Pakistan

Pervez Musharraf quitte précipitamment le tribunal et évite la prison

Pervez Musharraf, ancien président pakistanais, quitte la Haute cour de Rawalpindi sous la protection de ses gardes du corps, ce mercredi 17 avril.
Pervez Musharraf, ancien président pakistanais, quitte la Haute cour de Rawalpindi sous la protection de ses gardes du corps, ce mercredi 17 avril. REUTERS/Faisal Mahmood

Une Cour de justice pakistanaise a ordonné ce mercredi 17 avril l’arrestation de Pervez Musharraf, un mois à peine après son retour d’exil. L’ancien président, présent à l’audience, a alors pris tout le monde de court en sortant de la salle, entouré de ses gardes du corps, pour rejoindre son 4x4 et démarrer, sous les yeux des policiers ahuris. Il a rejoint sa demeure à la périphérie d’Islamabad, autour de laquelle campent maintenant policiers et médias.

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Depuis son arrivée sur le sol pakistanais, l’ancien dictateur n’a quasiment rencontré que des déconvenues. D’abord, à son retour d’exil il y a moins d’un mois, seules quelques centaines de partisans l’attendaient à l’aéroport d’Islamabad, ce qui l’aurait d’ailleurs mis très en colère.

Pervez Musharraf s’est certainement rappelé les retours d’exil des deux anciens Premiers ministres, Benazir Bhutto et Nawaz Sharif, accueillis par des foules en délire et largement suivis par la presse locale. Cette fois, seuls quelques entrefilets furent consacrés au retour de l’ancien président.

La menace des talibans pakistanais

De toute façon, ses apparitions publiques ne pouvaient qu’être assez réduites. Les talibans pakistanais du Terhik e-taliban Pakistan avait menacé de le tuer dès l’annonce de son retour. Pendant ses années au pouvoir, ils avaient déjà, à de nombreuses reprises, tenté de l’assassiner.

Dans ces conditions, difficile pour Pervez Musharraf de mener la campagne pour les élections générales du 11 mai, comme il l’entendait. Or c’est justement pour y participer qu’il est revenu.

Et là encore, il a vu ses espoirs déçus. Sur les quatre candidatures déposées par le général à la retraite, trois ont été refusées d’emblée, pour avoir violé la Constitution en 2007, en imposant l’état d’urgence et pour avoir, la même année, renvoyé plusieurs juges de la Cour suprême.

Une seule candidature a finalement été validée, à Chitral, une petite ville du nord du pays. Mais à peine Pervez Musharraf avait-il présenté son programme politique que cette candidature était rejetée.

Demande d’arrestation

Quand Pervez Musharraf est revenu au Pakistan après quatre années d’exil volontaire à Londres et à Dubaï, c’est avec au-dessus de la tête une, voire plusieurs épées de Damoclès.

L’ancien président est accusé du meurtre d’un chef indépendantiste baloutche en 2006. Il est aussi accusé d’avoir sa part de responsabilité dans la mort de la première ministre Benazir Bhutto l’année suivante : il aurait sciemment mis en place une sécurité qui n’était pas à même de la protéger. Il est enfin accusé d’avoir, toujours en 2007, renvoyé illégalement des juges de la Cour suprême après avoir proclamé l’état d’urgence.

C’est parce qu’il était en liberté sous caution dans ces affaires que Pervez Musharraf n’a pas été arrêté dès son arrivée au Pakistan. Mais, régulièrement, il devait se rendre devant les juges pour obtenir des prolongations. Ce qui n’a d’ailleurs pas manqué de provoquer des incidents : il y a trois semaines, un avocat lui a lancé une chaussure à la tête, geste très insultant dans le monde musulman. Et mercredi 17 avril, adversaires et partisans de Musharraf se sont battus devant le tribunal.

Ce jeudi 18 avril, c’est dans l’affaire du limogeage des juges en 2007 que sa liberté sous caution était examinée. À la grande surprise de ses partisans, le tribunal a refusé toute prolongation et ordonné l’arrestation immédiate de Pervez Musharraf.

Une décision qui, pour la spécialiste du Pakistan Mariam Abou Zahab, n’est pas surprenante : le juge Chaudhry, qui préside la Cour suprême, quitte son poste dans quelques mois, et veut régler son contentieux avec Pervez Musharraf. Ce n’est donc peut-être pas un hasard si la demande d’arrestation a été émise lors de l’audience justement consacrée au limogeage des juges de la Cour suprême.

Un départ rapide

Dès que le jugement a été prononcé, l’ancien président a quitté le tribunal pour sa résidence dans la banlieue d’Islamabad, prenant semble-t-il tout le monde de court. Les policiers l’ont laissé partir. Sa maison est actuellement encadrée par des dizaines de policiers antiémeutes. Un responsable de la police estimait ce jeudi que, puisqu’il n’avait pas été arrêté sur place, Pervez Musharraf devrait logiquement être placé en résidence surveillée.

« Le général a un bon moral, il est aussi confiant qu’avant. Il sirote du café et fume des cigares », affirment ses avocats, qui précisent qu’ils feront appel du jugement dès vendredi devant la Cour suprême.

Plus tôt dans la semaine, Pervez Musharraf affirmait qu’il était prêt à purger une peine de prison s’il était condamné dans une de ces affaires.

De son côté, le juge Siddiqui, qui a refusé la prolongation de liberté sous caution, a convoqué ce vendredi le chef de la police d’Islamabad au tribunal pour qu’il explique pourquoi Pervez Musharraf n’a pas été emprisonné. C’est aussi ce vendredi que la Cour suprême doit examiner une pétition d’avocats demandant que le président soit jugé pour « haute trahison », pour avoir imposé l’état d’urgence en 2007. Un crime puni par la prison à vie ou la peine de mort.

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