Serbie

Lazarevo, le village où se cachait Ratko Mladic

Vue  général de la maison où Ratko Mladic a été arrêté, à Lazarevo.
Vue général de la maison où Ratko Mladic a été arrêté, à Lazarevo. Reuters

Le Tribunal spécial pour les crimes de guerre de Belgrade a formellement donné son accord au transfert de Ratko Mladic vers le TPIY de La Haye. L’accusé, qui a reçu la visite de sa famille dans la matinée de vendredi 27 mai 2011, a pourtant rejeté toutes les charges qui pèsent sur lui. Le scénario exact de l’arrestation de Ratko Mladic demeure entaché de fortes zones d’ombres et sème la confusion à Lazarevo, le village où a été arrêté Ratko Mladic.

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Perdu dans les mornes plaines qui s’étendent au nord de Belgrade, Lazarevo, 3 000 âmes, une école primaire, une petite église orthodoxe et trois bistros, sommeille sous le chaud soleil de la fin du mois de mai. C’est pourtant ici qu’a été arrêté Ratko Mladic, l’homme le plus recherché de Serbie. Jeud 26 mai 2011, des anonymes avait « rebaptisé » le village en « Mladicevo », en collant une feuille de papier sur le panneau d’entrée. Elle avait disparu vendredi matin.

« Nous sommes un village tranquille », explique Goran Grahovac, un fonctionnaire de la petite mairie du village. L’homme assure que personne n’a jamais vu Ratko Mladic, et que l’inculpé n’aurait jamais pu se cacher dans un village où tout le monde se connaît, va régulièrement chez les voisins pour boire un café, une eau-de-vie ou donner un coup de main. Goran Grahovac excuse ses compatriotes qui n’accueillent pas les journalistes avec enthousiasme, et exprime ses craintes pour l’avenir du village et sa réputation : « que va-t-il nous arriver si les gens des villages alentour pensent que nous avons livré Ratko Mladic ? Que nous l’avons vendu pour toucher les dix millions d’euros de prime offerts par le gouvernement ? »

Des membres de la famille de Ratko Mladic habitent à Lazarevo

Ratko Mladic compte au moins quatre cousins dans le village, où il se rendait de temps en temps pour de courts séjours en famille, y compris durant les années de guerre en Bosnie. Mais personne ne l’a vu ces dernières années, et personne n’a rien noté de suspect dans le comportement de son cousin Brane, chez qui le fugitif a été arrêté jeudi matin à l’aube.

Brane se trouvait dans sa maison au moment de l’arrestation, et il a été emmené par la police, mais il a été relâché en fin de journée. « S’il avait vraiment caché son cousin, vous croyez qu’il l’aurait laissé repartir », demande l’un de ces voisins. De fait, toutes les personnes suspectées d’avoir apporté une aide à des inculpés du TPIY s’exposent à de lourdes sanctions pénales en Serbie. Le voisin n’envisage qu’une seule hypothèse : Ratko Mladic a été emmené dans ce village par la police. « Ils n’auraient pas osé l’arrêter en plein centre de Belgrade, et le gouvernement voulait le livrer au moment qui l’arrangeait le plus », assure-t-il.

Le pope, en poste dans le village depuis deux ans, fait une autre révélation, troublante mais assez logique : la police venait fouiller plusieurs fois par mois les maisons des cousins Mladic. Il lance une autre hypothèse : malade, Mladic aurait négocié sa reddition, qui aurait été « mise en scène » dans le village de Lazarevo. Force est de constater que deux jours après l’opération, la police n’a toujours pas fait de communication officielle sur le déroulement des événements.

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