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L'âme politique des trésors culturels maori

Hinemoa Awatere portant un taiaha lors du Hikoi (marche de protestation traditionnelle) contre la nationalisation des plages et fonds marins, Wellington, 2004.
Hinemoa Awatere portant un taiaha lors du Hikoi (marche de protestation traditionnelle) contre la nationalisation des plages et fonds marins, Wellington, 2004. Michael Hall

Découvrir la culture maori vue par les Maori. C’est ce que propose l’exposition Maori, leurs trésors ont une âme jusqu’au 22 janvier avec un dernier week-end en accès libre et de nombreuses activités gratuites. Après la fermeture de cette exposition au quai Branly à Paris, la France clôturera un chapitre noir. Elle restituera officiellement toutes les têtes de guerriers maori tatouées et momifiées en sa possession au Musée Te Papa à Wellington.

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Ce ne sont pas des vestiges d’un temps révolu, mais un grand drapeau de lutte et des photos de marches protestataires qui nous accueillent dans cette étonnante exposition au musée du quai Branly. Autant de signes forts quant à la dimension politique de ce parcours artistique de la culture maori qui est souvent réduite au « haka », la fameuse danse de l’équipe  néo-zélandaise de rugby, les All Blacks. « Chez les Maori, l’art est politique et identitaire, confirme Magali Mélandri, la commissaire de l’exposition. Les objets sont présentés dans cette exposition parce qu’ils racontent la généalogie des gens, l’attachement à un territoire, l’attachement à une cosmogonie d’origine, à une mythologie. Ils sont porteurs de l’identité et de la culture maori. Ils accompagnent tous les actes historiques et politiques de revendication. »

Les gens du lieu

 Les Maori constituent aujourd’hui 14,6 % de la population néo-zélandaise. Entre le 12e et 14e siècle, ils sont arrivés par canots (« waka ») de la Polynésie centrale sur la terre de la Nouvelle-Zélande. Le terme Maori est né du contact avec les Européens. Quand les explorateurs hollandais Abel Tasman et anglais James Cook arrivent au 17e et 18e siècle, les gens du lieu seront désignés « Maori ».

Le parcours fait corps avec les objets exposés qui ne tranchent pas entre le passé et le présent. Pour cela Maori, leurs trésors ont une âme se lit aussi comme un grand manifeste en faveur de la « Tino rangatiratanga » (autodétermination maori) contre la Couronne britannique. Ils font savoir que le traité de Waitangi, signé en 1840 entre les Britanniques et les Maori et qui reconnaît la colonisation, n’a jamais tenu ses promesses de garantir la possession de leurs terres aux Maori. En 1975, près de 40 000 personnes ont participé à la Marche maori pour la Terre. Ils ont parcouru 1 126 kilomètres jusqu’au Parlement de Wellington pour protester contre la perte continuelle des terres maori. En 1978, l’occupation de Bastion Point (Takaparawha) à Auckland contre un plan de construction immobilière sur ces terres ancestrales marque les esprits. Les maisons de réunion ancestrale (« wharenui ») ont joué un rôle important dans ce mouvement en servant comme lieux de rassemblements et d’affirmation de leur identité. En 2004, la marche de protestation pour le littoral et les fonds marins met à nouveau en exergue la détermination des Maori. Des revendications qui ont suscité un renouveau de la culture maori : l’art du tatouage (ta moko), les instruments traditionnels, les rites sociaux comme la course de pirogues, l’adaptation du Maori Language Act en 1987 qui a fait du maori une des langues officielles de la Nouvelle-Zélande parlée dans la vie quotidienne comme à la télé ou à la radio.

« Le passé est devant, l’avenir est derrière »

Les 250 pièces historiques et emblématiques exposées respirent une grande diversité : un triptyque de paysages en vidéo côtoie un véritable canot à voile à double coque et des grands trésors de petite taille des temps anciens, les « taonga tawhito », datant de 1100 à 1300, la période de la plus ancienne colonisation de la Nouvelle-Zélande Aotearoa. Que des installations contemporaines se mêlent aux trésors ancestraux, ce n’est pas une marotte d’un commissaire français, mais la décision des Maori de présenter ainsi leurs chefs-d’œuvre qui font en permanence la liaison entre le présent, le passé et le futur. Comme dit le proverbe : I Mua I Muri » (Le passé est devant, l’avenir est derrière).  

Les ancêtres vous guident et vous accompagnent dans le présent.

Magali Mélandri, responsable de collection Océanie au musée du quai Branly et conseillers scientifique de l'exposition Maori, leurs trésors ont une âme.



Dans le monde maori, les trésors ont une âme, explique Magali Mélandri, la commissaire scientifique de l’exposition : « Beaucoup d’objets qui sont présentés ici ont été transmis de génération à génération. Ils portent en eux la présence des ancêtres qui ont porté au paravent ces objets. Ils sont investis de cette présence ancestrale, cette âme des ancêtres est encore aujourd’hui dans les objets. Ce qui fait que ces objets ont autant de « mana », de pouvoir en eux et que les Maoris les considèrent comme chargés de cette présence. Ils ne sont pas des objets morts. On professe des paroles envers eux qui s’adressent aux ancêtres pour les honorer et les commémorer. »

La généalogie est très importante dans la culture maori. Ils l’ont mise en scène à travers  la restitution d’une grande maison de réunion ancestrale (« Whare Tupun ») et d’un spectaculaire moulage d’un ancêtre très respecté, le chef Wiremu Te Manewha. Le tatouage traditionnel (moko), qui recouvre tout son visage, illustre et ses liens avec son tribu (iwi) et son lien avec la maison de réunion ancestrale (whare tupuna) ainsi qu'avec le canot de ses ancêtres (Tainui).
 

Le vocabulaire stylistique

La confrontation avec les Européens a visiblement changé l’art maori, observe la commissaire Magali Mélandri : « L’arrivée des Européens a modifié le vocabulaire stylistique de certains objets. On voit une amplification des choses qui étaient intrinsèquement déjà présentes dans l’art traditionnel. Du fait de l’apport d’un outillage en métal, alors qu’initialement l’outillage était fait en pierre essentiellement. Cela a permis un surdéveloppement de ce décor déjà très enveloppant et très envahissant qu’on lit sur certains des objets, le travail des sculptures, un travail plus en détail, en finesse, en approfondissement du motif qui lui, par contre, a une racine plus ancienne que l’arrivé des Européens. »
 
Aujourd’hui, les artistes contemporains maori ont rejoint l’art contemporain mondialisé. L’installation vidéo de Natalie Robertson reflète la multiplicité de leur démarche. Elle montre des images sublimes d’une chute d’eau, d’un lac, elle montre des montagnes habitées par la mythologie, mais en même temps on aperçoit une usine de papier qui rejette des déchets toxiques dans l’eau aux alentours qui provoquent des cancers chez les habitants. L’artiste Reuben Paterson mixe des motifs maori en animation numérique avec les mouvements pop des années 1970.  Michael Parekowhai, lui, expose un piano de bronze avec un taureau debout (« Chapman’s Homer ») dans le Jardin du musée du quai Branly. « Les jeunes artistes rejoignent un dialogue international, pas en tant qu’artiste maori, mais comme artiste contemporain, explique Magali Mélandri.Vous avez eu à la dernière Biennale d’art contemporain de Venise l’artiste Michael Parekowhai qui est d’origine maori. Son discours le rattache à certains éléments de sa propre culture, mais dans la forme, son dialogue très interactif avec d’autres expressions n’a pas une spécificité maori. »

Lors d’une cérémonie organisée au musée du quai Branly le 23 janvier 2012 en présence du ministre français de la Culture, Frédéric Mitterrand, pour marquer la fin de l’exposition consacrée aux Maori, la France remettra officiellement à la Nouvelle-Zélande les 20 têtes maori conservées dans les musées français.
Après une longue polémique, le Parlement français avait finalement autorisé en mai 2010 la restitution.
Longtemps ces têtes ont été considérées comme objets de collection et non pas comme restes humains à respecter. Les musées français avaient peur de perdre la main sur leurs collections et leurs réserves avec la nouvelle loi qui va à l’encontre du principe de l’aliénabilité des objets, spécifique à la France.
Le 9 mai 2011, le muséum d’Histoire Naturelle de Rouen avait fait le premier pas en restituant une tête de guerrier maori tatouée et modifiée, apportée en 1875 par un particulier à sa collection.
La Nouvelle-Zélande exige depuis 1980 le retour de ces quelque 500 têtes dispersées dans les musées de la planète, dont une vingtaine en France (Paris, La Rochelle, Lyon, Rochefort, Dunkerque, Rouen, Lille, Marseille, Montpellier, Nantes). Sur le plan international, 322 têtes maori ont déjà été rapatriées sur leurs terres ancestrales.

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Maori, leurs trésors ont une âme, jusqu’au 22 janvier au musée du quai Branly.
Le 21 et 22 janvier, l’accès à l’exposition, les ateliers et rencontres sont en accès libre et gratuit dans la limite des places disponibles.

- Le site du Musée de la Nouvelle-Zélande Te Papa Tongarewa à Wellington.

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