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AFGHANISTAN / ENTRETIEN

Zahir Tanin : «Des lignes rouges existent dans les pourparlers avec les talibans»

Zahir Tanin, l'ambassadeur de l'Afghanistan aux Nations unies.
Zahir Tanin, l'ambassadeur de l'Afghanistan aux Nations unies. www.afghanistan-un.org
6 mn

Kaboul et Washington ont entamé ce jeudi 15 novembre des discussions au sujet de l'aide militaire américaine à l’Afghanistan après le retrait des troupes de la coalition prévu pour la fin 2014. La même année, en avril, les Afghans doivent élire leur nouveau président. Une élection à laquelle les talibans sont autorisés à participer. Mercredi, à la satisfaction des autorités afghanes, Islamabad a libéré des talibans retenus dans des prisons pakistanaises. Kaboul tente depuis quelques temps d’engager des négociations avec les insurgés islamistes afin de lancer le processus de paix en Afghanistan. Pour Zahir Tanin, l'ambassadeur de l'Afghanistan aux Nations unies, les négociations avec les insurgés sont engagées dans un esprit de « paix » mais « des lignes rouges existent dans les pourparlers avec les talibans ».

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Les forces militaires internationales quittent l’Afghanistan en 2014. Certaines ONG dont International Crisis Group s’inquiètent de ce retrait et tirent la sonnette d’alarme. Quelle sera la situation sécuritaire après le retrait ? Les forces afghanes ont-elles les moyens nécessaires pour assurer la sécurité ? Sur tout le territoire ?

L’accord avec la communauté internationale prévoit le retrait de l’Isaf (International Security Assistance Force, ndlr), l’organisation de nouvelles élections et l’octroi d’une aide de 16 milliards de dollars sur dix ans pour relancer l’économie de l’Afghanistan. Si l’Otan, les Etats-Unis et les autres pays donateurs honorent leurs engagements et concentrent leur aide à la formation, au conseil et à l’assistance de l’armée et de la police afghanes, l’Afghanistan pourra aller de l’avant et devenir ainsi pour la communauté internationale un partenaire de la paix. Mais, si les partenaires internationaux ne respectent pas leurs promesses, le scénario de 1992 peut se reproduire. Il y a vingt ans, au lendemain du retrait des forces internationales d’Afghanistan, les Moudjahidines et les talibans ont pris le pouvoir et le pays s’est retrouvé dans une guerre civile dévastatrice.

L’Afghanistan peut-il vraiment organiser des élections sur tout le territoire et surtout d’en garantir la régularité ? Lors des dernières élections en 2009, on parlait beaucoup de fraudes.

L’Afghanistan s’est engagé à organiser des élections libres et transparentes. Les autorités, la population ainsi que la communauté internationale ont beaucoup appris du scrutin de 2009. Il y a eu à l'époque beaucoup d’irrégularités notamment en raison de l’insécurité et du manque d’organisation dans les parties les plus reculées du pays. Mais, il y avait aussi des accusations de fraudes non-fondées motivées par des intérêts partisans de la part de groupes et de partis politiques afghans mais aussi de certains observateurs internationaux. Ces derniers par exemple avant même le décompte des bulletins du premier tour insistaient sur l’organisation d’un second tour. Il faut donc tirer les leçons des élections de 2009 pour que celles de 2014 soient réellement transparentes, libres et bien organisées afin d’écarter tout soupçon de fraudes et d’irrégularités.

La commission électorale a annoncé que les talibans peuvent participer aux élections ? Qu’en pensez-vous ?

Nous sommes engagés dans un processus de paix. Des lignes rouges existent dans les pourparlers avec les talibans : ceux qui veulent rejoindre le processus de paix doivent accepter la Constitution de l’Afghanistan, abandonner la violence et renoncer définitivement au terrorisme d’al-Qaïda. Mais, nous ne préjugeons pas de l’issu des négociations. Entamer des pourparlers de paix, ne veut pas dire forcément qu’on arrive à la paix. Notre objectif est de ramener les talibans à la table des négociations. S’ils acceptent la paix, ils ont le droit de participer à toutes les élections et de prendre part à la vie politique en tant qu’individu ou en tant qu’organisation. Mais, faire la guerre, avoir des liens avec des groupes terroristes et propager la violence, c’est un autre choix qui aura d'autres conséquences.

Certains parlent des négociations secrètes avec des talibans ? Qu’en est-il ?

Je ne suis pas au courant de ces négociations. Je ne parle que des pourparlers organisés sous l’égide du gouvernement afghan. Les négociations pour être crédibles ne peuvent se dérouler que sous l’autorité des responsables afghans. En revanche toute autre négociation menée par des acteurs ou groupes internes ou externes en dehors de ce cadre n’engage que ceux qui y participent et surtout pas le gouvernement d’Afghanistan.

Le chef du haut-conseil pour la paix, Salahuddin Rabbani (fils de l'ancien président tué par les talibans en 2011) s’est déplacé cette semaine au Pakistan pour tenter d’amener les talibans à la table des négociations. Quel est le rôle du Pakistan dans ce processus ?

Le haut-conseil pour la paix est au centre des négociations de paix avec les talibans. Bien évidemment, il faut que certaines conditions soient réunies pour se mettre autour de la table. L’une de ces conditions, est la participation du gouvernement pakistanais à ces pourparlers. L’influence d’Islamabad sur les différentes factions de talibans est importante et le gouvernement pakistanais peut apporter une aide considérable dans le règlement du conflit afghan. C’est la demande de l’Afghanistan et c’est dans l’intérêt du Pakistan d’avoir un voisin en paix. J’espère que les négociations qui sont en cours apporteront des résultats escomptés.

La participation des talibans aux élections peut-elle être considérée comme une des conditions de la démocratie en Afghanistan ?

Pour le moment, les talibans sont considérés comme un groupe terroriste qui incendie les écoles et les hôpitaux… on construit une école en six mois, eux, ils la détruisent en six minutes. Ils sont toujours en guerre contre les femmes, enferment les filles, luttent contre les intellectuels, attaquent les forces internationales…Les talibans sont responsables des assassinats et des violences commis contre des civils afghans et des représentants de la communauté internationale. Même les enfants n’échappent pas à leur hargne.

Notre objectif consiste à mettre fin à la terreur et instaurer la paix et c’est pour cette raison que nous insistons sur la nécessité de faire participer les talibans au processus de paix. Mais jusqu’à présent leur politique et leur pratique se résumaient à l’exercice de la terreur, de la violence et de la pression. Je ne pense pas qu’un tel groupe puisse diriger un pays.

Lancer un mouvement armé avec des aides et des soutiens étrangers n’est jamais populaire. Je doute que les talibans puissent bénéficier d’autres soutiens que ceux des écoles ou des cercles qui se trouvent à l’origine de leur création. Les talibans sont sortis des jougs militaires, des appareils de renseignements, ils sont le produit de la guerre et sont utilisés comme un moyen de pression et de terreur au nom de l’islam, au nom de la religion. Comment voulez-vous qu’ils puissent cautionner la démocratie ?

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