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Afghanistan / Mort de ben Laden

Le leader de l’opposition afghane Abdullah Abdullah revient sur l'impact de la mort de ben Laden

Le leader de l’opposition afghane, Abdullah Abdullah.
Le leader de l’opposition afghane, Abdullah Abdullah. Reuters/Oleg Popov
Texte par : RFI Suivre
6 mn

Le leader de l’opposition afghane, Abdullah Abdullah, compagnon du commandant Massoud au temps de la lutte contre les talibans et al-Qaïda, il y a dix ans de cela, revient sur l’impact de la disparition de ben Laden le 1er mai dernier. Un impact qu’il juge très important pour l’avenir de son pays. Le docteur Abdullah est convié par l’IRIS, l’Institut de relations internationales et stratégiques, pour un colloque sur les dix ans de conflit passés en Afghanistan. Il répond aux questions de Sophie Malibeaux.

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RFI : En tant que leader de l’opposition en Afghanistan, et ancien ministre dans le gouvernement de Karzaï juste après la chute du régime taliban, Docteur Abdullah, comment ressentez-vous la mort d’Oussama ben Laden ?

Abdullah Abdullah : Oussama ben Laden a tué de nombreux Afghans. Il est responsable du meurtre de centaines, peut-être de milliers d’Afghans innocents avant de faire ce qu’il a fait ailleurs dans le monde, tuer des milliers d’innocents, comme ce fut le cas aux Etats-Unis. C’est également lui qui était derrière l’assassinat de feu Ahmad Shah Massoud, le chef de la résistance à l’époque. Il a eu beaucoup de sang sur les mains, et donc ce qui s’est passé est important pour les défenseurs de la paix, pas seulement dans le monde occidental, mais aussi pour les musulmans, car il avait pris l’Afghanistan en otage en établissant son réseau terroriste sur notre sol, en tuant des innocents de toutes origines, toutes religions confondues. Il considérait les talibans comme amis, mais le reste des gens, il les traitait, il « nous » traitait en ennemis. Le monde devrait être meilleur, débarrassé d’un tel personnage.

RFI : Est-ce que sur ce sujet, vous partagez la réaction du président Karzaï, qui a pointé du doigt le voisin pakistanais, du fait qu’il ait été retrouvé chez vos voisins ?

A. A. : Absolument, à ce sujet tous les Afghans s’accordent sur le fait que pour la plupart des leaders terroristes, Oussama ben Laden, qui vient d’être tué, mais aussi les chefs talibans et d’autres organisations terroristes, leurs sanctuaires, leurs états-majors, leurs camps d’entraînement, sont basés au Pakistan. C’est l’une des raisons profondes au fait que les troubles persistent en Afghanistan ainsi qu’au Pakistan même.

RFI : Quelle est votre analyse concernant la présence de ben Laden sur le sol pakistanais depuis si longtemps. Pensez-vous que le gouvernement civil en savait quelque chose ?

A. A. : Je ne pense pas que le gouvernement civil ait pu en être informé, mais les réseaux de soutien pour les organisations terroristes font partie de l’establishment pakistanais, pour certains d’entre eux. Ils sont également liés à d’autres réseaux établis sur le sol pakistanais sous couvert d’organisations dites « religieuses ». C’est une combinaison de ce type qui a permis d’apporter un soutien à Oussama ben Laden en pleine ville-garnison.

RFI : La mort d’Oussama ben Laden peut-elle favoriser les négociations entre les insurgés talibans et les autorités ?

A. A. : A court terme, cela peut avoir d’autres impacts mais je ne pense pas que cela encouragera les talibans à la négociation comme vous le dites. Les talibans eux-mêmes, ils croient dans l’instauration de leur propre système plutôt que de faire partie d’un autre système au sein duquel ils devraient négocier, dans lequel ils se feraient une place. Ce n’est pas du tout ce qu’ils ont en tête. Leur objectif est d’abolir le système, ils n’y ont pas renoncé.
En revanche, l’impact de la mort d’Oussama ben Laden se situe à un autre niveau. Il était la source d’inspiration de centaines, de milliers de gens qui sont venus de l’extérieur prêter main-forte aux talibans. Il était un guide, sur le plan stratégique, sur le plan spirituel, tout un symbole. Et en même temps, son nom était au centre de nombreux réseaux terroristes, il établissait la connexion. Donc personne ne pourra se substituer à lui dans les rangs d’al-Qaïda. Il leur faut un émir pour continuer.
Par ailleurs, les chefs talibans et autres leaders terroristes vont automatiquement perdre confiance dans l’ISI, les services secrets pakistanais, car ils vont se dire que l’ISI a finalement collaboré avec les Etats-Unis pour tuer Oussama ben Laden. Et même si ce ne fut pas le cas, c’est ce qu’ils penseront.
Enfin, en ce qui concerne les soutiens financiers pour les talibans (Oussama ben Laden était d’un grand recours pour eux dans ce domaine), là aussi il y aura un impact. L’effet de sa mort sera donc ressenti à plusieurs niveaux.

RFI : Est-ce que l’on doit en conclure que les forces étrangères en Afghanistan peuvent désormais commencer à restreindre leur personnel sur place et entamer leur retrait ?

A. A. : Je dirais que non. Les appels au désengagement ont commencé ici et là dans le monde depuis un moment déjà. Mais imaginons que les forces internationales aient quitté l’Afghanistan il y a un an, ou même seulement un mois, Oussama ben Laden aurait eu les mains libres et auraient pu se réinstaller pour mener ses activités à grande échelle. Je dirais donc qu’une transition est souhaitable, mais il faut qu’elle soit très progressive. Il faut qu’il reste derrière un environnement et des institutions qui puissent fonctionner de façon à prévenir tout retour en arrière. Il s’agit de saisir l’opportunité pour que les Afghans puissent vivre en paix à l’avenir, avec le reste du monde, libéré du terrorisme et d’autres maux.
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Les Editions de l’Arbre publient ce mois-ci un livre consacré au docteur Abdullah avec le titre « L’Afghan qui dit non aux talibans », par Patricia Lalonde (de l’ONG Mewa, partenaire de la fondation Massoud), et Anne-Marie Lizin, présidente honoraire du Sénat de Belgique, deux auteurs engagés dans la défense du droit des femmes.

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