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Chine/18e Congres du PCC

Qui est Xi Jinping ?

Le vice-président chinois Xi Jinping laisse perplexe les experts sur sa ligne politique. Photo d'archives, à Moscou, le 23 mars 2010.
Le vice-président chinois Xi Jinping laisse perplexe les experts sur sa ligne politique. Photo d'archives, à Moscou, le 23 mars 2010. REUTERS/Sergei Karpukhin

L’homme qui s’apprête à diriger la Chine n’est pas un inconnu. Xi Jinping, 59 ans, est vice-président depuis 2008, mais bien malin qui pourrait dire quelle est la ligne politique de celui qui va présider aux destinées de la superpuissance émergente asiatique.

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Né à Pékin en 1953, Xi Jinping est l’un de ces « princes rouges » ou « princes héritiers », autrement dit les enfants de dirigeants historiques du Parti communiste qui constituent une élite protégée en Chine. Son père, Xi Zhongxun, fut un des fondateurs de la guérilla communiste. De ce fait, l’enfance du futur dirigeant fut privilégiée, du moins dans ses premières années. « Il a connu le milieu de ceux qu’on appelle ‘les fils de princes‘, à une époque où la Chine souffrait considérablement, y compris de famine et de disette à l’époque du Grand Bon en avant [à la fin des années 1950]», explique Valérie Niquet, spécialiste de la Chine à la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP). 

Mais sa famille a aussi connu la disgrâce. Comme beaucoup d’autres, Xi Zhongxun fut « purgé », puis emprisonné en 1968, durant la période sombre de la révolution culturelle lancée en 1966 par Mao. Xi Jinping, lui, sera envoyé à la campagne de 1969 à 1975, à Yan’an, dans la province de Shaanxi, au centre de la Chine. « Certes, ce n’était pas très loin de Pékin et dans un endroit, semble-t-il, relativement tranquille, tempère Valérie Niquet. Mais ce séjour dans la terre jaune originelle - à la fois de la civilisation chinoise mais également du Parti communiste et de la conquête du pouvoir - a commencé à être élevé, comme une sorte de narration héroïque qui montre que le futur président a à la fois des racines révolutionnaires par son côté familial, mais également qu’il est proche du peuple par son expérience pendant la révolution culturelle ». 

Une montée en ligne droite
 
La suite de son parcours est celle plus classique des apparatchiks du Parti communiste chinois. Après des études supérieures à Pékin, de 1975 à 1979, il intègre grâce à son père la Commission centrale militaire. Trois ans plus tard, il est envoyé dans la province de Heibei, dans l’est du pays, où il commence à gravir les échelons locaux du Parti communiste. En 1985, il est envoyé au Fujian, sur la côte sud-est, sa plus longue affectation. Il deviendra bientôt gouverneur de cette province qui a bénéficié d’investissements massifs des sociétés de Taiwan, d‘où vient une très grande partie des investissements qui ont permis le développement de la Chine. Comme la plupart des dirigeants, il en profite pour nouer des contacts avec les milieux économiques. Ce qu’il continuera à faire, tout en gravissant encore les marches du parti, lorsqu’il exercera dans la province de Zhejiang de 2002 à 2007. « Une autre province en pleine croissance autour de la conurbation Shanghai, Hangzhou, et Suzhou, où les investissements extérieurs taïwanais sont également prédominants », explique Valérie Niquet[1].

En mars 2007, il devient brièvement nouveau chef du Parti communiste de la province de Shanghai, après le limogeage de son prédécesseur impliqué dans un scandale de détournement de fonds publics. Cette nomination à la tête d’une des régions les plus importantes de Chine est un marchepied vers les hautes sphères du pouvoir. Lors du 17e Congrès du Parti communiste en octobre 2007, il entre au comité permanent du politburo, puis devient vice-président en 2008. 

A partir de 2009, il entame une série de tournées internationales qui lui permettent de se faire progressivement connaître des dirigeants du monde, auprès desquels cet homme au visage rond et souriant cultive une image plus ouverte que le président Hu Jintao. Ce qui n’empêche pas Xi Jinping de tenir des propos nationalistes, en rompant avec la langue de bois diplomatique. En février 2009, au Mexique, il déclare ainsi qu’il y a « des étrangers le ventre plein qui n’ont rien d’autre à faire que de nous pointer du doigt ». Il ajoute : « Primo, la Chine n’exporte pas la révolution; secundo, elle n’exporte ni la famine, ni la pauvreté, et tertio, elle ne se mêle pas de vos affaires ».

Un homme aux intentions énigmatiques
 
Amateur, dit-on, de films hollywoodiens, Xi Jinping n’en est donc pas moins un nationaliste, ayant en outre des liens étroits avec l’armée. « Il est effectivement proche d’un certain nombre de militaires avec lesquels il a partagé la même histoire familiale, y compris d’ailleurs à l’époque de la révolution culturelle, souligne Valérie Niquet. Ce qui lui confère en quelque sorte une légitimité au sein de l’Armé populaire de libération (APL), surtout s’il manie aussi la rhétorique nationaliste qui semble en vogue aujourd’hui à Pékin ».

Le fait qu’il soit divorcé de sa première épouse et se soit remarié avec une chanteuse lui confère, aux yeux de certains, une image moins austère que celle de ses prédécesseurs et plus proche des tenues glamour de sa femme. Or, loin d’être une pop star, son épouse Peng Liyuan est en fait officier et membre d’un groupe de chant qui dépend de l’armée. Le fait que sa fille étudie actuellement aux Etats-Unis n’est pas forcément non plus un signe d‘ouverture, car la plupart des enfants de la nomenklatura sont dans le même cas.

En fait, le futur numéro un chinois laisse perplexe les experts. Quelle sera sa ligne politique ? Réformatrice ou conservatrice ? Sera-t-il plus ou moins nationaliste que le sortant Hu Jintao ? Les véritables intentions de Xi Jinping restent énigmatiques. « Je ne connais personne qui soit capable de tenir plus de 30 secondes sur ses idées, sur son programme politique, lâche François Godement, professeur à l’Institut d’études politiques de Paris (IEP). Cela tient au système, mais quand même aussi à sa personnalité. En même temps, on en dit toutes sortes de bonnes choses, par ses capacités relationnelles, son ouverture, sa sophistication personnelle.  Mais, conclut ce grand connaisseur de la Chine, ce sont des jugements psychologiques, pas des jugements politiques ».

L’erreur serait peut-être de surévaluer l’importance du président de la République populaire de Chine dans un pays où le pouvoir est en réalité détenu collégialement par les neuf membres du Politburo. Sans oublier que d’autres personnalités influentes au sein du Comité central peuvent peser sur les décisions politiques. En clair, même si Xi Jinping avait des visées réformatrices, il ne serait pas seul à décider. Seule certitude selon Valérie Niquet: « son objectif sera essentiellement, avec ses camarades au sommet du parti, de préserver le régime tel qu’il existe aujourd’hui en bougeant le moins possible pour éviter un effondrement de type soviétique qui reste la très grande crainte de la direction chinoise actuellement ».   ________________________________________________________

[1]  Le XVIIe congrès du Parti communiste chinois: éclairage sur le fonctionnement d’un système, IFRI, décembre 2007

L’espoir des Tibétains exilés

Dans la communauté des Tibétains exilés, l’anecdote suscite bien des espoirs. Le père de Xi Jinping, Xi Zhongxun, a connu l’actuel Dalaï Lama dans les années 1950. « Ce dernier lui a offert une montre. Montre qu’il portait jusqu’à la fin des années 1970, preuve de son intérêt pour la montre, c’est sûr, mais peut-être aussi pour le Dalaï Lama. Or là, c’est le fils qui normalement doit prendre le relais de Hu Jintao à la tête de la Chine », fait remarquer Françoise Robin, spécialiste du Tibet à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco).

Du coup, certains veulent croire que le nouveau pouvoir chinois pourrait être plus à l’écoute des revendications des Tibétains. « Sauf que la Chine est contrôlée, au final, par neuf personnes, le Politburo. Mr Xi n’est pas tout seul, souligne Françoise Robin. Donc lui sera peut-être, à cause de cette rencontre avec le Dalaï Lama, plus favorable mais il faut qu’il compte aussi avec la frange plus dure du Parti communiste ». En clair, il n’y a pour le moment aucune assurance que la ligne du nouveau pouvoir chinois sera différente de celle de Hu Jintao.

C.C.

 

 

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