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Asie du sud-est

Paracels et Spratleys: sept pays, deux archipels

Des manifestants qui se dirigent vers l'ambassade de Chine à Hanoï, au Vietnam. La Chine et le Vietnam se disputent les îles inhabitées de Paracels et Spratlys, riches en ressources naturelles.
Des manifestants qui se dirigent vers l'ambassade de Chine à Hanoï, au Vietnam. La Chine et le Vietnam se disputent les îles inhabitées de Paracels et Spratlys, riches en ressources naturelles. REUTERS/Stringer
Texte par : Georges Abou
6 mn

A quelques jours de la conférence ministérielle de l’Association des nations d’Asie du sud-est (ANASE ou Asean), les pays-membres, associés et invités se préparent à une vive discussion sur la question de la souveraineté sur les archipels Paracels et Spratleys, réputés riches en matières premières. Au cours de ces derniers mois Pékin a manifesté une fermeté inhabituelle sur cette revendication, qualifiée d'« agressive » par ses voisins qui veulent un arbitrage multilatérale et sollicitent, pour certains d’entre eux, l’aide militaire des Etats-Unis.

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En 2010, c’est le conflit territorial entre deux pays-membres, la Thaïlande et le Cambodge, à propos de la zone frontière entourant le temple cambodgien de Preah Vihear qui avait marqué le sommet de l’Association des nations d’Asie du sud-est (ANASE ou Asean). Cette année, ce sont les conflits de souveraineté maritimes sur les archipels Spratleys et Paracels, confettis âprement disputés entre la Chine et la moitié des dix Etats-membres (Indonésie, Brunei, Malaisie, Philippines et Vietnam) ainsi que Taïwan, qui domineront vraisemblablement les débats. En tout cas c’est une question incontournable de la réunion préparatoire du XIXème sommet qui se tient sur l’île indonésienne de Bali jusqu’au 23 juillet. Cette année encore, l’organisation économique sous-régionale est rappelée à l’ordre par la politique internationale.

Sur la scène diplomatique, les principaux acteurs sont d’ores et déjà en bon ordre de bataille. Bien qu’elle ne soit que membre associé, la Chine, que les revendications territoriales désignent comme le principal accusé de l’affaire en raison de ses appétits nationalistes, va dépêcher son ministre des Affaires étrangères pour tenter de désamorcer la crise. La tâche sera rude pour Yang Jiechi. Depuis quelques mois les épisodes se sont multipliés. Les flottes des différents pays battent inlassablement leurs pavillons respectifs sur les zones litigieuses. Les bateaux de pêche, les bâtiments de recherches océanographiques, les marines nationales sont « au contact ». Dans ces conditions, les provocations sont inévitables. Les incidents se sont multipliés, l’atmosphère s’est dégradée et le niveau confiance est finalement tombé au plus bas entre les riverains de la « mer de Chine méridionale », selon l’appellation la plus courante.

« Compenser la diplomatie d’intimidation »

Dans cette ambiance tendue, face à une Chine toute-puissante, le soutien des Etats-Unis est convoité par la plupart des pays de la région inquiets des manifestations unilatérales de souveraineté chinoises sur les archipels disputés. Face à l’attitude de Pékin, qualifiée « d’agressive », la flotte américaine du Pacifique est sollicitée pour des manœuvres conjointes. En tout cas sa présence est plutôt saluée que rejetée, sauf par Pékin, agacé par cette présence, et dont les ambitions navales toute neuve sont encore très loin du niveau de la puissance militaire déployée par les Etats-Unis sur la zone. L’Amérique peut donc se prévaloir à la fois du titre de pays ami, de pays-riverain, de puissance régionale et de nation ayant en partage des intérêts avec les pays asiatiques réunis à Bali, ne serait-ce qu’au titre de la liberté de naviguer librement sur cette partie de l’océan. Pour toutes ces raisons, Washington aura un représentant à la réunion en la personne de sa secrétaire d’Etat Hillary Clinton bienvenue pour « compenser la diplomatie d’intimidation » de Pékin, souligne l’universitaire australien Carl Thayer.

Reste que cette attitude « agressive » manifestée par Pékin au cours de ces derniers mois ne cesse d’interroger, voire d’effrayer, ses voisins. D’autant que la Chine, puissance continentale incontestable, n’a pas de tradition navale ancienne et suffisamment forte pour engager l’épreuve de force sur ces territoires contestés dont on présume qu’ils sont riches en matières premières, éventuellement en hydrocarbures, mais sans en avoir aucune certitude.

Les revendications chinoises sur les archipels sont anciennes et officiellement affirmées en 1947, avec la publication par l’administration chinoise d’une carte marine situant sans ambigüité les deux archipels dans les limites des eaux territoriales nationales. C’est une période d’instabilité au cours de laquelle les pays riverains font face à des difficultés internes, instabilité politique et guerres de décolonisation qui renvoient à plus tard le règlement du problème. Lorsque, par exemple, les Vietnamiens viennent faire valoir leurs propres revendications au tournant des années 70 et 80, ils sont brutalement renvoyés chez eux. Face à l’intransigeance chinoise, Vietnamiens et Philippins finissent par conclure des accords bilatéraux qui ne règlent rien, mais gèlent les positions.

Un test entre Pékin et Washington

Finalement, c’est en 2002 que les membres de l’Asean et Pékin finissent par conclure un code de bonne conduite. Là encore, l’accord ne règle rien. Il prévoit « la résolution du différend par des moyens pacifiques, sans recours à la menace ni à la force, à travers des consultations et des négociations amicales ». Tant est si bien que jusqu’ici, malgré cette « étape significative », l’état de fait chinois est durablement installé et que la volonté de Pékin est de poursuivre sur la voie des négociations bilatérales au cours desquelles elle peut peser de tout le poids de son inertie pour que rien n’avance. Désormais ses partenaires en appellent au multilatéralisme, et notamment des Philippines qui à la fois veulent recourir à l’ONU et réclament l’aide militaire des Etats-Unis.

La Chine est furieuse. Car le seul véritable face-à-face qui vaille est de nature stratégique, entre les deux superpuissances, et il a lieu précisément actuellement en mer de Chine et en mer Jaune. C’est un test, grandeur nature, de la puissance respective des deux rivaux et partenaires. Jusqu’ici ce face-à-face avait pour théâtre principal les eaux du Japon et de la péninsule coréenne. Depuis quelques mois il s’est étendu aux eaux chaudes du sud de la région. Pékin veut voir Washington s’éloigner de son arrière-cour. C’est en tout cas ce que va plaider son ministre des Affaires étrangères samedi 23 juillet, à Bali. « La Chine et les pays voisins ont la capacité et la sagesse de gérer correctement le problème de la mer de Chine méridionale » ; « Nous ne soutenons pas le fait de renvoyer les disputes bilatérales à un cadre multilatéral et nous nous opposons à l’ingérence des puissances extérieures dans ce dossier », indiquait l’édition du China Daily datée du 20 juillet.

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