Biélorussie

La Biélorussie, en crise financière, appelle le FMI à son secours

Minsk, 22 mai 2011. Crise monétaire, manque de devises entraînent la disparition des produits dans les magasins.
Minsk, 22 mai 2011. Crise monétaire, manque de devises entraînent la disparition des produits dans les magasins. © Reuters/Vasily

Confrontée à un des déficits financiers les plus élevés au monde, la Biélorussie frappe à toutes les portes : à celle du Fond monétaire international et aussi de son puissant voisin russe. Moscou est disposé à prêter trois milliards de dollars à condition que la Biélorussie s’engage dans un vaste plan de privatisations dont les entreprises russes entendent profiter activement. Le FMI, lui, rendra sa décision sur la demande de crédit de Minsk le 14 juin 2011.

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Avec notre correspondante à Moscou, Madeleine Leroyer

La Biélorussie appelle le FMI au secours. L'ex-République soviétique demande un prêt -entre 3,5 et 8 milliards de dollars, selon l'AFP- au Fond monétaire international pour sortir de la crise financière dans laquelle elle est plongée depuis plusieurs mois. La demande a été formulée au permier jour d'une mission du Fond dans ce pays.

Les réserves de change sont passées de 4,5 milliards à 1,6 milliards de dollars entre septembre 2010 et aujourd'hui

Juan Carlos Rodado, économiste de la banque française de financement et d'investissement Natixis

Le président Alexandre Loukachenko, dont le régime est visé par des sanctions de l'Union européenne depuis la répression de l'opposition en décembre, est confronté à la plus grave crise économique depuis son arrivée au pouvoir il y a 17 ans.

La Biélorussie est plombée par un déficit abyssal, provoqué par la crise mondiale, mais aussi par la hausse du prix de l'énergie acheté à la Russie et par les dépenses somptuaires du régime.

Minsk n'a pratiquement plus de réserves de devises, et a dû dévaluer sa monnaie, le rouble biélorusse de 36% la semaine dernière. La Banque centrale a également relevé son taux principal de deux points à 16%.

Pour sortir du marasme, Minsk a fait appel à son grand voisin la Russie, avec laquelle elle a des relations fluctuantes. Ainsi, Moscou lui a longtemps vendu le gaz et le pétrole à prix cassé, Minsk faisant un bénéfice sur la réexportation. Mais la Biélorussie doit maintenant payer le prix du marché. Et quand la Biélorussie a demandé un prêt aux pays de l'ex-Union soviétique, Moscou a posé ses conditions. Alexandre Loukachenko l'a mal pris.

Le président biélorusse a beau répéter que l'Europe, par ses sanctions, tente de détruire son union fraternelle avec Moscou, la brouille s'est installée : le président biélorusse menace d'interdire les médias russes qui s'intéressent de trop près à la crise de son pays et créent la panique dans la population. Un correspondant russe d'une chaîne de télévision indépendante a été expulsé ce 31 mai et le Kremlin a aussitôt menacé de refuser le prêt de trois milliards de dollars tant attendu par Minsk.

Une croisade de Moscou en faveur de la liberté de la presse ? ironisent les éditorialistes russes. Certainement pas. Il s'agit plutôt de faire pression sur Alexandre Loukachenko pour qu'il rende au plus vite sa copie, le vaste plan de privatisations des entreprises d'État sur lesquelles lorgne la Russie. La remise de ce plan, qui prévoit la vente sur trois ans de près de 150 sociétés publiques et des parts de l'État dans des sociétés mixtes, soit un montant de 7,5 milliards de dollars d'actifs, est la condition posée par le ministre des Finances. Le principal enjeu : les gazoducs de Beltransgaz dont la société russe Gazprom a déjà acquis 50% du capital.

La Biélorussie et la Russie sont donc à nouveau en froid, et le prêt, qui aurait du être approuvé le 4 juin, pourrait bien ne pas être accordé. C'est pourquoi Minsk n' a plus d'autres solution que de se tourner vers le FMI. L'organisation ne prêtera pas sans condition et exigera un programme de privatisations et une lutte réelle contre la corruption.

Alexandre Loukachenko est président de la Biélorussie depuis 1994. Il a été réélu en décembre 2010 avec 80% des voix. Dans les 24h qui suivent son élection dénoncée comme frauduleuse, des violences, vraisemblablement mises en scène par les autorités, éclatent et des centaines d'opposants sont arrêtés.

Admirateur d'Adolf Hitler, Loukachenko, bientôt 57 ans, ancien directeur de sovkhose, est présenté alternativement comme le dernier dictateur européen ou le Staline biélorusse. Le président se vante d'avoir été le seul député à voter contre la dissolution de l'Union des républiques socialistes soviétiques en 1991. 

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À consulter :

Le triste avenir de la Biélorussie. Article Fenêtre sur l'Europe 1/6/2011. 

 

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