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Ouzbékistan

Depardieu au pays des Soviets

«Googoosha» et Gérard Depardieu lors de l'enregistrement de leur duo.
«Googoosha» et Gérard Depardieu lors de l'enregistrement de leur duo. Instagram.com/realgoogoosha
6 mn

Après Depardieu au pays des Belges, voici Depardieu au pays des Soviets. En sollicitant, puis en acceptant un passeport russe, Gérard Depardieu scelle en quelque sorte son sort en ex-URSS, région qu’il fréquente depuis des années. On aimerait croire que sa lettre aux médias russes, où il affirme que la Russie est une «grande démocratie», n’est qu’une provocation, une façon de faire tourner en bourrique les mondes politiques et médiatiques de l’Hexagone embringués dans une histoire déjà trop ridicule. Mais ses liens avec M. Poutine et les dictatures d’Ouzbékistan, d’Azerbaïdjan ou de Tchétchénie, prouvent qu’il ne s’agit pas même d’une provocation d’un artiste.

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De notre correspondant au Caucase et en Asie centrale

Le 5 octobre dernier, Gérard Depardieu est invité à Grozny, la capitale de la Tchétchénie. C’est le jour de la fête annuelle de la capitale de la turbulente République du Caucase du Nord russe, refaite à neuf après les deux guerres d’indépendance (1994-1996 et 1999-2000), et celui des 36 ans du tyran local, Ramzan Kadyrov. Ce protégé de Poutine dirige son petit royaume à coup d’enlèvements et d’assassinats.

Depardieu monte sur scène et lance un sinistre « Gloire à Kadyrov ». Il avait très envie de découvrir cette région qui le fascine. « En tant qu’artiste, il avait envie de voir de près ce Kadyrov, aussi sombre soit-il. Ensuite, le ' Gloire à la Tchétchénie, gloire à Kadyrov' n’était qu’une façon de dire quelque chose en russe », explique Arnaud Frilley, son producteur en ex-URSS. Le jeune dictateur jubile après ce cirage de pompes qui restera dans les mémoires.

Un mois plus tard, l’acteur français est en Ouzbékistan, sur les antiques routes de la soie. Toujours avec Arnaud Frilley, qui avait produit « Raspoutine » en 2009, avec Depardieu dans le rôle titre. Il est en repérage pour une série télévisée dédiée justement aux dites routes. Le scénario est coécrit par Goulnara, la fille du dictateur Islam Karimov. « Nous ne sommes pas allés faire de la politique en Ouzbékistan, mais un film qui racontera une histoire universelle avec un financement international, dont une partie je l’espère provenant d’Ouzbékistan », affirme M. Frilley. Le problème est que là encore, l’acteur sert la soupe à une Goulnara qui est un personnage clé de la dictature ouzbèke.

Depardieu prête sa voix à une chanson interprétée par Googoosha

Googoosha, ainsi que se fait appeler la richissime fille ainée du dictateur, dépense des fortunes pour briller au milieu de la jet-set internationale. De l’argent « volé au peuple, une partie de ses millions vient du commerce du coton, celui que les écoliers sont forcés de ramasser chaque année en septembre, gratuitement, au lieu d’aller en cours », déplore Nadejda Atayeva, défenseure Ouzbèke des droits de l’homme exilée en France.

En mai 2010, Goulnara est à Cannes. Elle fait partie des coprésidents d’un gala de charité pour le sida en marge du Festival. Elle est aux anges, au milieu des stars. Mais son rêve tourne court après que des ONG aient fait pression sur les organisateurs pour l’exclure de l’évènement. Un mois plus tôt, un jeune activiste Ouzbek, Maxim Popov, avait été jeté pour sept ans dans les terribles geôles du pays pour avoir publié des brochures conseillant d’utiliser seringues propres et préservatifs afin d’éviter de contracter le VIH.

Attirer Depardieu dans ses filets est un succès pour Googoosha, en quête de reconnaissance, de paillettes et de légitimité politique. Elle sait y faire, elle qui avec sa sœur Lola multiplie les diners, à Paris par exemple, avec nos stars préférées, Emmanuelle Béart, Alain Delon et autres Monica Belluci. Cette dernière, selon le site web Bakchich, se serait fait payer 190 000 euros pour assister à un de ces diners. Lorsque début décembre, nous apprenons que Gérard Depardieu prête sa voix à une chanson interprétée par Googoosha, l’émotion est grande chez ceux qui se battent contre la dictature ouzbèke.

L'acteur enchaîne les publicités dans la région

« Respectez l’acteur qu’il est, et la formidable machine à aider des producteurs, des acteurs, des réalisateurs à faire des films », demande Arnaud Frilley, qui assure que Depardieu renonce régulièrement à ses cachets. Trouver de l’argent en Europe est de plus en plus difficile. Bref, on prend les sous là où il y en a, notamment chez les oligarques post-Soviets. Tout à son désir de cinéma et à sa fascination pour le Caucase et l’Asie centrale, l’acteur prêterait sa notoriété pour décrocher des financements pour des projets dans la région.

En 2010, il tournait « Amour tardif », du réalisateur Sabit Kourmanbekov, dans le sud du Kazakhstan. Le film ne laissera pas un souvenir impérissable. Ce printemps, il doit jouer dans le long métrage « La Voix des steppes » où il interprètera un acousticien qui retourne au Kazakhstan après 50 ans. Il a aussi tourné en 2012 un documentaire fiction en Azerbaïdjan, narrant le périple d’Alexandre Dumas au Caucase.

Est-ce pour se « rattraper » financièrement que M. Depardieu enchaîne les publicités dans la région ? Là au Kazakhstan pour la banque Eurasia, là pour Armavia la compagnie aérienne arménienne, là pour faire l’éloge de la cuisine azerbaïdjanaise. Il honore volontiers de sa présence les festivals de cinéma du coin, comme Evrasia, à Almaty au Kazakhstan, où il empoche selon nos informations la bagatelle de 100 000 $ (70 000 euros) pour deux, trois jours de présence.

« Rouki protch ot artista », 'Touche pas à l’artiste', nous demandait un de ses fans depuis le Kirghizstan. D’accord, mais qu’il cesse au moins de flatter les dictateurs du coin. Et son image n’est-elle pas telle qu’il pourrait sans compromettre ses projets, monter au créneau sur quelques affaires, comme celle des Pussy Riot en Russie, ces jeunes punkettes condamnées à deux ans de camp pour avoir organisé une provocation dans une église russe ? Même Mireille Mathieu l’a fait !

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