Aéronautique/Chine

En Chine, le Dr Merkel vient soigner la croissance européenne

Un Airbus A320 d'Air China en construction sur la ligne d'assemblage de l'usine Airbus à Tianjin en Chine, le 13 Juin 2012.
Un Airbus A320 d'Air China en construction sur la ligne d'assemblage de l'usine Airbus à Tianjin en Chine, le 13 Juin 2012. AFP PHOTO/Mark RALSTON

C’est la deuxième visite en Chine pour la chancelière allemande cette année. Angela Merkel est arrivée à Pékin ce jeudi 29 août où elle a rencontré le Premier ministre chinois Wen Jiabao. A la clé : une commande de cinquante A 320 pour Airbus et des engagements à soutenir l’Union Européenne en crise. Les relations sino-allemandes étant considérées par Pékin comme au cœur de la relation Chine-Europe…

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De notre correspondant à Pékin, Stéphane Lagarde

Cinquante commandes fermes pour l’avionneur européen, c’est moitié moins que ce qu’annonçaient la plupart des quotidiens économiques ce matin à Pékin dont le 21st Century business Herald. Service minimum donc, mais un signe que la brouille sur les émissions de gaz a effet de serre est pour l’instant suspendue.

Merkel et le dragon de la dette européenne

« La Chine et l’Allemagne doivent renforcer la confiance internationale et relever les défis ensemble », a fait savoir Wen Jiabao ce jeudi, lors de la traditionnelle cérémonie d’accueil des dirigeants étrangers au Palais du Peuple. Pour le Premier ministre chinois, comme pour de nombreux observateurs ici, Berlin est vu comme le centre décisionnel d’une Union empêtrée dans la crise. La chancelière étant représentée en armure seule face au dragon de la dette européenne par le dessinateur Li Feng dans le China Daily. Le principal des défis évoqués par Wen Jiabao, c’est bien sûr la crise qui touche désormais la Chine au travers de la baisse des commandes en occident. Pour les commentateurs, Angela Merkel est venue attirer les investisseurs et vendre de la dette européenne aux Chinois.

Délégation « luxueuse »

C’est la sixième visite en Chine pour la chef du gouvernement allemand et la deuxième depuis le début de cette année. Le marché européen représente 64 % des exportations chinoise, Pékin a donc intérêt à aider à la relance de la croissance en Europe, d’où les promesses d’achats d’eurobond formulées ce jeudi.

La Chine est aussi un gros marché pour l’Allemagne. Les relations sino-allemandes ne se sont jamais aussi bien portées, répète-on à Berlin. Les échanges bilatéraux entre les deux puissances ont atteint 169 milliards de dollars en 2011, en hausse de 18, 9 % par rapport à l’année précédente. Volkswagen AG, qui comme de nombreux constructeurs européens misent beaucoup sur les consommateurs chinois, vient d’annoncer un plan d’investissement de près de 175 milliards d’euros dans une usine « respectueuse de l’environnement » avec un centre de formation à Tianjin à moins de 40 minutes en train rapide de Pékin.

Angela Merkel est accompagnée d’une délégation qualifiée de « luxueuse » par le Huanqiushibao : neuf ministres et une vingtaine de grands patrons, dont Tom Enders le président du groupe EADS. Tous devraient se rendre à Tianjin justement demain vendredi, où se trouve l’usine d’Airbus qui assemble les A320 chinois.

Le contrat prévoit la livraison de 50 appareils A320 et l'assemblage sur le sol chinois d'un certain nombre d'autres avions.

Ce n'est pas encore la pluie de contrats espérée par le constructeur européen qui estime à 14 milliards de dollars le potentiel qu'il pourrait tirer des commandes de ses clients chinois. Mais Airbus en Chine revient de loin, de très loin. Car la taxe carbone imposée par Bruxelles sur les émissions polluantes des transporteurs aériens au printemps a énervé Pékin.

Pékin qui avait alors refusé de donner son feu vert aux commandes de 45 airbus passées par des compagnies chinoises. Le contrat signé ce jeudi 30 août est le premier depuis la brouille provoquée par la nouvelle législation européenne.

C'est aussi une preuve concrète de l'intérêt des Chinois pour leurs relations économiques avec l'Europe. Des Chinois qui redoutent les conséquences de la crise de la dette européenne sur leur économie. Le Premier ministre Wen Jibao l'a d'ailleurs rappelé à l'issue de ses entretiens avec Angela Merkel. La Chine s'inquiète de l'aggravation de la crise dans la zone euro mais elle va continuer à investir dans l'Union. L'Union européenne, qui est aussi le premier débouché commercial des exportations chinoises.

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