Accéder au contenu principal
Turkménistan

Au Turkménistan, les obsessions mégalomanes du président Berdymoukhamedov

Gourbangouly Berdymoukhamedov sur son cheval.
Gourbangouly Berdymoukhamedov sur son cheval. AFP/IGOR SASIN
6 mn

La mégalomanie du président turkmène est bien entretenue. A l’occasion de la Journée du melon turkmène dans la capitale Achkhabad, une cucurbitacée de la sorte a été baptisée « Arkadag », « protecteur » en français. Arkadag est l’un des multiples titres que s’est adressé Gourbangouly Berdymoukhamedov. De quoi faire gonfler un peu plus les chevilles du président-dictateur de ce pays d’Asie centrale parmi les plus reculés au monde.

Publicité

Depuis la chute de l’URSS et la création de la République du Turkménistan qui s’en est suivie, deux présidents hors du commun ont tenu tour à tour les rênes du pouvoir. De 1991 jusqu’à sa mort en 2006, c’est Saparmourat Niazov qui dirige le pays. Premier secrétaire du Parti communiste de la République soviétique du Turkménistan sous l’URSS, il installe dès ses premiers jours de pouvoir un véritable culte de la personnalité. Niazov fait ériger une statue de 12 mètres de haut dorée à l’or fin. Juchée sur une arche de 75 mètres de hauteur, la statue tourne alors sur elle-même pour être toujours face au soleil.

Saparmourat Niazov colle son visage dans les moindres recoins du pays, sur les billets de banque, les bouteilles de soda, et de vodka bien entendu. Il ne s’arrête pas là : le dictateur se prend de plus en plus pour un être suprême et se rebaptise turkmenbachi, le chef de tous les Turkmènes. La date de son anniversaire est alors celle de la fête nationale. Il rebaptise également les mois de l'année et les jours de la semaine en l'honneur de sa famille ; et a évidemment lui aussi un melon baptisé en son honneur.

Lors de son accession au pouvoir en 2007 grâce à une modification constitutionnelle rusée, le nouveau président Berdimoukhamedov laisse penser que ce culte fantasque de la personnalité a vécu et que les choses doivent changer. Il annonce le démontage de la statue dorée de Niazov... Pour prendre sa place !

Gourbangouly Berdymoukhamedov développe alors son propre culte, délirant, de la personnalité. En plus d'être président, chef du gouvernement et général de l'armée, il est décoré en octobre 2011 de l'ordre de « Héros du Turkménistan », la plus haute distinction de l’Etat. En février dernier, une unité militaire et un musée sont dédiés à son père, adulé, pour le remercier d'avoir élevé un fils « infiniment fidèle à son peuple ». Grâce à lui, le Turkménistan peut se vanter d’avoir sur son sol le plus long tapis fait main, le plus haut mât pour porter son drapeau à 133 mètres du sol… Pour ses 50 ans, il s’offre un collier d'or et de diamants d'un kilo, symbole de l'ordre de la Mère Patrie.

Une délirante dictature…

A son élection, puis lors de sa réélection, le président annonce une certaine ouverture économique et sociale. Pourtant aujourd’hui encore, le régime de Gourbangouly Berdymoukhamedov inquiète les organisations de défense des droits de l’homme qui dressent des bilans bien noirs de l’état des libertés dans le pays.

Les minorités ethniques sont forcées de s’assimiler, la presse indépendante est inexistante, les partis politiques sont interdits, l’accès à la culture restreint délibérément, etc. La liste est longue. Car le régime verrouille tout. Pour inscrire leur enfant à l’école, les parents turkmènes doivent remplir en trois exemplaires un formulaire où il faut renseigner les origines de l'enfant jusqu'aux arrière grands-parents : indiquer les noms, les dates et les lieux de naissance, les adresses, les lieux de travail ou d'études ainsi que le casier judiciaire, et enfin, en cas de décès, le lieu d'enterrement et la date du décès pour frères, sœurs, parents, grands-parents et arrière grands-parents.

Le Palais du bonheur à Achkhabad, dédié aux cérémonies et aux fêtes des mariages a été inauguré en octobre 2011 au Turkménistan.
Le Palais du bonheur à Achkhabad, dédié aux cérémonies et aux fêtes des mariages a été inauguré en octobre 2011 au Turkménistan. REUTERS/Aman Mehinli

En plus du culte de la personnalité qu’il alimente en permanence, les scores soviétiques du président Berdymoukhamedov aux élections (97,4% à la dernière), son contrôle absolu sur le peuple, turkmenbachi entreprend des projets pharaoniques comme le Palais du bonheur. Pour les 20 ans de l’indépendance, le président du Turkménistan a ainsi inauguré 60 000 mètres carrés pour accueillir les cérémonies et fêtes de mariages d’Achkhabad. « Ce Palais du bonheur, unique au monde, sera un symbole du bonheur sans frontières, de la prospérité et de l’amour », a déclaré Gourbangouly Berdymoukhamedov. Symbole qui a tout de même coûté la bagatelle de cent millions d’euros dans un pays ou la population peine à vivre convenablement.

…cautionnée par l’étranger

Rares sont les médias ou les politiques qui évoquent le sort du peuple turkmène. Si les Etats étrangers sont si peu regardant, c’est parce qu’ils ont des intérêts importants dans cette ex-république soviétique riche en hydrocarbures. Les investissements étrangers sont énormes. British Petroleum (BP) a confirmé, le 19 juillet dernier, que le Turkménistan disposait des quatrièmes plus grandes réserves de gaz au monde derrière la Russie, l'Iran et le Qatar. Parce que le Turkménistan ne s’ingère pas chez ses voisins et qu’il ne montre pas de prétentions militaires et territoriales, les Etats-Unis, entre autres, laissent tacitement agir le président dans sa folie.

L’entreprise française de construction Bouygues a largement contribué à « l’embellissement » de la capitale. A son palmarès s’affichent un palais, une mosquée, des monuments pour un conseil d’administration. Les cadres français du groupe se font loger dans de beaux appartements dans la capitale et mangent dans les restaurants luxueux de la ville.

Hier matin, dimanche 12 août, Gourbangouly Berdymoukhamedov s’est attardé sur les dernières nouveautés à son effigie et a ainsi fait l'éloge du « succès » des producteurs de melons turkmènes et de leur travail « désintéressé » visant à faire renaître la « gloire internationale » de ces « fruits paradisiaques de la terre turkmène ». Les melons, mais aussi les pastèques, car désormais les Turkmènes peuvent aussi se régaler de la variété « Président ». En espérant qu’elle n’ait pas le gout amer de la désillusion…

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.