Tibet / Chine

Le Dalaï Lama se retire de la vie politique

Le Dalaï Lama.
Le Dalaï Lama. Reuters/Joshua Roberts

Le Dalaï Lama a déclaré ce 10 mars qu'il renonçait à son rôle de chef politique tibétain. C'est une « ruse», a aussitôt objecté le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. Ce n'est pas la première fois que le prix Nobel de la Paix évoque son retrait mais cette annonce pourrait concrètement déboucher sur un vote au Parlement tibétain. Le Dalaï Lama reste toutefois le leader spirituel du boudhisme tibétain.

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Avec notre correspondant à Bombay, Mouhssine Ennaimi

C'est de Dharamsala dans le nord de l'Inde que le Dalaï Lama annonce son retrait de la vie politique. Dans son discours annuel marquant l'anniversaire du soulèvement du peuple tibétain, le leader spirituel propose de déposer des amendements lors de la prochaine session parlementaire. Le futur représentant politique des Tibétains sera donc «librement élu». Le Dalaï Lama reste toutefois le leader spirituel, et précise qu'il ne renonce pas par «découragement».

Pourtant des raisons d'être déçu, il y en a. En une dizaine de discussions avec Pékin, on ne peut pas dire que le dossier ait beaucoup avancé. Les relations exécrables entre la Chine et le Dalaï Lama, l'intransigeance des dirigeants chinois y sont pour beaucoup.

C'est peut-être une bonne nouvelle pour certaines associations tibétaines qui reproche au Dalaï Lama son absence de résultats et qui préconisent, elles, un durcissement de la ligne avec Pékin, la méthode douce n'ayant rien donné.

Pour le successeur, la tâche s'avère difficile. Car au-delà du rôle prédominant et central joué par le Dalaï Lama au cours de ces cinquante dernières années, il ou elle devra gagner la confiance du Parlement et de la communauté internationale mais aussi obtenir des résultats concrets et des concessions de la Chine.

Les Chinois dénoncent une « ruse »

Avec notre correspondant à Pékin, Stéphane Lagarde

Le Dalai Lama doit se réincarner, Pékin y tient et n’a peut-être jamais autant montré son attachement à cette tradition millénaire du bouddhisme tibétain. « Le Dalai Lama n’a pas le droit de choisir son successeur. Il doit suivre la tradition de la réincarnation », martèle le gouverneur du Tibet dans les allées de l’Assemblée nationale populaire.

C’est « un loup dans une robe de moine. Sa clique veut séparer le Tibet de la Chine », insiste Zhang Qingli, le secrétaire du Parti communiste chinois pour le Tibet, toujours en marge du Parlement chinois réunie ces jours-ci à Pékin.

La Chine qui administre la région autonome du Tibet, ne reconnait pas l’autorité des dignitaires religieux en exil. Ces derniers craignent qu’à la mort de leur leader, Pékin choisisse son successeur.

Pour les autorités chinoises, il ne s’agit là que d’une « ruse » : sous couvert de renoncer à son rôle politique, le chef spirituel des tibétains en exil chercherait en réalité à transmettre son pouvoir au travers de l’élection à un lama non acquis à la Chine.

Dans le rituel bouddhiste, à la mort du Dalaï Lama, ce sont les lamas supérieurs qui désignent un héritier. En 1995 un héritier avait été désigné par le Prix Nobel de la Paix. L’enfant avait été enlevé ainsi que toute sa famille, remplacé par le Panchen Lama. Le numéro deux dans la hiérarchie tibétaine, délégué lui aussi au Congrès de Pékin, affirmait ces derniers jours : « Les Tibétains n’ont jamais été aussi libres ».

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