Corée du Nord

En Corée du Nord, le dictateur Kim Jong-il est mort

Le leader nord-coréen Kim Jong-il (D) et son fils Kim Jong-un (2eG) lors d’une parade militaire à Pyongyang, le 9 septembre 2011.
Le leader nord-coréen Kim Jong-il (D) et son fils Kim Jong-un (2eG) lors d’une parade militaire à Pyongyang, le 9 septembre 2011. Reuters/KCNA

La mort de Kim Jong-il, le président de la Corée du Nord, a été annoncée ce lundi 19 décembre 2011 par la télévision d'Etat nord-coréenne. Il est décédé d'une crise cardiaque samedi 17 décembre. C'est l'un des fils du dictateur, Kim Jong-un, qui a immédiatement été désigné comme son successeur. Les funérailles de Kim Jong-il ont été fixées au 28 décembre.

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Avec notre correspondant à Séoul,Frédéric Ojardias

Annonce officielle du décès de Kim Jong-il

Dès ce lundi matin, la télévision officielle nord-coréenne avait annoncé une émission exceptionnelle à midi, heure coréenne. Mais personne ne s'attendait à une telle annonce : à midi, une présentatrice au bord des larmes a annoncé le décès de Kim Jong-il.

Selon l'annonce officielle, le président de la Corée du Nord serait mort de fatigue il y a deux jours, d'un arrêt cardiaque, alors qu'il voyageait en train à travers tout le pays. Une façon pour l'appareil de propagande de dire qu'il est mort en travaillant pour son peuple.
Dès l'annonce de sa mort, les télévisions sud-coréennes ont interrompu leurs programmes. Le gouvernement sud-coréen a aussi annoncé qu’il mettait l’armée en état d'alerte.

Un règne sans partage et sans quartiers

Toute sa vie, Kim Jong-il a régné d'une main de fer sur son pays. Né en 1942 – selon sa biographie officielle-, il est le fils de Kim Il-sung, le fondateur du très autoritaire régime communiste nord-coréen. A la mort de ce dernier en 1994, il prend sa succession. Mais il n'a jamais relâché l'emprise du régime sur sa population, ni ouvert son économie.

Son bilan est catastrophique : dès les premières années de son règne, une terrible famine touche le pays, qui a fait près d'un million de morts. « Le grand leader », comme il était surnommé, laisse un pays à l’économie en ruines, souffrant de pénuries alimentaires chroniques, d’une corruption rampante. La Corée du Nord est également l'objet de sanctions internationales pour son programme nucléaire et ses tirs de missiles. On estime aussi que des centaines de milliers de Nord-Coréens sont toujours détenus dans des camps de concentration.

Très malade depuis 2008, il avait désigné son plus jeune fils, Kim Jong-un, pour lui succéder. Mais celui-ci n’a même pas 30 ans, il manque d’expérience, et beaucoup se demandent si cette succession imposée sera accepté par les caciques du parti, la vieille garde toujours au pouvoir, et en particulier la toute-puissante armée du Nord.

Le président sud-coréen a lancé un appel au calme ce lundi et a demandé à chacun de continuer le travail. Il s’est entretenu au téléphone avec le président américain, Barack Obama. Les Etats-Unis, qui ont 28 500 soldats stationnés en Corée du Sud, sont en effet le grand allié militaire de Séoul.

Le gouvernement du Sud a mis son armée en état d’alerte et a renforcé les activités de surveillance de la frontière. Une cellule de crise a été mise en place, notamment pour évaluer l’impact de mort de Kim Jong-il et de la période d’instabilité qui s’annonce sur l’économie. L’Assemblée nationale a aussi organisé une session parlementaire d’urgence.

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Midi trente, la gare de Séoul voit surgir des uniformes, l'état d'alerte «Bisang Kyung-gae» a été décrété, annonce le présentateur sur l’écran. RFI/Stéphane Lagarde

A la clôture, la bourse à Séoul a perdu 3,43%. Ici, c’est donc surtout l’inquiétude qui règne, avec des télévisions qui ont interrompu leurs programmes et qui ne parlent que de cela. Et personne ne peut prédire ce qui va se passer dans les prochains jours au Nord et quelles seront les conséquences pour l’économie sud-coréenne.

Quant aux associations des droits de l’homme, elles ont exprimé leur espoir de voir la situation humanitaire s’améliorer au Nord. L’ONG sud-coréenne NKnet a ainsi déclaré : « Nous n’avons pas pu envoyer Kim Jong-il devant le tribunal pénal international. Ce sera donc l’histoire qui le jugera ».

La mort de Kim Jong-il risque de ne rien changer à la situation, il faut que le monde nous aide

Les Sud-Coréens apprennent la nouvelle à la gare de Séoul

Réactions au Japon et aux Etats-Unis

Parmi les premières réactions à la mort de Kim Jong-il, le Premier ministre japonais invite son gouvernement à se préparer à toute conséquence inattendue, notamment sur les questions financières et frontalières, tout en présentant ses condoléances aux Nord- Coréens. Les Etats-Unis, quant à eux, surveillent de près la situation, annonce le porte-parole de la Maison blanche qui appelle à maintenir la stabilité dans la péninsule.
 

Tout comme pour son père, on ne connaît pas bien l'âge de Kim Jong-un, 27 ou 28 ans. Ce n'est bien évidemment pas une surprise que ce soit lui qui soit désigné ce matin pour succéder à son père. Après tout, la Corée du Nord est la seule dictature héréditaire au monde, la dictature des Kim - Kim Il Sung, le grand-père et fondateur de la Corée du Nord, Kim Jong-il le père, et maintenant Kim Jong-un, le plus jeune des trois fils.

Au mois de septembre, Kim Jong-il qui savait sa santé fragile était allé en Russie pour discuter énergie et aide alimentaire, mais il serait aussi allé s'assurer du soutien russe à son fils lorsque celui-ci hériterait du pouvoir. Kim Jong-un était déjà sur la bonne voie militaire et politique, puisqu'il est depuis l'an dernier général quatre étoiles, vice-président de la Commission militaire centrale du parti, et donc héritier désigné.

Ce n'est d'ailleurs que depuis l'année dernière que l'on dispose d'une photographie récente de l'héritier, la précédente datait de plus de dix ans. On sait peu de choses sur Kim Jong-un, hormis le fait qu'il a étudié en Suisse, qu'il est amateur de basket, et qu'il souffrirait, comme son père, de diabète.

L'an dernier, la propagande locale avait commencé à le mettre sur le devant de la scène, parlant du « jeune capitaine » ou du « jeune général ». Il ressemble beaucoup à son père, aussi bien pour le physique que pour la personnalité, et c'est ce qui aurait motivé le choix de Kim Jong-il. L'objectif étant évidemment que le très dur régime nord-coréen ne bouge pas d'un pouce.
RFI

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