Inde

Anna Hazare, symbole de la lutte anticorruption en Inde

Anna Hazare, après son arrestation à New Dehli le 16 août 2011
Anna Hazare, après son arrestation à New Dehli le 16 août 2011

Anna Hazare, un gandhien de 74 ans incarne un mouvement de protestation que l'Inde n'avait pas connu depuis des décennies. Depuis le début de la semaine des dizaines de milliers d'Indiens, principalement de la classe moyenne, sont descendus dans les rues de New Delhi, de Bombay et de Chennai pour crier leur ras-le-bol et soutenir Hazare qui est devenu le fer de lance de la lutte contre la corruption.

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Inspiré par les méthodes non-violentes du Mahatma Gandhi, ce militant a décidé d'entamer une grève de la faim pour pousser le gouvernement à adopter une législation plus stricte contre ce mal endémique. La corruption, qui a pris des proportions alarmantes, gangrène tous les secteurs de la vie économique et sociale, a entraîné la colère de la population. Les pots-de-vin sont devenus monnaie courante dans la société indienne touchant au passage la classe politique. Le gouvernement indien peine d'ailleurs à s'en débarrasser et ne cesse d'accumuler des scandales depuis plusieurs mois.

Et depuis l'annonce de sa grève de la faim « jusqu'à la mort », Anna Hazare est devenu le héros de tout un peuple. Ce militant, admirateur de Gandhi avec qui il partage une certaine ressemblance physique, n'en est pas à son premier combat. Il a débuté sa carrière dans l'armée indienne en tant que chauffeur. Au tout début de son service il avait même envisagé de se suicider. Mais c'est en découvrant un livre de Swami Vivekananda, grand philosophe indien du 19e siècle, qu'Anna Hazare décide de dédier sa vie au bien-être de l'humanité, en oeuvrant à « améliorer le quotidien des gens ordinaires » ( cf. site annahazare.org). En 1978, au bout de quinze années de service militaire, il quitte l'armée et retourne sur sa terre natale dans l'Etat du Maharashtra, au nord-ouest de l'Inde.

Une renommée internationale

Anna Hazare, de son vrai nom Kisan Bapat Baburao Hazare est très connu dans son village natal, Ralegan Siddhi, qu'il a réussi à transformer en village modèle d'auto-suffisance. Un exemple qui sera appliqué à de nombreux autres villages à travers l'Etat du Maharashtra. Les moyens employés par Hazare ont eu un impact considérable sur l'environnement notamment en approvisionnant en eau des régions rurales durement touchées par la sécheresse. Son activité s'est également développée dans les domaines sociaux. La lutte contre l'alcoolisme ou l'illettrisme a fait partie de ses investissements qui lui a apporté une reconnaissance nationale et internationale.

Sa grève de la faim de trois jours en avril dernier à New Delhi n'était pas la première dans sa carrière d'activiste social. Hazare avait déjà eu recours à ce moyen de contestation pacifique, à l'image de son mentor Gandhi mondialement connu pour sa lutte non-violente contre l'administration britannique à l'époque coloniale. Dans un jeûne précédent, il avait réussi en 2005 à faire voter une loi sur le droit à l'information.

Un mouvement d'ampleur nationale

Aujourd'hui Hazare n'est pas le seul à protester en utilisant l'arme de la grève de la faim comme moyen de pression pour faire plier le gouvernement sur un problème aussi brûlant qu'est la corruption. Mais il est le seul à avoir déclenché en seulement quelques jours un mouvement d'ampleur nationale. Ce mouvement a été fortement encouragé à travers les réseaux sociaux.

Pour la grande majorité de la classe moyenne indienne, Anna Hazare représente la nouvelle icône de la lutte anti-corruption. Son aura et sa ressemblance physique avec le Mahatma Gandhi plaisent particulièrement aux plus jeunes. Sa lutte pour le changement inspire aujourd'hui des millions d'Indiens écœurés par la corruption au quotidien. Reste à savoir si la grève de la faim de 15 jours qu'Anna Hazare entame le vendredi 18 août, débouchera. Un rêve qui pourrait peut-être devenir réalité dans la plus grande démocratie du monde.

Avec notre correspondant à New Delhi, Sébastien Farcis

Le juge d’une Haute Cour fédérale vient d’être démis de ses fonctions par la chambre haute indienne, pour des faits de corruption. C’est une première dans le pays, et cela arrive comme par hasard au moment où des dizaines de milliers d’Indiens sont dans la rue en train de demander une loi plus sévère pour punir les fonctionnaires corrompus.

Soumitra Sen rentrera certainement dans l’histoire. Non comme juge, mais comme le premier qui ait été démis de ses fonctions pour corruption. Ce juge de la Haute Cour de Calcutta a été reconnu coupable d’avoir détourné l’équivalent de 30 000 euros quand il était avocat il y a 20 ans.
Une affaire ancienne, pour une somme insignifiante, comparée aux scandales de corruption qui ont éclaboussé les ministres du gouvernement ces derniers mois. Mais une affaire qui tombe bien, pour les parlementaires qui veulent montrer au peuple que des solutions existent contre la corruption.

Mais cette destitution semble plutôt être l’exception qui confirme la règle : cette procédure n’a été initiée qu’une seule fois auparavant. C’était il y a 18 ans, et la majorité des députés s’étaient alors abstenus. La chambre basse doit encore se prononcer la semaine prochaine pour sceller le sort du juge de Calcutta.

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Le site de Anna Hazare

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