Indonésie / France

«Si Michaël était Indonésien, il serait déjà libre»

Michaël Blanc et sa mère Hélène Le Touzey à la prison de Jakarta le 19 avril 2011.
Michaël Blanc et sa mère Hélène Le Touzey à la prison de Jakarta le 19 avril 2011. AFP PHOTO / ROMEO GACAD

Treize ans dans les prisons indonésiennes pour le Français Michaël Blanc, arrêté le 26 décembre 1999 à l’aéroport de Bali, avec 3,8 kilos de haschich dans deux bouteilles de plongée. Condamné à mort, puis à perpétuité, il a vu sa peine ramenée à vingt ans. Sa mère, Hélène Le Touzey, a tout quitté en France il y a douze ans pour s'installer en Indonésie et se rapprocher de son fils. Libérable sous le régime de la conditionnelle, Michaël Blanc reste suspendu à une ultime décision administrative des services d’immigration indonésiens.

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En rendant visite en prison à Michaël, le lendemain de Noël, Hélène Le Touzey pourra faire le constat, douloureux s’il en est, que son fils entame sa quatorzième année de détention. Une année de plus commencée derrière les barreaux, mais qui devrait aussi être celle d’une liberté sous conditions, tant espérée.

La quille lui est déjà passée sous le nez une première fois, en août dernier. Son dossier de libération conditionnelle était prêt, notamment grâce à la persévérance et au dévouement d’Hélène Le Touzey dans toutes les démarches qu’elle a entreprises depuis deux ans. L’institution judiciaire a signifié que le maintien en prison de Michaël Blanc n’était plus requis et les services sociaux ont donné leur accord, après enquête, pour son accueil dans la petite maison où sa mère a élu domicile, dans le sud de Jakarta.

Mais la pierre d’achoppement sur laquelle a buté Michaël a été son statut d’étranger. D’autres prisonniers indonésiens, dont le dossier remplissait les mêmes critères que le sien, ont obtenu leur libération conditionnelle dès le mois de septembre. « Si Michaël était Indonésien, explique Hélène Le Touzey, il serait déjà libre, il aurait déjà eu sa liberté conditionnelle. »

Reprendre goût à une vie normale

Ressortissant français, Michaël Blanc doit, comme n’importe quel autre étranger présent sur le sol indonésien, posséder un titre de séjour délivré par les services d’immigration. C’est le sésame ultime dont il a désormais besoin, pour sortir et reprendre petit à petit goût à une vie normale.

Les conditions de sa libération l’obligeraient à pointer tous les mois sa présence, à ne pas quitter le territoire indonésien et à signaler tout déplacement hors de la province de Jakarta. Michaël Blanc ne serait probablement pas autorisé à travailler dans l’immédiat, mais il pourrait combler ce manque par une implication bénévole au sein d’une association, afin de se remettre sur les rails par le biais d’une activité régulière.

Avec le jeu des réductions de peine, la sentence de vingt ans d’emprisonnement à laquelle a été condamné Michaël arrive à son terme en décembre 2018. En cas de libération conditionnelle dans le courant de l’année 2013, il serait donc soumis à ce régime de liberté sous conditions pendant près de cinq ans. Dans le droit indonésien, ce traitement gèle de fait les réductions de peine.

Immense déception

Mais pour l’heure, le plus difficile pour Michaël reste de conserver un peu d’espoir, après l’immense déception du mois d’août, « un sacré coup au moral », retient aujourd’hui Hélène Le Touzey. Et comme à chaque fois dans ce genre de circonstances, elle s’emploie à remotiver Michaël, malgré la fatigue, la lassitude, et toujours, cette solitude qu’il éprouve en détention.

Michaël est désormais dans une cellule qu’il partage avec cinq autres détenus. Dans cet espace prévu à l’origine pour quatre, il a noué des liens d’amitié avec un autre prisonnier étranger, qui est Chinois. Ensemble, ils cantinent pour leurs quatre compagnons de cellule indonésiens qui eux n’en ont pas les moyens.

Le dossier de Michaël est appelé à repasser en commission, et rien n’indique que les services d’immigration puissent lui refuser l’octroi d’un statut légal de résident. À l’espoir, tenace, qui n’a jamais quitté Hélène Le Touzey pendant toutes ces années, il va falloir encore ajouter de la patience.

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