Afghanistan / Etats-Unis

Afghanistan: le président Karzaï réclame le contrôle de la prison de Bagram

Le centre de détention de Bagram, situé sur une base militaire américaine au nord-est de Kaboul.
Le centre de détention de Bagram, situé sur une base militaire américaine au nord-est de Kaboul. AFP / Massoud Hossaini

Le président afghan, Hamid Karzaï a demandé jeudi 5 janvier 2012 aux Américains de transférer à son gouvernement, d'ici à un mois, le contrôle de la prison de Bagram. Ce centre de détention situé dans une base militaire américaine au nord de Kaboul est devenu célèbre pour les sévices et tortures subis par les prisonniers. Par ce geste le président Karzaï affiche son désaccord et son irritation face à la stratégie de Washington avec les talibans. Le département d'Etat américain a répondu jeudi soir que le transfert de contrôle devait se faire de manière «raisonnable».

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En perte de crédibilité, à la tête d'un gouvernement gangréné par la corruption et le népotisme, Karzaï, qui est aussi accusé par une grande partie des Afghans d'être la marionnette des Américains, cherche par tous les moyens à restaurer sa légitimité.

Et le choix de Bagram n'est pas un hasard. Dans l'esprit des Afghans, cette prison est le symbole par excellence de l'occupation américaine. Personne ne connaît le nombre exact de prisonniers qui y ont été enfermés depuis son ouverture, il y a dix ans. Ils seraient plusieurs centaines, en majorité des Afghans. Les Pakistanais sont les plus nombreux parmi les détenus étrangers.

Aucune association humanitaire n’a le droit d’y pénétrer, sauf le CICR (Comité international de la Croix-Rouge) qui a fait quelques visites ; on ne sait absolument pas ce qui s’y passe. Les détenus de Bagram n’ont pas les mêmes droits que (ceux) de Guantanamo… on n’a aucune idée des conditions de détention même si on sait qu’elles sont plus dures qu’à Guantanamo…

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Reprendre l'initiative politique

La volonté du président afghan a peu de chances d'aboutir car le centre de détention est situé à l'intérieur même de la base aérienne américaine. Un véritable transfert de contrôle aux Afghans ne serait donc envisageable et possible qu'après le départ des troupes américaines en 2014.

Mais derrière cette initiative, Hamid Karzaï tente en réalité de manifester toute son autorité présidentielle malmenée, entre autres, par ce processus de négociation avec les talibans qui lui échappe totalement. Car c'est désormais décidé : les discussions de paix auront lieu à l'étranger, comme voulu par Washington, et se tiendront au niveau bilatéral entre Américains et talibans, probablement sans lui, Hamid Karzaï.

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