2011.
Un policier monte la garde lors de l'ouverture de la session annuelle du Parlement chinois, au palais de l’Assemblée du peuple à Pékin, le 3 mars 2011.

En Chine, la 4e session de la 11e Conférence consultative politique du peuple chinois s'est ouverte ce jeudi 3 mars 2011. Près de 2 000 délégués de toutes les provinces sont réunis à Pékin. Ils seront rejoints samedi par 3 000 députés de l’Assemblée du peuple qui doivent décider des réformes pour les cinq ans à venir. Des rendez-vous politiques importants dans un contexte tendu, de nouveaux appels à des « rassemblements chinois du jasmin » ayant été annoncés sur internet pour dimanche prochain.

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Les choses sérieuses commenceront véritablement samedi avec la tenue de l’Assemblée nationale populaire (APN), mais depuis quelques jours déjà la capitale chinoise vit au ralenti. Depuis 15 heures cet après-midi, la place Tiananmen ainsi que la grande avenue Chang An Jie sont interdites à la circulation. Des barrages aux portes du cinquième périphérique filtrent les véhicules qui viennent de l’extérieur. Ils seront maintenus pendant toute la durée de ces « deux sessions » (appelées « Liang hui » en chinois) qui vont s’étaler jusqu’au 13 mars. Au total, plus de 180 000 policiers et pompiers vont patrouiller dans les rues, secondés par les « volontaires pour la sécurité de Pékin ». Petits tabourets plantés sur les trottoirs des avenues et jusqu’aux ruelles du vieux Pékin, 560 000 citoyens « volontaires » ont été mobilisés pour l’occasion.

« Harmonie » sécuritaire

Comme son nom l’indique, la Conférence consultative politique du peuple chinois (CCPPC) n’est que consultative (cf. encadré ci-dessous). Cette année encore, les blogueurs devraient donc s’amuser à mettre en ligne les images des délégués endormis par dizaines sur les bancs du Palais de l’Assemblée du peuple, puis réveillés en sursaut à la fin de trop longs discours pourtant applaudis comme à la parade à chaque fin d’intervention. C’est donc véritablement l’Assemblée du peuple qui prendra les décisions. Selon l’enquête réalisée auprès de plus de 110 000 internautes par le site People.com.cn, l’opinion chinoise attend d’abord des avancées sur le plan social. Une meilleure protection sociale, une hausse des salaires et une lutte accrue contre la corruption arrivant en tête des requêtes formulées sur internet. Dans la rue, en revanche, les Pékinois semblent beaucoup plus résignés. « C’est surtout des bouchons supplémentaire au centre ville », confie un chauffeur de taxi.

La Chine se préparant à un changement d’équipe en 2012 avec un nouveau président et un nouveau gouvernement, il n’y a pas d’évolution à attendre pour le moment, affirme le professeur Ding Qi Zen (cf. interview). Pour le moment, les autorités restent fixées sur le thème de l’harmonie à tout prix. Un mot d’ordre qui est d’ailleurs en train de virer à l’obsession sécuritaire au vu des mesures prises récemment par les autorités. Plus de 200 militants et avocats des droits de l’homme auraient été arrêtés, indiquent les associations. Intimidations également de la presse étrangère. Les comptes internet de plusieurs médias ont subi des attaques informatiques, affirme le Club des correspondants étrangers à Pékin. Des douzaines de journalistes ont été convoqués par les bureaux de la sécurité publique et, beaucoup plus grave, lors du dernier rassemblement du « jasmin » un journaliste de Bloomberg a terminé à l’hôpital après avoir été roué de coups par des agents en civil en plein centre de la capitale.

Le bonheur, « une idée neuve » en Chine ?

Une attitude qui ne devrait pas évoluer dans l’immédiat. Le ministère chinois des Affaires étrangères vient en effet de redemander aux journalistes de « coopérer » et de « respecter la loi chinoise », tandis que sur internet le mouvement de contestation semble s’amplifier. Le nouvel appel au rassemblement pour dimanche prochain concerne 27 villes en Chine, contre 23 dimanche dernier. Ce qui ne devrait d’ailleurs pas changer grand-chose dans la rue. Avec la censure, très peu de Chinois sont informés de ces rassemblements et chaque dimanche donne surtout lieu à des manifestations de… policiers ! La deuxième économie du monde semble ainsi très loin d’une révolution. Pourquoi alors une telle fébrilité chez les autorités ? La réponse est peut-être à trouver dans ce sondage paru ce jeudi dans le China Daily.

A en croire le très officiel quotidien en langue anglaise, 6 % seulement des Chinois interrogés se disent heureux contre 82 % des Danois. La Chine arrivant ainsi à la 125e place pour ce qui est de la félicité. Le bonheur, « une idée neuve » en Chine ? C’est en tout cas l’un des thèmes les plus débattus du moment. Le Premier ministre chinois Wen Jiabao en a longuement parlé le week-end dernier lors d’un chat avec les internautes et le concept devrait rester l’un des thèmes forts de ce congrès. L’idée d’un « indice de félicité nationale » à la bhoutanaise, venant contrebalancer le seul PNB comme indicateur de bien être, ayant été suggéré par les assemblées populaires provinciales qui ont préparé ces sessions. Le communisme a en effet permis de sortir 300 millions de Chinois de la pauvreté en 30 ans, ne cessent de répéter les autorités, mais l’opinion chinoise continue malgré tout à se sentir victime de « pressions psychologiques », indique le sondage. Une manière « harmonisée » de dire les choses quand les contraintes sont souvent brutales et tout ce qu’il y a de plus physiques.

Des réformes pour calmer la contestation

C’est le cas par exemple pour les expulsions de terrains à la campagne, dénoncées par de nombreux intellectuels, y compris au sein du Parti. « La saisie des terres provoque non seulement une diminution des surfaces agricoles, mais elle constitue aussi un incroyable gâchis, estime l’avocat Zhang Tian Kui. Les dédommagements proposés aux paysans sont beaucoup trop bas par rapport à la valeur des terrains. Cela crée de la colère. La plupart de ces saisies sont illégales. Les personnes se sentent spoliées de ce qui les faisait vivre. Il faut d’urgence réformer la loi pour punir les abus sinon nous risquons l’explosion. » La stabilité est à ce prix mais la réforme est-elle possible ? Depuis quelques semaines, le gouvernement a sorti l’extincteur et multiplie les annonces pour tenter d’empêcher tout mouvement social. « La Chine va réévaluer la hausse du seuil d’imposition sur le revenu individuel afin de doper la croissance intérieure et alléger les charges fiscales des revenus bas et moyens », annonçait ce mercredi le Conseil des affaires d’Etat.

Un moyen parmi d’autres de faire face à l’inflation des prix alimentaires, plusieurs provinces ayant par ailleurs annoncé un relèvement du salaire minimum. Cela ne fera pas pour autant disparaître les inégalités, l’autre grande raison de la colère du peuple avec la corruption (cf. interview Ding Qi Zheng). « Le degré d’inégalité est actuellement de 0,47 selon le coefficient Gini qui le mesure », indique ce jeudi le journal Les Echos. « C’est plus que la barre du 0,4 considérée comme potentiellement dangereuse ». Corruption, inégalité, les mots reviendront probablement samedi lors de l’Assemblée populaire. En attendant, le porte-parole de la 11e CCPPC a préféré s’en tenir à un mot d’ordre beaucoup plus terre à terre mais aussi moins risqué. « La sécurité alimentaire est notre plus grande priorité », a affirmé Zao Qizheng lors de l’ouverture de cette 4e session.

CCPPC, APN et surtout PCC !

Sur le papier, la Conférence consultative politique du peuple chinois (CCPPC) et ses 2 200 délégués est un contre-pouvoir face à l’Assemblée nationale populaire (APN), l’organe législatif du régime : elle doit en juger l’action et attirer son attention sur les préoccupations des Chinois. Un rôle très symbolique puisque c’est le Parti communiste chinois (PCC) qui décide de sa composition. La majorité des membres en sont d’ailleurs issus. D’autres représentent les mouvements de jeunes, les organisations féministes ou différents domaines artistiques ou scientifiques. Des personnalités non affiliées politiquement y sont aussi nommées : le réalisateur Zhang Yimou ou l’actrice Gong Li sont membres de la conférence, même s’ils se font souvent remarquer par leur absence. Les huit partis minoritaires autorisés par le PCC y sont représentés. Souvent appelés « partis démocratiques » par la presse chinoise, ils ne constituent pas une réelle opposition. Ils sont rassemblés au sein d’une fédération qui est elle-même une émanation du parti communiste, et leur autorisation tient au fait qu’ils ont historiquement « soutenu sans équivoque le PCC » (sic).

Les délégués de la CPPCC ont un siège d’observateurs au sein de l’APN dont la session annuelle se tiendra à partir de samedi. Cela fera beaucoup de monde réuni dans la grande salle du Palais de l’Assemblée du peuple, puisque l’APN compte déjà 2 987 membres… dont les deux tiers sont issus du PCC.

L’APN est l’organe législatif de l’Etat chinois, dont les membres sont élus par un système dit de « suffrage plusieurs fois indirect ». Elle ne se réunit que quelques jours par an pour discuter des réformes majeures et d’en fixer le cap. Un Comité permanent de seulement 300 membres assure la tâche législative pendant le reste de l’année. Seule l’APN a le pouvoir de modifier la Constitution ou, comme cette année, de voter les plans quinquennaux qui planifient l’économie du pays. Enfin, elle nomme tous les cinq ans le gouvernement, le Premier ministre et le président de la République. C’est l’année prochaine que ces postes sont remis au vote. Pour l’aider à faire son choix, le Comité national du PCC se réunira quelques jours avant pour désigner son nouveau secrétaire général.

Par C.R.

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