Cinéma / Inde

Cinéma: Bollywood fête ses cent printemps

Ce 3 mai 2013, Bollywood célèbre son centenaire.
Ce 3 mai 2013, Bollywood célèbre son centenaire. DR

C’est un vieillard très vert. Le cinéma indien fête cette année son centenaire. L’acte de naissance de Bollywood est daté du 3 mai 1913, il y a précisément cent ans aujourd’hui.

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A l’époque, le cinéma mondial est muet. Un jeune Indien, Dhundiraj Goving Phalke se met en tête d’adapter le Maha barata, une épopée sanscrite de la mythologie hindoue. Ce sera le premier long métrage indien. Raja Harishchandra connaîtra un immense succès et son auteur, Phalke, fera une centaine de films avant d’être balayé par le cinéma parlant dans les années 1930.

Le cinéma, une véritable institution en Inde

Aujourd’hui, la cinématographie indienne est la plus puissante du monde. L’Inde produit plus de mille films par an, répartis dans plusieurs régions : Bombay bien sûr, mais aussi Madras, Calcutta, le Kerala, etc. Mais le foyer le plus connu, le plus prestigieux, reste Bombay, comme l’explique Charles Tesson, délégué général de la Semaine de la critique, à Cannes, et fin connaisseur du cinéma indien : « Bollywood est en fait une appellation récente. Dans les années 1950, on appelait ça le "all Indian film", autrement dit "le film pour toute l'Inde", parce que le hindi est une langue simplifiée, accessible à tous. Du coup, c’est devenu la langue du cinéma ».

En Inde, le cinéma est une véritable institution. C’est même une obsession, si l’on en croit Anurag Kashyap, qui avec Gangs of Wasseypur représente la jeune génération. Pour Charles Tesson, le cinéma est aussi l’instrument de la cohésion nationale. « Le cinéma, explique-t-il, considère qu’il a pour mission de parler des grands débats de société : mœurs, terrorisme, mariages mixtes entre hindous et musulmans, avec une fin toujours optimiste qui donne le code de ce que la nation pense en termes de morale. »

Mais ce succès ne concerne pas que le sous-continent. Partout dans le monde, et bien au-delà des diasporas, le cinéma indien est connu et aimé. Ses stars sont adulées, entre autres dans le Maghreb et en Afrique noire, comme l’explique Oumar Wade, consultant sénégalais en médias, et « indophile », comme il se définit lui-même : « Les gens parlent de Tom Cruise ou de Gérard Depardieu, mais les mégastars, ici, sont des stars de Bollywood. Par exemple Amitabh Bachchan, qui a fait plus de 200 films. En 1983, sur le tournage d'un film, Coolie, il a eu un accident. Indira Gandhi est allée à son chevet et l’Inde a décrété trois jours de prière pour son rétablissement. C'est vraiment une méga star. C'est sans doute grâce à Bollywood que l'Inde bénéficie de cette aura incroyable dans les pays du Sud ».

Une nouvelle génération perce aujourd'hui, qui souvent brave la censure en produisant polars et séries B. A Bombay, de jeunes cinéastes veulent s’affranchir des standards bollywoodiens. C’est le cas d’Anurag Kashyap, auteur d’un diptyque, Gangs of Wasseypur qui parle de corruption, de guerre des gangs et comprend des scènes particulièrement violentes.

Le cinéma indien sur la Croisette

Dans un tout autre registre, on pourra découvrir lors du festival de Cannes (15-26 mai 2013) The lunchbox, un film de Ritesh Batra produit par Anurag Kashyap. Cette comédie romantique qui raconte l’histoire d’amour empêchée entre un veuf atrabilaire et une jeune femme mal mariée ne comprend ni scène de danse ni musique, bien loin des canons bollywoodiens.

Cette année, le festival a d’ailleurs pour invité d’honneur le cinéma indien avec la projection de Bombay Talkies, une série de quatre courts métrages de Bollywood, the greatest love story ever told ( Bollywood, la plus belle histoire d'amour jamais contée ), et surtout la venue de l’une des plus grandes stars bollywoodiennes, Amitabh Bachchan. Emeutes en perspective sur la Croisette.

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